Suivi et conservation

Photo : D. Fajardo ©
 

Objectif et animation du réseau national

En France, l’aigle botté a fait l’objet d’une surveillance dès le début des années 1980 dans plusieurs régions : le Limousin (T.Leblanc et T.Nore), l’Allier (J.Fombonnat) et les Pyrénées-Atlantiques (J.Carlon).
Suite à cette surveillance effectuée par quelques pionniers, la LPO a souhaité dynamiser les suivis et une synthèse nationale est publiée depuis 2004 dans les cahiers de la surveillance.

Un réseau national se structure progressivement en faveur de l’aigle botté. Considéré comme vulnérable, la répartition, les effectifs, l’évolution et les exigences de cette espèce forestière sont très mal connus. L’aire de répartition semble être discontinue en France, mais cette situation peut être due à un manque de connaissance. Cette aire de répartition semble également avoir connue une contraction récente (dernières preuves de reproduction en Champagne-Ardennes, en 1985 cf. Riols et Thiollay) et des prospections en limite d’aire permettront de mieux cerner l’évolution de sa distribution.

Les objectifs principaux de ce réseau national sont donc :

  • d’améliorer les connaissances sur la répartition, les effectifs et la dynamique de l’aigle botté en France (suivi reproduction, suivi migration, etc.).
  • d’approfondir les connaissances sur la biologie et l’écologie de l’espèce (caractéristiques des habitats privilégiés, régime alimentaire, etc.)
  • de définir et mettre en place des mesures de conservation de l’espèce.

Outre la synthèse annuelle nationale des suivis, la LPO édite, depuis 2009, un bulletin de liaison « l’aigle botté » consacré à l’espèce.
Sont également initiées : la constitution et mise à disposition d’une bibliographie sur l’espèce, la compilation d’une base de données mortalité, l’organisation de rencontres nationales, etc. D’autres actions pourront être développées dans les années à venir.
Cette animation du réseau doit permettre d’impliquer de nouveaux surveillants, d’impulser des prospections et des suivis dans de nouvelles zones, de faciliter les échanges d’expériences entre les sites, de favoriser les liens entres protecteurs et gestionnaires forestiers, etc. pour une meilleure connaissance et protection de l’espèce à l’échelle nationale.

 

Le partenariat LPO - ONF pour la conservation de l’Aigle botté

Une convention pour l'animation du réseau

Au printemps 2010, la Ligue pour la protection des oiseaux et l’Office national des forêts ont signé une convention nationale pour la constitution d’un réseau Aigle botté. Les objectifs de cette convention sont :

  • de suivre les populations en France et réaliser un bilan annuel des suivis.
  • d’animer ce réseau d’observateurs, via notamment un bulletin d’information spécifique et un site web,
  • de promouvoir la signature de conventions LPO/ONF au niveau local pour optimiser la communication entre acteurs de terrain et la protection de l'espèce,
  • d’établir tout conseil utile à la conservation de cette espèce,
  • d’élaborer en commun, LPO et ONF, toutes propositions utiles à la connaissance et à la conservation tant auprès du Ministère chargé de l’environnement (plan national de sauvegarde ou de conservation) que d’éventuels financeurs ou mécènes.

Cette convention nationale se veut être également une opportunité pour la mise en œuvre de conventions locales entre les associations naturalistes et les directions territoriales de l’ONF.

Oiseaux des Bois LPO/ONF 2007-2011

Le programme LPO/ONF « Oiseaux des Bois», visant à concilier conservation de l'avifaune et gestion forestière en forêt de production de plaine, a été mis en œuvre de 2007 à 2011 sur 3 sites d’études en France. Julien Thurel et Axelle Grenet ont étudié l’Aigle botté en forêt domaniale d’Orléans, avec pour objectifs d’améliorer les connaissances sur sa biologie, de caractériser son habitat et de mesurer l’impact des travaux forestiers sur sa reproduction.
Les caractéristiques des sites occupés, l’impact des travaux forestiers, la fidélité au site de reproduction, la distance de délocalisation, les conséquences de l’échec sur la délocalisation, les effets de la météorologie sur la productivité des couples, le régime alimentaire, etc. sont détaillés dans le rapport d'étude final : oiseaux-des-bois-2007-2011-lpo-onf.pdf.

Bien que la « clause rapace » établie par l’ONF interdisant toute intervention entre le 01/03 et le 01/09 semble permettre de concilier gestion forestière et protection de l’Aigle botté en forêt domaniale d’Orléans, la poursuite de l’étude sur les relations entre coupe de bois et reproduction de l’Aigle botté est essentielle si nous voulons connaître la taille des îlots à maintenir autour d’une aire lorsque le reste de la parcelle est régénérée ou que celle-ci passe en coupe d’amélioration. En effet, les résultats présentés à ce jour ne sont pas suffisants pour tirer des conclusions objectives.

Suivis de la reproduction

Depuis 2004, la compilation des suivis permet de connaitre l’évolution de la mobilisation en France. Chaque année, plusieurs dizaines de surveillants se mobilisent pour suivre la reproduction d’une centaine de couples. Le nombre de surveillants est globalement stable et la situation de l’espèce n’est pas bien connue dans de nombreux départements. Le manque d’observateurs ne permet pas de connaitre avec précision la répartition et la tendance démographique de l’Aigle botté en France.
Les données relevées se sont progressivement affinées. Elles permettront à terme une meilleure connaissance des paramètres de la reproduction (succès reproducteur, taux d’envol) et une comparaison entre les différentes populations suivies.

 

Suivis satellitaires

P. Cavallin (CREN Poitou-Charente) et T. Nore (SEPOL), sous l’égide du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, conduisent depuis 2007 un programme de suivis par satellite des aigles bottés.
Entre 2007 et 2010, trois adultes et trois jeunes, originaires des vallées de la Dordogne et de la Vézère en Corrèze, ont été équipés des balises Argos. Les objectifs de cette étude portent sur l’utilisation spatiale du territoire par les adultes en période de reproduction ; sur la dispersion et l’émancipation des juvéniles ; sur la survie des jeunes et des adultes ; sur les trajets et les haltes migratoires ; sur l’identification des sites d’hivernage en Afrique subsaharienne, etc.
Un site Internet détaille le contexte et les suivis de chaque individu.

 

Suivis de la migration

Un réseau national de suivis de la migration « Migraction », coordonné par la LPO, assure des comptages standardisés sur plusieurs dizaines de sites en France.
Le Col d’Organbidexka, dans les Pyrénées-Atlantiques, est le site le plus fréquenté par l’aigle botté en migration postnuptiale. Les effectifs sont globalement stables depuis le début des années 80, avec une tendance à la hausse ces toutes dernières années. Les variations interannuelles sont toutefois trop importantes pour permettre de conclure à une augmentation des effectifs ouest-européens.

Pour en savoir plus sur les passages migratoires de l’aigle botté dans le Pays basque.