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L'Aigle royal dans les Pyrénées prédateurs (aussi) de migrateurs

Les oiseaux migrateurs sont des proies momentanément abondantes qui peuvent être exploités par les rapaces. L’exemple le plus démonstratif est celui des faucons d’Éléonore (Falco eleonorae) dont la saison de reproduction en fin d’été correspond au pic de la migration postnuptiale des passereaux au dessus de la Méditerranée afin d’assurer un maximum de proies à leurs jeunes.
L’extrémité occidentale des Pyrénées est un des lieux où se concentrent les flux migratoires du Sud-Ouest européen. La migration postnuptiale y est suivie de longue date suite aux initiatives pionnières d’« Orgambideska Col Libre » (OCL). Les migrateurs traversent là les territoires d’aigles royaux les plus occidentaux de la population pyrénéenne, dans les montagnes basques.
Plusieurs cas d’attaques infructueuses d’aigle royal sur diverses espèces de migrateurs y ont été signalés (cigognes blanche et noire, grues cendrées , grand cormoran…) mais restent anecdotiques. Deux observations récentes de captures réussies de grues cendrées (Grus grus) ont été rapportées, l’une lors du passage d’automne par les observateurs d’ OCL, l’autre par Alfonso Senosiain, collègue navarrais, lors de la migration prénuptiale en mars 2011. 
Il n’existe pas à notre connaissance de cas documentés équivalents.
Par contre la prédation par l’aigle royal des grues demoiselles (Anthropoides virgo) en migration au dessus de l’Himalaya a été bien décrite par Thiollay (1979) qui évaluait à 6% le taux d’attaques réussies et à une capture tous les quatre jours par des couples d’aigles territoriaux. Cette prédation régulière était estimée à 1/1000 migrateurs dont les effectifs sont beaucoup plus abondants que ceux des grues cendrées franchissant les cols pyrénéens.
Même si le nombre de grues cendrées empruntant la voie de migration occidentale a augmenté au cours des deux dernières décennies pour approcher les 150 000 individus (Couzi & Petit 2005) cette espèce ne peut avoir qu’une place marginale dans le spectre alimentaire des aigles pyrénéens du fait même de la brièveté des passages migratoires. Sa capture, probablement régulière mais limitée en nombre, illustre cependant l’opportunisme caractéristique du mode de prédation de l’aigle royal et contribue à la diversité de son régime dans les Pyrénées (Fernandez 1991). Et particulièrement dans les territoires des montagnes basques aux altitudes peu élevées, fortement anthropisées, où à l’inverse du domaine méditerranéen aucune espèce proie est dominante et où ongulés, carnivores et corvidés sont les mieux représentés (Saïak, étude en cours).

Michel CLOUET, dr.clouet@wanadoo.fr

Références

Couzi (L.) & Petit (P.) 2005. La Grue cendrée. Histoire naturelle d’un grand migrateur.
Éditions Sud Ouest

Fernandez (C.) 1991. Variation clinale du régime alimentaire et de la reproduction chez l’aigle royal (Aquila chrysaëtos) sur le versant sud des Pyrénées.
Rev. Ecol. (Terre Vie) 46 :363-371.

Thiollay (J. M.) 1979. La migration des grues à travers l’Himalaya et la prédation par les Aigles royaux. Alauda 47 :83-92.

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