Présentation

Photo : J. Thurel ©
 

Présentation de l’espèce

Classification

  • Nom français : Aigle botté
  • Nom latin : Aquila pennata
  • Embranchement : Vertébrés
  • Classe : Oiseaux
  • Ordre : Falconiformes
  • Famille : Accipitridés
  • Genre : Aquila
  • Espèce : pennata

Noms en Europe :

  • Nom anglais : Booted eagle
  • Nom espagnol : Aquila calzada
  • Nom portugais : Águia calçada
  • Nom italien : Aquila minore
  • Nom allemand : Zwergadler
  • Nom russe : Орел-карлик

Description

C’est la plus petite espèce d’aigle, sa taille étant proche de celle de la buse variable Buteo buteo. Les ailes, amples et larges, possèdent 5 rémiges digitées. Les bords des ailes sont quasi parallèles, le bord postérieur légèrement incurvé. La queue, taillée au carrée, est longue, pratiquement de la largeur des ailes. Le dessous est gris avec la partie distale et médiane plus foncées. Lorsqu’il plane, les ailes sont légèrement en avant et arquées. En vol glissé, les ailes sont légèrement en dessous de l’horizontale et la main encore plus basse. De loin, sa silhouette rappelle celle du Milan noir Milvus migrans.
Il existe deux morphes de coloration de plumage (une claire et une sombre) mais certains individus présentent une coloration intermédiaire.
La forme pâle a le dessous du corps blanc (avec un peu de brun ou de grisâtre à la poitrine et autour de l’œil) et des couvertures sous-alaires blanches (avec points sombres épars) contrastant nettement avec les rémiges noires. La forme sombre a le dessous du corps brun foncé ainsi que les couvertures sous-alaires (souvent un peu plus claires vers le bord antérieur de l’aile), et des rémiges comme chez la forme pâle mais habituellement plus brunes et barrées. Pour les deux formes, les trois rémiges primaires internes sont plus claires et striées. Presque tous les individus ont une petite tache blanche typique à l’avant de l’attache de l’aile, visible de face (Le guide ornitho, p.82, Mullarney K. et al.)

  • Taille : 42-51 centimètres
  • Envergure : 113 à 138 centimètres
  • Poids : 510-770 g pour le mâle ; 840 à 1250 g pour la femelle
  • Longévité :
  • Voix :

Répartition et effectif

  • Effectif mondial : < 17 000 couples nicheurs.
  • Effectif européen : 3 000 – 5 600 couples (Russie et Turquie exceptées).
  • Effectif français : 380 à 650 couples.

(source : Rapaces nicheurs de France, pp. 100-103, Thiollay J.M. & Bretagnolle V.)

Répartition et effectif dans le Monde

Au niveau mondial, la répartition de l’aigle botté, discontinue, s’étend sur en étroit bandeau allant du Maghreb et de l’Espagne jusqu’à l’est du lac Baïkal. Une population isolée et sédentaire, est également recensée dans la province du Cap en Afrique du Sud.
Les effectifs mondiaux de l’aigle botté, bien que très difficile à cerner, sont estimés
à 17 000 couples (Ferguson-Lees, James & Christie, David A. 2001. Raptors of the World. Christopher Helm, London.). L’Europe accueillerait 4 400 à 5 600 couples (Russie et Turquies exceptées), la péninsule ibérique concentrant à elle seule les deux tiers de cet effectif avec 2000-4000 couples (Birdlife International. 2004. Birds in Europe : population estimates, trends and conservation status. Cambridge. UK.).

Répartition et effectif en France

L’enquête « Rapaces nicheurs de France » menée en 2000/2002 donne une estimation de 380/650 couples. L’espèce étant particulièrement difficile à contacter, il est possible que cette évaluation soit une estimation minimale de la population française.
En France, la zone de reproduction de l’aigle botté se situe principalement le long d’une diagonale passant par le centre du pays et orientée sud-ouest/nord-est. Les bastions sont recensés dans le piémont pyrénéen. Le Limousin, l’Auvergne, le Centre, et la Bourgogne accueillent également des densités localement fortes.
L’aigle botté est absent du quart nord-ouest du pays, y compris l’Ile-de-France, la Picardie et le Nord, ainsi que des Alpes, de l’Alsace, et de la Corse. L’espèce semble avoir disparue de la Champagne-Ardenne où elle était encore nicheuse dans les années 1980.

Statuts

Statuts juridiques de protection

En France, l’aigle botté, comme tous les rapaces, est protégé selon la loi du 10 juillet 1976 (arrêté d’application du 17 avril 1981). La destruction d’un aigle botté est donc passible d’une peine d’1 an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Au niveau européen, il figure en annexe I de la Directive « Oiseau » (n° 79/409 du 6 avril 1979). Cette directive européenne s'applique à tous les Etats membres de la Communauté depuis le 6 avril 1981. Elle vise à assurer la protection de toutes les espèces d'oiseaux désignées en annexe I de la dite Directive et elle permet la désignation de Zones de Protection Spéciales (ZPS) qui sont destinées à renforcer le réseau Natura 2000.

Au niveau international, l’aigle botté figure également :

  • à l’annexe II (espèces strictement protégées) de la Convention de Berne, qui a pour objet d'assurer la conservation, au niveau européen, de la flore et de la faune sauvages et de leurs habitats naturels, notamment des espèces et des habitats dont la conservation nécessite la coopération de plusieurs Etats; http://conventions.coe.int/
  • à l’annexe II (espèces migratrices à statut de conservation défavorable) de la Convention de Bonn ; voir http://www.cms.int/
  • à l’annexe II de la CITES ou Convention de Washington, qui règlemente le commerce des spécimens en dehors de la Communauté Européenne. Cette Convention sur le commerce international des espèces est un accord international entre Etats qui a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d'animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. Voir : http://www.cites.org/

Statuts de conservation européens et français

Au niveau mondial, la liste rouge de l’IUCN classe l’aigle botté dans la catégorie Least Concern (Préoccupation mineure) en raison de sa large distribution et de son déclin relatif. Voir : http://www.iucnredlist.org/apps/redlist/details/144505/0
Au niveau national, la liste rouge de mai 2011 considère l’aigle botté comme vulnérable en raison notamment de ses effectifs faibles.

 

Biologie et écologie

Habitat

Vallée de la Dordogne, en Corrèze - Photo M. Boutaud Hiepen ©

L’aigle botté évite les grandes forêts uniformes. Il préfère les habitats semi-forestiers : forêt de pins ou de feuillus ouvertes ou fragmentées par des friches, des terres cultivées ou des zones bocagères. L’Aigle botté affectionne les zones de moyenne montagne qui lui offrent des espaces de chasse variés (prairies bocagères, landes, villages) et des forêts mixtes de pente.
Il peut nicher du niveau de la mer jusqu’à la moyenne montagne (jusqu’à 1 600 m d’altitude dans le nord des Pyrénées occidentales). Plus qu’une exposition particulière, il semble que la déclivité et la présence d’arbres porteurs guident le choix du site. Les versants nord semblent être préférés dans les Pyrénées. Dans le Limousin et l’Auvergne, ce sont les grands hêtres des versants nord qui ont sa préférence.
L’espèce occupe quelques grandes zones forestières des plaines du centre de la France, chassant aussi dans les zones agricoles, bocagères, étangs et rivières alentours, mais aussi sur les zones résidentielles entourant les villes.
L’essence des arbres porteurs varie en fonction des milieux : chênes verts ou chênes pubescents dans le sud de la France ; sapinières dans les vallées montagnardes ; chêne pédonculé et hêtre dans le piémont pyrénéen ; hêtres, chênes ou châtaigniers en Corrèze et dans le Cantal ; sapinières dans le Puy-de-Dôme ; pins sylvestres dans le Loiret ; hêtres et chênes en Saône-et-Loire, etc.

Reproduction

On ignore l’âge de la maturité sexuelle car l’espèce a été très peu étudiée.

L’installation

Bien qu’ils vivent en solitaire sur les sites d’hivernage, les aigles bottés forment des couples unis pour la vie, peut-être à cause de leur fidélité au site de nidification. Les vols nuptiaux commencent après le retour sur les lieux de reproduction (vers la mi-avril en France).
La parade nuptiale, spectaculaire, s’effectue comme suit : il s’élève à grande hauteur (500-800 m) en décrivant des spirales étroites, puis se précipite en piqué, les ailes à demi-repliées avant de remonter au niveau initial selon une trajectoire si inclinée qu’il se trouve le ventre en l’air.

L’aire

L’aire est construite de la mi-avril à la première semaine de mai. Les deux adultes participent à la construction du nid en amenant des branches et des rameaux, bien que la femelle soit plus active que le mâle (sauf en période d’élevage où les rôles s’inversent). Des vols de parade se terminant en piqué, viennent parfois interrompre l’apport des matériaux.
L’aire, rechargée au fil des ans, est souvent très volumineuse, d’une taille supérieure à celle de la buse. Les nids récents sont plus modestes. L’aire est de forme ovoïde, d’un diamètre et d’une épaisseur atteignant parfois 90 cm. D’abondants feuillages verts la garnissent, donnant beaucoup de feuilles roussies lorsqu’on la trouve en hiver. En règle générale, l’Aigle botté construit lui-même son aire, et, en l’absence de dérangement, ou de modifications de ses environs immédiats, l’occupe plusieurs années. Toutefois, l’Aigle botté peut nicher dans d’anciennes aires d’autres rapaces (milans, autour, buse, etc.).
En Afrique du Nord, l’aigle botté peut également nicher dans des falaises

La ponte et l’incubation

La femelle pond de 1 à 3 œufs blancs, tachetés de brun, entre la mi-avril et la mi-mai. L’incubation, assurée par la femelle, dure entre 36 et 38 jours. La femelle quitte très peu le nid pendant cette période et elle est ravitaillée par le mâle.

L’élevage et l’envol des jeunes

Contrairement aux espèces d’aigles de plus grande taille, le caïnisme (mise à mort du cadet par l’aîné) est rare chez l’aigle botté, chez qui, généralement, les deux aiglons s’envolent. Le mâle assure l’essentiel du ravitaillement mais c’est la femelle qui distribue la nourriture aux juvéniles. Ces derniers quittent le nid 50 à 60 jours après l’éclosion et maîtrisent leur vol 14 jours après le départ de l’aire. En France, les jeunes prennent généralement leur envol dès la mi-juillet pour les plus précoces jusqu’à mi-août pour les plus tardifs. Mais leur émancipation est longue : ils restent jusqu’à deux semaines à proximité du nid, en sous bois, généralement plutôt en sommet de relief avant de s’aventurer au dessus de la canopée.
Ils restent ensuite avec les parents durant une quarantaine de jours avant de partir en migration. Il semble que la femelle soit la première à quitter le site (Díaz Ruiz J. 2005. Quercus n°21).

Régime alimentaire et techniques de chasse

L’aigle botté chasse souvent sur un secteur qu’il survole régulièrement. Lorsque qu’une proie potentielle est repérée, il décroche en un brusque et vertigineux piqué, souvent ponctué de paliers pour « ajuster le tir ». L’aigle effectue un dernier piqué jusqu’à sa proie qu’il percute en plein ciel ou capture au sol, ou encore il freine à une dizaine de mètres au-dessus des feuillages puis pénètre en torpille volante à l’intérieur des houppiers. S’il manque son coup, on le voit remonter peu après, là où il est entré, « en marche arrière », se laissant porter par l’air, ailes à demi pliées. Ensuite, il s’élève à nouveau rapidement en plané pour reprendre son observation, jusqu’à la tentative suivante.
Le régime alimentaire de l’aigle botté est très varié puisqu’il s’adapte à la richesse de la faune locale. En France, il est essentiellement ornithophage et capture en nombre des oiseaux de petite et moyenne taille : alouettes, moineaux, étourneaux, grives, merles, geais, pies, corneilles, pigeons, perdrix, etc. Il peut également consommer des reptiles (surtout des lézards), ainsi que des petits mammifères (campagnols, écureuils, lapins). A l’occasion, il peut manger des insectes ou piller les nids des autres oiseaux.

Migration et hivernage

L’aigle botté est un grand migrateur. Il hiverne dans le sous continent Indien et en Afrique, au sud du Sahara, dans les savanes arborées d’Afrique tropicale, du Sénégal à l’Ethiopie et jusqu’en Afrique du Sud.
Des populations sédentaires sont signalées à l’Ouest de l’Afrique du Sud et de la Namibie (Kemps & Kemps 1998), aux Baléares et au Pakistan. On signale également une tendance à la sédentarisation au sud et au sud-est de l’Espagne depuis le milieu des années 80 (Marti & Del Moral 2003).
Quelques individus hivernent dans la péninsule ibérique et quelques cas sont également notés dans le sud de la France.
En France, les territoires de reproduction sont rejoints mi mars/début avril et le départ en migration s’effectue peu après l’envol des jeunes, au mois de septembre.
Pour en savoir plus sur la migration de l’aigle botté.
 

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