Menaces

Aigle royal - Photo : Bruno Berthémy ©
 

Des menaces qui persistent…

Ainsi, l’Aigle royal a su résister aux pires persécutions et depuis que les menaces sont devenues plus marginales, au moins en Europe, l’espèce a commencé à reconquérir les espaces perdus.

Mais voilà, tout ne s’arrête pas là ! Les rapaces et l’Aigle royal ont dû faire face dès l’avènement des pesticides de synthèse, à la fin de la deuxième guerre mondiale, à de nombreuses substances toxiques utilisées en agriculture (organochlorés (dont le terrible DDT), rodonticides, Inhibiteur des cholinestérases avec les organophosphorés, les carbamates,…).

L’analyse des cas d’empoisonnement des rapaces révèle une forte récurrence des inhibiteurs des cholinestérases dont notamment certains carbamates comme le Carbofuran… La toxicité de ces produits n’est plus à démontrer avec des doses létales <5 mg/kg (Aldicarbe, Carbofuran,...). Il en est de même pour les organochlorés extrêmement toxiques et très persistants dans l’environnement. Les rodonticides disposent également d’une toxicité forte qui s’exprime dès la première ingestion et la plupart de ces produits est désormais autorisé en usage extérieur à partir de caisses d’appâts exposant les espèces non cibles à des risques importants d’empoisonnement.
L’utilisation illicite des appâts empoisonnés reste une pratique d’actualité et courante qui affecte de nombreuse espèce dont l’Aigle royal. Des cas d’intoxication sont également les conséquences de négligences dans l’utilisation des pesticides. Pire encore ! Plusieurs cas d’intoxications aigues sont constatés à partir de produits interdits, retirés du marché.
L’impact de l’ensemble des pesticides ne se limite pas là mais s’étend bien au-delà. Ainsi, les pesticides contaminent l’ensemble des écosystèmes par un phénomène d’infiltration dans les sols, de suspension et de codistillation dans l’air, de ruissellement, de pollution des eaux, de bioaccumulation et de bioamplification dans les organismes vivants.
L’Aigle royal au sommet de la pyramide trophique est particulièrement exposé à ces phénomènes de bioconcentration dans les êtres vivants, par transmission des molécules toxiques d’un maillon à l’autre de l’écosystème (jeu des relations trophiques) et, dans le cas des toxiques rémanents et persistants, de bioamplification, par l’accroissement des concentrations de toxiques lorsqu’on s’élève dans la pyramide trophique.
Outre les cas de mortalité constatés par empoisonnement, il est à craindre que le danger soit plus sournois. Plus précisément, la mortalité n'est pas toujours l'étalon de la dangerosité car une substance moyennement toxique mais très répandue peut avoir infiniment plus de conséquences qu'une substance très toxique mais peu répandue. Les intoxications chroniques peuvent entraîner, par exemple, une diminution de la fécondité, des déficiences de spermatogénèse, des problèmes de calcifications des œufs. Pour illustrer ce dernier propos, il faut se rappeler qu’à la fin des années 60 jusqu’au début des années 70, les populations de rapaces et d’oiseaux ichtyophages ont été décimées par des échecs systématiques de reproduction suite aux phénomènes de bioconcentration du DDT dans leurs réseaux trophiques.
Ces intoxications à long terme, peuvent donc avoir des conséquences physiopathologiques qui se traduisent par des perturbations des comportements (reproducteurs notamment,…) suite à des troubles neuropsychiques et neuroendocriniens. De nombreux insecticides actuels sont des substances neurotropes, qui se fixent plus particulièrement dans le cerveau et les centres nerveux majeurs. Par le jeu des contaminations, ces substances chez les vertébrés occasionnent, entre autres, des perturbations de l’axe hypothalamo-hypophysaire se traduisant par une diminution des sécrétions hormonales (troubles de la reproduction chez les oiseaux) mais également perturbent d’autre systèmes endocrines.

 

D’autres menaces :

L’Aigle royal est sensible à la perte nette de ses habitats de prédilection et à la détérioration de leur qualité. Outre les risques de mortalité, les atteintes sur ses habitats se traduisent pour l’espèce en une limitation de ses capacités et/ou de son succès reproducteur. La qualité de ses habitats de prédilection se résume en termes de quantité et d’accessibilité des proies, donc a fortiori par le type de proies disponibles, le couvert végétal, le nombre et la qualité des sites de nidification.
La quiétude des sites constitue également un paramètre important pour l’Aigle royal. En effet, les dérangements importants peuvent limiter l’utilisation de milieux favorables. Toutefois, l’abondance des ressources alimentaires augmente les taux de survie et de reproduction et accroît la tolérance de l’Aigle royal vis-à-vis des milieux et des sites perturbés.
Comme de nombreux rapaces, la destruction et la dégradation des habitats naturels constituent donc des menaces importantes pour l’Aigle royal. Parmi les principaux facteurs de dégradation de ses habitats, il faut citer l’intensification de l’agriculture, ou au contraire, la déprise agricole qui conduit à la fermeture des milieux. Les opérations de reboisement et la dynamique végétale, évoluant vers des stades forestiers (climax), apparaissent également comme des facteurs déterminant de la dégradation de ses habitats. Les faciès homogènes de végétation fermée contribuent aux morcellements du territoire de chasse de l’Aigle royal. Non seulement, la fermeture du milieu fragmente son territoire mais également elle contribue à diminuer le succès de prédation de l’Aigle royal, suite à l’inaccessibilité des proies. Ainsi donc, le boisement des espaces ouverts et les dégradations qui aboutissent à une perte de zones d'alimentation pour l’Aigle royal constituent une menace importante pour l’espèce.

Non seulement, les infrastructures constituent également des menaces importantes pour l’Aigle royal. Ainsi par exemple, les parcs éoliens présentent des impacts forts sur les grands rapaces comme l’Aigle royal. Ces grands rapaces sont exposés, à l’approche de ces installations, à des risques de collision non seulement avec les turbines mais également avec les mâts météorologiques et le réseau de lignes à haute tension associés (BirdLife International, 2003). Les impacts des parcs éoliens semblent relativement indépendants de l’abondance des espèces de rapaces et sont plus étroitement liés au comportement de certaines espèces d'oiseaux dont la stratégie de déplacement correspond au vol plané comme l’Aigle royal. Non seulement, l’installation d’un parc d’éoliennes peut jouer un rôle attractif pour l’Aigle royal qui bénéficie d’une nouvelle aire de chasse, grâce à l’ouverture des milieux suite aux travaux de construction, l’exposant à des risques de mortalité importants. Il apparaît donc que l’installation d’un parc d’éoliennes ne favorisent pas le décantonnement de l’Aigle royal mais au contraire lui permet de conquérir un nouveau territoire avec en corollaire une augmentation des risques de mortalité par collision.
L'emplacement spécifique des éoliennes constitue un élément déterminant de leur dangerosité. On estime qu’en Espagne, en Navarre, plus de 75 Aigles royaux et 400 Vautours fauves sont tués chaque année par collision avec les turbines.

Comme la plupart des grands rapaces, l’Aigle royal est également particulièrement exposé au risque de collision et d’électrocution avec le réseau électrique mais également avec les autres réseaux de câbles aériens (remontées mécaniques, câbles de débardage, CATEX,…). Le risque de collision peut varier en fonction de l’expérimentation des oiseaux (stade de vie). Un immature apprenant les rudiments du vol est certainement plus exposé aux risques de collision qu’un adulte maîtrisant parfaitement ses trajectoires de vol. Les conditions météorologiques sont également des facteurs déterminants. En effet, les risques de collisions sont plus importants avec des structures lorsque la visibilité est mauvaise (brouillard ou pluie) et lorsque les conditions aérologiques obligent les oiseaux à longer les reliefs, survoler les crêtes et cols à basse altitude. Une conjonction avec d’autres phénomènes météorologiques (p.ex. fort vent) peuvent contribuer à exposer les oiseaux à des risques de collision (exploration d’un nouveau territoire)…
De par son envergure, l’Aigle royal est également exposé au risque d’électrocution soit suite à la collision avec des câbles électriques, soit après s’être posé sur des armements électriques. Dans tous les cas, il ya électrocution lorsque les oiseaux entrent en contact simultané avec deux fils (ou phases) ou une phase et un élément faisant masse avec la terre (comme le poteau par exemple).

L’Aigle royal est également exposé au risque de collision avec des aéronefs, aux abords de ses aires de reproduction lors de la période nuptiale (planeur, avion motorisé,…).

L’Aigle royal est toujours exposé à des cas de destruction directe et intentionnelle. Chaque année des oiseaux sont victimes d’abattage, de braconnage, et dans certaines régions du monde de pillage de ses aires par des collectionneurs, ou encore des actes d’empoisonnement, comme nous l’avons évoqué précédemment. Toutes ces pratiques issues des périodes les plus sombres de l’histoire de l’Aigle royal sont toujours, hélas, bien d’actualité et constituent un problème sérieux certainement sous estimés.

Compte tenu de la stratégie de survie de l’Aigle royal basée sur la longévité des adultes, sur une seule tentative de reproduction chaque année, avec le plus souvent, l’absence de pontes de remplacement, il est particulièrement sensible aux risques de dérangement et de perturbations issues des activités anthropiques (activités récréative, intervention et travaux forestiers, sur les réseaux de câble, secours aux personnes,…). Ces risques de dérangements peuvent avoir des conséquences déplorables sur ses populations en provoquant des cantonnements et par voie de conséquence des échecs de reproduction.

La mortalité non naturelle de l’Aigle royal n’a donc pas disparu, bien que nous disposions de peu d’information sur l’origine de la mort des oiseaux observés. Toutefois le travail remarquable de Christian Couloumy, qui depuis 1975 a recensé près de 242 cas de mortalité, permet de disposer d’un aperçu des menaces qui pèsent sur l’Aigle royal. Ainsi, la base de données qu’il a réalisé documente plusieurs cas de mort non naturelle (cf. figure suivante).

Figure. C. Couloumy – Représentation des causes de la mortalité (janvier 1975 à janvier 2010) de l’Aigle royal (n=169/242)