Suivi et conservation

La LPO intervient en faveur de la conservation de l’Aigle de Bonelli à divers titres, d’une part en collaboration avec l’UFCS pour l’élevage en captivité et la participation aux actions du LIFE Bonelli (2013-2017) développées en Espagne, mais aussi en France, dans le cadre du Plan National d’Actions Aigle de Bonelli (PNA AB) pour la mise en œuvre d’actions visant la neutralisation des lignes électriques, la réduction de la menace poison et la publication du Bonelli Info.

La reproduction en captivité

Contexte

En France, la reproduction en captivité de l’Aigle de Bonelli est mise en œuvre dans deux centres d’élevage, celui de l'UFCS-LPO Vendée et celui de l'UFCS Ardèche. L’objectif initial de ces deux centres était la participation aux actions de conservation de la population française compte tenu de la décroissance des effectifs nicheurs. Cependant, le Plan National d’Action français en faveur de l’Aigle de Bonelli (PNA AB) s’étant positionné contre la libération des aiglons sur le territoire français, les deux centres d’élevage français, grâce à Michel Terrasse, ont été intégrés d’abord dans le projet espagnol existant dès 2011 pour participer à la réintroduction sur l’île de Majorque (Baléares) et au renforcement des populations de certaines régions du centre (Madrid) et du nord de l’Espagne (Navarre et Alava). Les premiers échanges, avec l’envoi des premiers aiglons, ont eu lieu en 2011. Cette collaboration a pris une plus grande ampleur avec la réalisation du programme franco-espagnol LIFE Bonelli 2013-2017. Les principales actions et résultats de ce programme sont présentés à l’onglet suivant, intitulé « LIFE Aigle de Bonelli ».

Pour en savoir plus : Positionnement du PNA Aigle de Bonelli concernant le renforcement de la population française, suivre http://www.aigledebonelli.fr/?q=node/70

Historique

En Ardèche, le lancement de l’élevage en captivité de l’Aigle de Bonelli a eu lieu en 1989 lorsque l'UFCS a confié à Jean-Claude Mourgues quelques Aigles de Bonelli d'origines diverses (Centres de sauvegarde, Zoo ...) parce qu’en tant que vétérinaire et naturaliste, il connaissait bien l’espèce dont il suivait la reproduction dans le cadre de la surveillance mise en œuvre par le FIR. Le premier couple s'est formé spontanément (il y avait 2 mâles et 3 femelles). Les deux couples actuels sont des oiseaux issus de ce premier couple et sont nés en 1999, 2000 et 2001.

En Vendée, l’origine de l’élevage en captivité de l’Aigle de Bonelli UFCS-LPO de Vendée est une longue histoire (près de 25 ans), liée intimement à la vie de son fondateur, Christian Pacteau. En 1992, Gérard Grolleau, (Président UNCS, devenue UFCS) propose à Christian Pacteau d’ouvrir un second centre de reproduction de l’aigle de Bonelli, en parallèle à celui de Jean-Claude Mourgues en Ardèche, et de prévoir les installations adéquates nécessaires. En 1993, il reçoit le soutien de Jean-François Terrasse (président du FIR). Réticent, pourtant, c’est René Rosoux, biologiste du Parc Naturel du Marais poitevin, qui lui mâchera le travail de la recherche de sponsors pour construire un centre de 10 unités, dénommé « rapaçarium », ménageant une vie sociale entre les couples, pour un ensemble de 1000 m2. Cinq couples reproducteurs occupent aujourd’hui cet espace, répartis durant neuf mois en volière de reproduction et trois mois en volière d’hivernage (vide sanitaire).

Le plus difficile restait à venir. Les trois femelles handicapées obtenus par le GRIVE, un mâle portugais intolérant à son espèce, et quatre oiseaux marocains sauvages ne feront pas de miracle. Un couple obtenu d’Arabie saoudite sauvera du désespoir en 1999 en produisant son premier jeune. Mais l’origine géographique interdit toute réintroduction.

Las, Christian Pacteau écrit en 2002 à tous ses sponsors et associations qu’il abandonne faute d’oiseaux adéquats… Le sort n’en était pas jeté. Il reçoit un « retour » imprévu : un courrier d’Agustin Madero Montero, sous-Directeur del Medio Ambiente d’Andalousie, « entrevu » 10 ans plus tôt, lui offrant de prélever quelques poussins (quatre couples) sur la population andalouse forte de 350 couples. Pour la seconde fois, le projet le rattrape. Cependant, après avoir surmonté l’obstacle majeur de la formation des couples en mettant en place deux protocoles selon l’origine des oiseaux, un obstacle de taille restera à surmonter avant de réussir non la reproduction mais une production significative de poussins en captivité de l’Aigle de Bonelli.

Enfin, grâce à Michel Terrasse et Yvan Tariel, les deux centres d’élevage français sont aujourd’hui partenaires du projet LIFE Bonelli européen 2013-2017. Les subsides obtenus ont permis quelques travaux et surtout l’achat de nourriture. Quant aux poussins, ils sont confiés depuis 2011 au GREFA, maître d’œuvre de la réintroduction en Espagne dans le cadre du LIFE Bonelli.

Méthodologie

Les volières de reproduction

La taille des volières qui accueillent les couples reproducteurs est d’environ 18m x 6m x 4m, soit une taille suffisante pour permettre les déplacements en vol sur une courte distance. Des perchoirs permettent aussi aux aigles de se poser en hauteur. Un point de nourrissage est situé à proximité de l’observatoire.

Chaque volière d’élevage contient une plateforme qui accueille le nid. La plateforme est située en hauteur pour empêcher les rats d’y grimper, et sous abri pour limiter les effets néfastes des intempéries (pluie). Des branches de pins sont déposées au moment de la construction du nid.

Les volières sont « closes » c'est-à-dire que les individus peuvent seulement voir l'extérieur à travers le toit, afin qu’ils ne soient pas dérangés par les activités humaines extérieures, par contre, les parois entre les volières sont à claire-voie pour permettre à l’instinct de territorialité de s’exprimer entre les couples nicheurs. Elles communiquent avec un couloir par un sas, ce qui limite la luminosité et facilite le fonctionnement des vitres sans tain, utiles à l’observation.

L'appariement

C’est un facteur important de la réussite de l’élevage en captivité. En effet, les Aigles de Bonelli qui intègrent les centres d’élevage peuvent être d’origines diverses d’où des problèmes au moment de la formation des couples. Il y a des individus d’origine sauvage, blessés puis soignés, mais incapables de survivre dans la nature ; il y a des individus récupérés par la douane ou chez des particuliers, souvent imprégnés ; il y a des poussins nés en captivité mais ils sont peu nombreux ; et aussi, mais de façon exceptionnelle, des poussins prélevés au nid dans le milieu naturel afin d’intégrer un centre d’élevage.
Avec les oiseaux de récupération d’origine sauvage, la première difficulté est l’acceptation de la captivité. Un oiseau en état de stress permanent inhibe sa capacité reproductrice. La seconde est l’appariement. Elevés ensemble, les poussins « s’attachent » spontanément les uns aux autres. Maintenus ensemble par couple ils se reproduisent aisément. Il n’en va pas de même avec les oiseaux étrangers entre eux, ce qui est le cas des oiseaux de récupération. Seule la « combinatoire », en observant les relations entre deux oiseaux mis arbitrairement ensemble, permet de distinguer les paires qui n’offrent aucune chance de former des couples potentiels.

Le centre UFCS-LPO Vendée a décrit une technique pour favoriser la formation des couples en captivité, basée sur l’attachement entre les partenaires (Pacteau, 2014). Dans le cas d’individus captifs obtenus adultes, une phase de tests comportementaux permet de connaitre la compatibilité ou l’incompatibilité des individus à former un couple reproducteur et, dans le cas d’individus obtenus poussins, ceux-ci sont élevés en fratrie afin de favoriser l’attachement entre les futurs partenaires.

Pour en savoir plus : « Reproduction en captivité de l’Aigle de Bonelli Aquila fasciata, l’attachement entre partenaires » ALAUDA 82 (2), 2014.

L'incubation

La ponte est surveillée depuis l’observatoire ou par l’intermédiaire d’un système vidéo. Les œufs de la première ponte (souvent deux ou trois œufs) sont prélevés pour inciter le couple nicheur à déposer une seconde ponte (souvent 2 œufs). Les œufs de la seconde ponte sont soit prélevés pour être placés en incubateur, ce qui diminue les risques d’accident, soit laissés aux bons soins du couple nicheur. Tous les œufs prélevés sont placés dans une couveuse artificielle jusqu’à l’éclosion.

L'élevage des poussins

Trois techniques sont possibles :

  • Elevage entièrement artificiel : les poussins sont placés en « fratrie » dès l’éclosion et nourris à la main par l’homme.
  • Elevage artificiel jusqu’à l’âge de 10 jours, puis naturel par le couple nicheur, souvent utilisé en remplaçant les œufs de la seconde ponte par les poussins issus de la première ponte.
  • Elevage entièrement naturel par le couple nicheur, par exemple, lorsque la seconde ponte est laissée dans le nid aux soins du couple nicheur.

Le centre UFCS-LPO Vendée préconise la technique n°1 qui permet de minimiser les pertes accidentelles, plus importantes dans le cas de l’incubation des œufs et de l’élevage des poussins par le couple nicheur (œufs cassés, caïnisme chez les poussins…).

L'alimentation

C’est un point important car sa qualité détermine la production des poussins par les couples captifs. En effet, le centre UFCS-LPO Vendée a rencontré d’énormes problèmes, de 1999 à 2014, avec une très faible productivité des couples captifs à cause d’un taux élevé de mortalité embryonnaire, ainsi le taux d’éclosion était de seulement 55 %. La production d’aiglons du centre d’élevage n’était alors que de 1 à 4 par an.

Face à ce problème récurrent, la décision fut prise de modifier l’alimentation. A partir de 2015, à côté des cailles japonaises (Coturnix japonica), furent introduits le ragondin sauvage (Myocastor coypus) et le rat d’élevage (Rattus norvegicus). Les résultats furent spectaculaires avec un taux d’éclosion de 86 %. Le nombre d’aiglons produits en 2015 et 2016 fut respectivement de 10 et 11.

Les soins vétérinaires

L’examen clinique des individus reproducteurs est effectué après la période de reproduction, il comprend: un examen complet pour vérifier la bonne hydratation et l'état du corps, l'intégrité du squelette et des structures externes, un examen ophtalmologique complet, une prise de la température du cloaque, auscultation en prenant les rythmes cardiaque et respiratoire…

En plus de cet examen annuel, le personnel du centre d’élevage en captivité, exerce une vigilance constante par l'observation directe mais aussi à l’aide de caméras de surveillance vidéo dont sont équipées la plupart des installations. Chaque individu est observé pour déterminer toute modification anormale de son comportement (sur la base de son état général, de sa position dans la volière, de son choix pour se percher, de la quantité de nourriture consommée, etc.). Dans le cas d’un doute sur son état de santé, l'animal est examiné par les vétérinaires pour déterminer une éventuelle maladie ou pour détecter le problème éventuel à l'origine des modifications observées.

Le transfert des aiglons vers le site de lâcher

A l’âge de 5-6 semaines, les poussins produits sont transférés vers l’Espagne afin d’être libérés sur le site de réintroduction ou de renforcement. A cet âge, les poussins sont capables de déchiqueter la nourriture qui leur est apportée, ils peuvent donc être placés dans une aire artificielle ou naturelle de libération, après avoir été bagués et équipés d’une balise GPS qui permettra de connaître leurs déplacements et leur historique de vie. Ces étapes sont réalisées par nos partenaires espagnols (GAN, GREFA, COFIB, DFA-AFA), dans le cadre du LIFE Bonelli (voir onglet suivant).

Résultats

Au total, de 2011 et 2016, le centre UFCS Ardèche aura fourni 3 aiglons et le centre UFCS-LPO Vendée 29 aiglons au programme de renforcement et de réintroduction développé en Espagne, soit un total de 32 jeunes, dont 23 dans le cadre du LIFE Bonelli (voir tableau suivant).

On constate une forte augmentation des naissances à partir de 2015 dans le centre d’élevage de l’UFCS-LPO Vendée, suite à la diminution du nombre d’embryons morts. Cette amélioration de la productivité semble due à la modification de l’alimentation.

Conclusions

Réussir la reproduction de l’Aigle de Bonelli en captivité aura été une entreprise de longue haleine: il aura fallu 25 ans d’attente et d’efforts pour surmonter les difficultés rencontrées, telles l’incompatibilité des partenaires, une maturité sexuelle plus tardive que dans le milieu naturel, l’infertilité des œufs et l’importance des embryons morts.

Outre, les connaissances nécessaires en phylogénie, en éthologie, indéniablement la reproduction en captivité de l’Aigle de Bonelli reste possible par l’expérience acquise, par les observations accumulées, par l’attention et les soins apportés par les différents capacitaires de ces centres. Il s’agit d’une affaire de patience, de passion, de sensibilité et d’abnégation sans lesquelles les résultats remarquables enregistrés ces dernières années par les centres d’élevage en captivité de Christian Pacteau en Vendée et de Jean-Claude Mourgues en Ardèche n’auraient pas été permis.

Christian Pacteau du centre UFCS-LPO Vendée résume en une phrase la méthode d’élevage en captivité de l’Aigle de Bonelli qui a donné de bons résultats au cours de ces deux dernières années (2015 et 2016) « Si la reproduction dépend de l’appariement, la production dépend de l’alimentation ».

Les lignes électriques

L’objectif est d’apporter un soutien technique au volet de réduction des menaces d’électrocution et de percussion avec le réseau électrique. En cela, la LPO France contribue aux négociations du Comité National Avifaune afin :

  • De compléter et mettre à jour les conventions et chartes existantes.
  • De mettre en œuvre une charte avifaune coordonnée à l’échelle des régions PACA, Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes.
  • De définir une stratégie et un échéancier globaux pour la neutralisation des zones prioritaires (domaines vitaux occupés et zones d'erratisme).

La vigilance poison

L’objectif est d’apporter un soutien technique au volet vigilance poison du Plan National d’Actions Aigle de Bonelli en contribuant à la prise en charge techniques et financières des autopsies et des analyses (avec une formation des vétérinaires pour la réalisation des autopsies).
Sur la période de référence suivante : de janvier 2015 à fin février 2016, 6 Aigles de Bonelli ont été pris en charge dans le cadre de la veille toxicologique mobilisée en faveur de l’Aigle de Bonelli avec le soutien de la Fondation Albert II de Monaco. Parmi ces 6 oiseaux, 5 ont fait l’objet d’autopsies (1 est en cours d’acheminement pour la réalisation d’une nécropsie), 5 ont fait l’objet d’analyses toxicologique (2 sont en cours de réalisation). Les premiers résultats ne révèlent aucun cas d’intoxication et d’empoisonnement.

Le Plan d’actions français

Dans le cadre des plans de restauration, de 1999 à 2012, l'Aigle de Bonelli a fait l'objet de deux premiers plans d'actions dans le cadre de la politique du Ministère chargé de l'environnement sous la coordination de la Direction régionale de l'environnement du Languedoc-Roussillon. Ils ont été animés par un collectif d'associations naturalistes et de représentants du monde de la chasse et des collectivités territoriales, et ont permis de renforcer la conservation de cette espèce fragile au travers de nombreuses actions telles que la surveillance des couples reproducteurs, la réouverture de garrigues qui s'embroussaillaient avec l'aide des sociétés de chasse, la sensibilisation des différents acteurs et du grand public aux menaces pesant sur cette espèce, l'étude de la dynamique de la population au travers de programmes de baguage et du suivi de plusieurs oiseaux par télémétrie, etc. Le premier s'est déroulé de 1999 à 2003, intitulé « Plan national de restauration » ; le second, de 2005 à 2009 a été rebaptisé « Plan national d'actions ».

En 2013, un nouveau Plan national d'actions (2014-2023) a été validé en commission du CNPN le 11 septembre 2013. Il intègre les connaissances issues de « près de 40 ans de suivis (...) et plus de 20 ans de baguage systématique des poussins » qui ont permis de mieux connaître les besoins fondamentaux de l'espèce et les facteurs influençant son évolution. Ce plan comprend 7 objectifs, déclinés en 27 actions :

  • réduire et prévenir les facteurs anthropiques de mortalité ;
  • préserver, restaurer et améliorer ses habitats ;
  • mieux surveiller l'espèce, limiter les dérangements ;
  • développer la connaissance pour mieux gérer et mieux préserver la population française de cette espèce ;
  • intégrer ce plan dans les politiques publiques ;
  • faire connaître cet aigle et la valeur patrimoniale de son habitat ;
  • mieux coordonner sa protection, notamment à l'échelle internationale.

 Pour en savoir plus : Site officiel du PNA Aigle de Bonelli : http://www.aigledebonelli.fr/