Présentation de l'aigle royal

Biologie et écologie

Habitat

L'Aigle royal fréquente les habitats ouverts et semi-ouverts en terrain montagneux, là où les lagomorphes et les petits rongeurs sont présents. On le rencontre dans différents habitats, des régions sub-désertiques du Sahara, aux toundras arctiques, en passant par les forêts boréales, la taïga, les forêts de résineux, mixtes et de feuillus aux parcours herbacés de landes plus ou moins boisés, aux boisements clairs de montage jusqu’aux secteurs de haute montagne. Avant d’être persécuté, en France, il était présent en plaine, comme en forêt de Fontainebleau ou bien encore en Champagne. Aujourd’hui son aire reste confinée aux secteurs de montagne.

Son territoire de chasse se caractérise par deux principaux facteurs : une visibilité sur de grandes distances et une aérologie permettant les vols libres thermodynamiques (Cramp et Simmons 1980).
Son domaine vital, étroitement lié aux ressources trophiques de son territoire, varie de 50 km et 100 km² pouvant aller jusqu’à 300-400 km² voire 1100 km² (estimé dans la baie d’Hudson au Canada de juin à octobre).
Des auteurs (Brown et Amadon. 1968) ont mentionné que la dimension du domaine vital des Aigles royaux fréquentant des zones boisées, comme celles de l’est de l’Amérique du Nord, pouvait dépasser 500 km²

Globalement, il semble préférer les paysages hétérogènes et recherche les secteurs à l’écart des activités humaines tels que les versants escarpés dotés de falaises ou de peuplements forestiers comportant des vieux résineux (Sapin, Pin noir ou Pin sylvestre). Ainsi, le plus souvent très difficiles d’accès, ses sites de nidification sont le plus souvent à l’écart des risques de perturbations humaines. L’aigle présente en effet, une très grande sensibilité aux dérangements pendant la période de reproduction. Toute intervention humaine à proximité de l’aire peut provoquer l’abandon de la reproduction.
Le nid est généralement construit sur une paroi rocheuse dominante, mais dans certaines régions, il peut-être édifié au sommet de grands arbres tabulaires (p.ex. Pinus nigra, Abies pectinata en France, P. strobus en Amérique du nord, etc.). C’est ainsi que dans le sud-ouest des États-Unis et dans certaines régions d'Écosse, les nids sont souvent construits dans les arbres (Mc. Gaham 1968), alors qu’en France, même si des aires arboricoles sont relevées dans le Massif Central, les nids sont majoritairement rupestres.
La hauteur des aires de nidification en milieu rupestre est variable (d’une trentaine à plusieurs centaines de mètres), en revanche, l’exposition semble particulièrement importante. Les Aigles royaux préfèrent les expositions à l’abri des vents dominants et dédaignent les expositions au nord. L’exposition est un facteur important au début du printemps, principalement pour les adultes qui couvent, lorsque les températures mensuelles moyennes sont négatives.

Reproduction

Il semble que la proportion de couples non reproducteurs soit plus élevée lorsque la nourriture est rare. La disponibilité des ressources alimentaires constitue un facteur déterminant dans la dynamique des populations d’Aigles royaux. Ainsi donc le comportement reproducteur des aigles et le succès de la reproduction sont étroitement liés à l’existence d’un apport énergétique régulier. Par conséquent, il n’est pas étonnant de constater une diminution du nombre de couples nicheurs lorsque survient une baisse des effectifs de proies. Le pic de mortalité de l’Aigle royal coïncide avec la fin de l'hiver. Il s’agit d’une période critique pour l'Aigle royal car c'est également à cette période que les populations des principales proies sont à leur plus bas niveau.

La plupart des couples d'Aigles royaux semblent unis pour la vie et fidèles à leur site de nidification (Watson 1997). Ainsi, les opérations de suivi ont permis de constater que des sites historiques de reproduction peuvent être utilisés plusieurs décennies voire un siècle ou plus par une succession d'individus.
Toutefois, lorsqu'un des membres du couple disparaît, il est très rapidement remplacé par un autre individu. Si les deux individus d'un couple disparaissent, le site de nidification vacant est rapidement réinvesti par un nouveau couple.

La densité des couples territoriaux varie en fonction de la qualité de l’habitat et de la quiétude des territoires occupés, notamment vis-à-vis des activités humaines. Plus spécifiquement et de manière schématique, la qualité de l’habitat des Aigles royaux est étroitement liée à la diversité des paysages (couverts végétales, topographie, …), à la disponibilité du territoire en gîtes et en proies. Le comportement extrêmement territorial de l’Aigle royal et la capacité d’adaptation de l’espèce rendent cette notion de densité très difficile à apprécier. Différentes études révèlent que les domaines territoriaux des Aigles royaux varient selon un rapport de 1 à 10.
En fait, pour bien comprendre, les Aigles royaux protègent leurs nids et progénitures contre les individus de la même ou d’une autre espèce mais ne défendent pas leurs territoires de chasse. Ainsi, certains couples voisins peuvent chasser à l’occasion sur les mêmes territoires lorsque ces territoires communs sont riches en proies et dépourvus d’aires de reproduction. A titre indicatif, selon les régions les domaines des couples reproducteurs fluctuent aux environs de 30 km² à 50 km². En Amérique du Nord des densités plus importantes ont été relevées avec des distances moyennes entre les nids d’environ 4 km (Phillips et al. 1990).

Dès l’automne, les Aigles royaux paradent et s’affèrent à la construction et au rechargement des nids. C’est le temps des jeux aériens : longs piqués, vols en feston, retournements serres à serres et offrandes de proies.
Les nids sont construits à l’aide de branches, de racines, de végétaux et de matériaux divers. L'intérieur des nids est tapissé de verdure ce qui, selon certains auteurs, limite le développement de parasites dans les nids (Newton 1979; Watson 1997).
Un couple dispose de plusieurs nids alternatifs et les distances entre ces différents nids alternatifs peuvent varier de quelques mètres à quelques kilomètres. Les oiseaux qui n’ont pas eu de succès dans leur reproduction une année peuvent ainsi utiliser un nid alternatif l'année suivante.
L’initiation de la ponte a lieu courant mars sous nos latitudes alors qu’elle est plus tardive dans les régions les plus septentrionales (début d’avril jusqu’à la mi-juin).
Le nombre d'œufs varie de un à 3 parfois 4 mais les couvées de deux sont les plus fréquentes (Brown et Amadon 1968). La couvaison est effectuée principalement par la femelle mais le mâle participe fréquemment à cette tâche et assure l’approvisionnement en nourriture. Les œufs éclosent après 43 à 45 jours d’incubation à plusieurs jours d'intervalle les uns des autres. Les jeunes aiglons restent environ 77 à 81 jours au nid. Leur poids à la naissance est d’environ 100 g. Ils sont alors recouverts d’un duvet blanc. Les jeunes aiglons peuvent se tenir sur leurs pattes vers l’âge de 20 jours. La croissance des plumes commence à l’âge de 30 jours et avec l’apparition du plumage ils acquièrent plus d’endurance aux variations de températures. Après le premier envol, courant juillet, les aigles immatures resteront à proximité du nid le temps de s’émanciper jusqu’en automne ou au début du printemps suivant, où ils seront chassés du territoire parental. Les immatures, ainsi chassés hors des territoires parentaux, entrent dans une phase de dispersion et d’errance à la recherche d’un partenaire et d’un territoire…

L’émancipation et la dispersion des jeunes

Le record de longévité de l'aigle royal à l'état sauvage est d'environ 32 ans tandis que celui en captivité est de 46 ans.

La rencontre d’un partenaire intervient, lorsque l’Aigle royal atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de 4 ou 5 ans (Brown et Amadon 1968 ; Watson 1997). Il atteint donc parfois sa maturité sexuelle avant son plumage d’adulte qui intervient vers 5 ans ou plus exceptionnellement 6 ans.
Durant cette phase d’errance les immatures chercheront à ne pas trop s’éloigner du territoire parental dont ils connaissent l’abondance en proie. En effet, les territoires non occupés par des couples territoriaux recèlent d’une abondance en proie certainement moindre. Ces derniers territoires sont exposés à de plus grandes nuisances, ou encore présentent des faciès de milieux moins favorables (mieux fermés,…). Ainsi, les jeunes immatures en cours d’émancipation sont non seulement exposés à l’agressivité des couples territoriaux des espaces qu’ils traversent mais également sont refoulés vers les secteurs les moins attractifs, du moins les moins riches en ressources trophiques. Il n’est donc pas étonnant que l’espérance de vie des immatures est extrêmement basse avec une mortalité des individus supérieure à 50 % voire proche des 80 %...

De proche en proche, expulsés par les couples territoriaux, les immatures pourront ainsi s’éloigner de quelques dizaines de kilomètres du territoire où ils sont nés à plusieurs centaines de kilomètres. Les distances de dispersion ainsi mesurées dans la littérature sont comprises dans une fourchette de plusieurs dizaines de km à 1000 km.
L'Aigle royal est donc essentiellement une espèce sédentaire dans le sud de son aire de répartition alors que les populations nichant dans les régions subarctiques d’Europe, d’Asie, et d’Amérique sont migratrices.

Régime alimentaire et technique de chasse

L’Aigle royal se distingue par son régime alimentaire diversifié. Il est euryphage et ainsi capture une grande variété de proies avec un attrait tout particulier pour les petits mammifères (de 1 à 15 kg), mais également à l’occasion ou selon les régions, il ne dédaigne pas les oiseaux, les reptiles, ou bien encore les poissons, etc.
Cette préférence pour les proies de taille modeste, permet à l’Aigle royal de préserver un bon équilibre entre l’énergie déployée lors de l’acte de chasse et les calories représentées par la proie convoitée. L’Aigle royal a développé une technique de chasse efficace qui repose sur une capture par surprise et une mise à mort rapide. Après une prospection ou bien au hasard d’une rencontre, il fond sur sa proie, ailes ramassées, projette ses serres en avant et au moment de l’impact avec sa proie, ouvre ses ailes pour amortir le choc. La proie, ainsi maintenue dans ses serres, périe le plus souvent sous la violence de l’impact et suite à la perforation d’organes vitaux, infligée par l’ongle du pouce.
L’Aigle royal évalue donc toujours les risques encourus avant l’attaque d’une proie. Si un aigle expérimenté (généralement adulte) peut convoiter des proies dangereuses tels que des carnivores, des ongulés, des suidés, etc., un individu inexpérimenté s’expose, quant à lui à des risques et à des efforts inconsidérés. Ce type de situation constitue probablement l’une des premières causes de mortalité des aigles immatures et inexpérimentés.
L’Aigle royal occupe une place prépondérante dans le réseau trophique des écosystèmes en participant efficacement à la régulation des populations par une sélection des individus les plus vulnérables et les plus affaiblis (p.ex. animaux malades). Il contribue donc à la sélection positive des populations d’espèces qu’il convoite et, lorsque ses proies opportunes régressent, il reporte son attention sur d’autres espèces, …
Le régime alimentaire de l'Aigle royal est donc influencé par la disponibilité des proies présentes dans son domaine vital et la dynamique de leurs populations. Il est opportuniste et lorsque la nourriture vient à manquer, il n’hésite pas à devenir nécrophage en se nourrissant d’animaux trouvés morts.

[Carte] Abondance et distribution de l’Aigle royal

L’Aigle royal en France est donc représenté par sa forme nominale A. chrysaetos chrysaetos sur tout l’arc alpin, du Jura à la Méditerranée et ses îles (Corse, Sardaigne, Sicile), le centre et le Sud du Massif Central. Il semble entrer en contact avec une autre sous espèce Aquila chrysaetos homeyeri dans les environs Sud du Massif Central. Cette dernière sous-espèce occupe l’ensemble de l’axe pyrénéen, du piémont à la haute montagne. Comme précisé précédemment, l’Aigle royal est présent sur tout l’hémisphère nord, des zones sub-désertiques du Sahara, au sud des régions arctiques.

Migration

L'Aigle royal est essentiellement une espèce sédentaire dans le sud de son aire de répartition alors que les populations nichant dans les régions subarctiques sont migratrices. Les oiseaux de Sibérie aux environs du 60° de latitude Nord migrent vers l’ouest et le sud. Néanmoins, des opérations de suivi satellitaire ont permis de démontrer que les oiseaux immatures ont un comportement erratique pendant les premières années de leur vie.

Statuts

L’Aigle royal, comme toutes les espèces de rapaces, est protégé en France, selon la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, codifiée aux articles L-411-1 et suivants du code de l’environnement. (Voir également l’arrêté d’application modifié du 17 avril 1981 fixant les listes des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire). Il figure également parmi les espèces désignées dans l’arrêté du 29 octobre 2009 qui traite des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et des modalités de leur protection.
Il figure à l’annexe I de la Directive « Oiseaux » (n° 79/409 du 6 avril 1979). Cette directive européenne s'applique à tous les Etats membres de la Communauté, depuis le 6 avril 1981. Elle vise à assurer la protection de toutes les espèces d'oiseaux désignées en annexe I de la dite Directive et elle permet la désignation de Zones de protection spéciale, qui font parties du réseau Natura 2000.
L’Aigle royal, figure également à l’annexe II de la Convention de Berne du 19 septembre 1979 qui a pour objet d'assurer la conservation, au niveau européen, de la flore et de la faune sauvages et de leurs habitats naturels, notamment des espèces et des habitats dont la conservation nécessite la coopération de plusieurs Etats.
Considérée comme une espèce migratrice se trouvant dans un état de conservation défavorable et nécessitant l’adoption de mesures de conservation et de gestion appropriées dans certaines régions d’Europe, l’Aigle royal figure à l’annexe II de la Convention de Bonn du 23 juin 1979 qui lui accorde un statut de protection à l'échelle mondiale.
L’Aigle royal est protégé par la Convention de Washington ou CITES du 03 mars 1973 et figure à l’annexe II concernant les espèces qui, bien que n'étant pas nécessairement menacées actuellement d'extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n'était pas étroitement contrôlé. Cette Convention sur le commerce international des espèces est un accord international entre Etats qui a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d'animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent.
D’autre part, l’Aigle royal figure à l’annexe C1 du règlement communautaire n°3626/82/CEE relatif à l’application de la CITES dans l’Union Européenne.

Statut de conservation

L'aire de distribution de l’Aigle royal est étendue mais discontinue (cf. § « L’Aigle royal est présent sur de vastes territoires… »), notamment dans la plupart des pays d’Europe qui abrite moins d'un quart de sa population mondiale. La population européenne de l’Aigle royal n’est pas très importante avec environ moins 8500 couples, toutefois, elle semble stable et/ou en légère augmentation. Néanmoins, les faibles effectifs de la population de l’Aigle royal le rendent vulnérable aux différentes menaces qui l’affectent chaque année. Il est par conséquent jugé comme rare en Europe comme en France (avec moins de 10% des couples nicheurs européens). De ce fait, l’Aigle royal est inscrit sur la liste rouge de la faune menacée de France, dans la catégorie « rare ». Il est classé dans la catégorie CMAP 5 (espèce dont le statut français n’est ni défavorable ni fragile, contrairement au statut européen).
A l’échelle européenne, d’après les critères définis par Birdlife International (Tucker & Heath, 1994), l’Aigle royal est classé dans la catégorie SPEC 3 (espèce non concentrée en Europe au statut de conservation défavorable).
L’Aigle royal figure sur la liste rouge des espèces menacées de disparition au niveau mondiale de l’UICN, dans la catégorie LC « préoccupation mineure » et dans la catégorie VU « vulnérable » sur la liste rouge des espèces menacées de disparition en France de l’UICN.

Logos LPO