Le Pygargue à queue blanche

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Classification

Nom français : Pygargue à queue blanche
Sous-embranchement : Vertébrés
Classe : Oiseaux
Ordre : Accipitriformes
Famille : Accipitridés
Genre : Haliaeetus
Espèce : Haliaeetus albicilla
On compte deux sous-espèces : Haliaeetus albicilla albicilla et Haliaeetus albicilla groenlandicus

Description

Envergure : 190-250 cm
Longueur : 70-100 cm
Poids : environ 4 kg (mâle), jusqu’à 6-7 kg (femelle)
Dimorphisme sexuel : Peu marqué. La femelle est plus grande et plus lourde que le mâle
Maturité sexuelle : 5 à 6 ans
Incubation : 35 à 38 jours pour 2 à 3 œufs, rarement 4
Durée de vie : en moyenne 20 ans

 

Habitat

Le Pygargue à queue blanche est lié aux milieux aquatiques (eau douce ou salée) où il peut trouver sa nourriture de prédilection, le poisson. Il occupe les côtes et falaises rocheuses maritimes, les lagunes et marais ainsi que les grands plans d’eau et grands complexe fluviaux riches en proies. Le pygargue a également besoin d’espaces boisés composés de grands arbres pour nidifier.

Reproduction

Les pygargues à queue blanche adultes sont majoritairement sédentaires, les couples restent sur leur territoire toute l’année. Ils recherchent principalement des territoires où la disponibilité alimentaire est suffisamment importante, mais également où la distance entre les zones de prospection alimentaires et l’aire de reproduction est réduite. Les pygargues sont territoriaux et défendent leur territoire de nidification. Le pygargue se reproduit généralement pour la première fois à partir de l’âge de 5 ou 6 ans. Toutefois, des reproductions de sub-adultes ont déjà été observées pour des couples formés avant l’âge moyen de maturité sexuelle.

En France, il installe son aire de nidification sur un arbre solide pouvant supporter le poids d’un nid dans un bois tranquille à l’abri des dérangements. L’aire est rechargée chaque année dès la fin de l’hiver, le mâle apportant la plupart des matériaux tandis que la femelle arrange le nid. L’apport de végétaux frais se poursuit pendant la saison de reproduction. La ponte a lieu de fin janvier à fin avril et comporte 1 à 3 oeufs (généralement 2), pondus de 2 à 5 jours d’intervalle, et couvés pendant 35 à 38 jours. Si les deux adultes participent à la couvaison, c’est généralement la femelle qui s’en charge la majeure partie du temps. En cas d’échec, le couple peut faire une ponte de remplacement mais l’évènement reste rare. Les éclosions sont asynchrones. Les poussins sont nourris par les deux adultes bien que le mâle prenne davantage part à la chasse et la femelle au nourrissage. L’apport des proies au nid a lieu majoritairement le matin ou en fin de journée. Les jeunes s’envolent 2 mois et demi à 3 mois après l’éclosion. Après l’envol, ils sont encore nourris par les adultes pendant 1 à 3 mois, puis se dispersent progressivement sur le territoire parental au cours du troisième mois. Ils font généralement preuve d’un comportement erratique durant les premières années, à la recherche de territoires de reproduction potentiels.

Le Pygargue est une espèce philopatrique qui retourne s’installer préférentiellement à proximité de son lieu de naissance.

Régime alimentaire

Le Pygargue est une espèce opportuniste dont le régime alimentaire est assez varié et dépend des ressources locales et saisonnières. Il exploite les ressources alimentaires disponibles qui lui sont aisément accessibles et n’hésite pas à s’approprier les proies d’autres espèces d’oiseaux (balbuzards pécheurs, goélands et cormorans) ou de mammifères (loutres). Il recherche :

  • des poissons, morts ou vivants
  • des oiseaux d’eaux (canards, foulques, grèbes, mouettes, voire des cygnes et des grues), surtout pendant la saison hivernale
  • des petits mammifères (lagomorphes, rongeurs), lorsque la nourriture se fait plus rare
  • des cadavres d’animaux, surtout en hiver

Le Pygargue emploie deux techniques principales pour trouver sa nourriture : il chasse à l’affût ou il repère ses proies en vol à faible hauteur ou en décrivant des cercles.Les pygargues peuvent chasser de concert, qu’il s’agisse ou non d’un couple. Le plus souvent, la proie est saisie en vol rasant, les serres projetées dans l’eau, mais il peut également capturer des poissons en pataugeant dans l’eau peu profonde. Si les oiseaux et petits mammifères sont pris de préférence par surprise, la capture des oiseaux aquatiques peut être longue, le pygargue comptant sur l’épuisement de ses proies pour parvenir à ses fins.

Le pygargue adulte a besoin d’environ 500-600 g de nourriture par jour pendant la période de reproduction. Les exigences quotidiennes des jeunes sont d’environ 800 g, essentiellement de poisson

Comportement

Migration et hivernage

S’il est principalement sédentaire, certaines populations du nord de l’Europe sont migratrices. Les pygargues sont ainsi capables de parcourir plus de 2 000 km jusqu’à leur site d’hivernage. En France, les premiers migrateurs commencent à arriver à partir d’octobre jusqu’à décembre. L’hivernage est de plus en plus régulier et 20 à 30 individus (en dehors des oiseaux nicheurs sédentaires) sont signalés chaque hiver sur le territoire français. Les hivernants peuvent rester plusieurs mois sur un même secteur mais des mouvements entre sites proches peuvent se produire au cœur de l’hiver. Les pygargues repartent en migration vers la fin de l’hiver (février ou mars) mais certains oiseaux restent et s’installent sur un territoire favorable en attente d’un partenaire pour se reproduire.

Distribution et effectifs

En France

Disparu de France continentale au cours du XIXe siècle, le Pygargue subsistait encore en Corse jusqu’au début des années 1950 alors que les derniers couples français nichaient sur les étangs de la côte est de l’île. Le Pygargue a fini par s’éteindre définitivement moins d’une décennie plus tard. La découverte en Moselle (Grand-Est) en 2011 du premier couple reproducteur de Pygargue à queue blanche depuis sa disparition atteste du retour spontané de l’espèce en France. Deux autres couples, en Champagne humide et en Brenne se sont progressivement installés ces dernières années. La population française de pygargue est estimée à 3 couples reproducteurs, qui ont donné 5 jeunes en 2020.

Depuis sa disparition, quelques oiseaux hivernants étaient signalés sur le territoire chaque année. Ils étaient une vingtaine dans les années 1990, dont la majorité était localisée dans le Grand Est. L’hivernage d’un premier couple apparié sur les lacs de Champagne dès 1976 était porteur d’espoir. Il aura fallu attendre 2010 pour observer le premier estivage d’un couple en Lorraine qui se reproduira l’année d’après. Depuis quelques années, l’hivernage du Pygargue à queue blanche est de plus en plus régulier en France. L’estimation effectuée dans le cadre du rapportage 2013-2018 de la Directive Oiseaux par le MNHN évalue les hivernants entre 20 à 30 individus chaque hiver. Le cours du Rhin, les plans d’eaux lorrains, les lacs champenois, la Brenne, l’Allier et les Landes représentent les sites traditionnels d’hivernage du pygargue en France. Les observations deviennent de plus en plus régulières en Camargue.

En Europe

Aujourd’hui, les populations les plus importantes de Pygargue à queue blanche se trouvent en Norvège et en Russie et représentent, à elles seules, plus de 55% de la population européenne estimée entre 9 900 et 13 900 couples (données BirdLife 2015 actualisées). D’importantes populations se trouvent également en Suède, Pologne, Islande et Allemagne. Les pays du bassin versant du Danube et le nord de la Grèce accueillent une seconde sous-population qui voit ses effectifs croître.

Survie et mortalité

Menaces

Le Pygargue à queue blanche disparaît de France dans les années 1950, chassé par les persécutions systématiques, les récompenses au tir de grands rapaces, la pollution et la réduction de son habitat. Son retour dans l’hexagone, et tout particulièrement la reprise de la reproduction, n’aurait pu se faire sans les mesures de protections dont il a bénéficié à partir des années 1970.

De multiples menaces sont à l’origine du déclin de l’espèce en Europe. En France, les menaces qui ont été identifiées sont les suivantes :

  • dérangements en période d’installation, de nidification ou d’hivernage (sylviculture, activités de loisirs et touristiques, promeneurs et photographes, survol par hélicoptère, etc.) 
  • dégradations de l’habitat (intensification de l’exploitation forestière ou gestion inadaptée, urbanisation)
  • empoisonnements (accidentels ou volontaires) et intoxications (métaux, pesticides et composés organochlorés et phosphorés)
  • collision avec des éoliennes • électrocutions et percussions avec le réseau électrique
  • tirs
  • collisions avec des véhicules (notamment trains)
  • prédations et compétitions naturelles
  • disponibilités des ressources alimentaires

 

Statuts

Le Pygargue à queue blanche est classé en catégorie « LC – Préoccupation mineure » sur les listes rouges de l’UICN au niveau mondial (UICN, 2016) et européen (UICN, 2015) au regard des tendances d’évolution de ses effectifs à ces échelles. Depuis que l’espèce s’est à nouveau reproduite en France, le Pygargue à queue blanche est maintenant classé en catégorie « CR- En danger critique » d’extinction (UICN, 2016).