Mais où sont partis les balbuzards ?

Le balbuzard pêcheur est une espèce migratrice : dès la mi-août, les oiseaux quittent leur territoire de reproduction pour gagner leur site d’hivernage en Afrique subsaharienne. Le voyage s’effectue en solitaire, à la différence d’autres rapaces qui migrent en groupe comme le Milan noir ou la Bondrée apivore. De nombreux balbuzards provenant d’Europe de l’ouest traversent donc la France et stationnent quelques jours à quelques semaines partout sur le territoire durant l’automne, au plus grand plaisir des ornithologues !

Certains balbuzards hivernent maintenant dans le sud de l’Europe. Depuis l’hiver 1985-1986, date de la première mention d’hivernage certain en France continentale, de plus en plus de balbuzards passent l’hiver sur la côte méditerranéenne, le long de la chaîne pyrénéenne et toute la façade atlantique.

En Méditerranée, les comportements migratoires sont plus diversifiés : une partie des oiseaux est sédentaire et reste à proximité des sites de nidification, tandis que d’autres balbuzards migrent plus ou moins loin. Les balbuzards pouvant effectuer de longs vols sans escale au-dessus de la haute mer, les trajets migratoires sont multiples.

L’étude des trajets migratoires est notamment possible grâce aux précieuses données récoltées via des oiseaux équipés de balises GPS. En France, il n’y a actuellement pas de balbuzards équipés de balises permettant ces suivis.

 

Revenons sur le grand voyage de 3 balbuzards à travers l’Europe et l’Afrique !

 

De l’Angleterre vers la Guinée

Le balbuzard 4K(13) est un mâle né en 2013 à Rutland en Angleterre. Depuis son premier retour en 2015, il effectue chaque printemps et chaque automne ses migrations pré- et postnuptiale. En 2018, il est équipé d’une balise GPS permettant de suivre ses trajets migratoires.

Le balbuzard 4K(13) entame sa migration le 14 septembre 2020, date à laquelle il quitte la réserve naturelle de Rutland Waters en direction du sud de l’Angleterre. Le lendemain, il traverse la Manche pour atteindre les côtes normandes. Le coin semble lui plaire puisqu’il stationne dans le secteur de Carentan/Isigny-sur-mer pendant une douzaine de jours avant de continuer son périple. Le 27 septembre, le balbuzard a rejoint la côte atlantique dans les Landes, non loin de la frontière avec l’Espagne. En quelques jours, il parcoure l’Espagne avant de traverser la Méditerranée le 30 septembre pour atteindre le Maroc. Il poursuit sa route à travers l’ouest du Sahara, passant par la Mauritanie et le Sénégal pour atteindre les côtes de Guinée le 13 octobre. Son voyage aura duré 30 jours au cours duquel il aura parcouru 6,700 km pour rejoindre son site d’hivernage.

Source et cartes détaillées du trajet migratoire de 4K(13) publiées par le Rutland Osprey Projet ici

 

Depuis l’Italie…plusieurs chemins possibles

Dans le cadre de la stratégie de préservation du Balbuzard pêcheur en Italie, chaque année des oiseaux sont équipés de balise GPS permettant un suivi satellitaire de leurs déplacements. Seuls 5 jeunes sur les 44 équipés ont traversé le Sahara pour leur migration.

Cette année, un jeune mâle, nommé Cotopaxi, né dans la réserve naturelle régionale de Diaccia Botrona et équipé d’une balise, a pris la direction du sud le 8 octobre, traversant la Sicile et la Méditerranée. Après 12 jours dans le Sahara, il a atteint le fleuve Niger au Mali, troisième plus grand fleuve africain après le Nil et le Congo (4000 km), qui se jette dans le golfe de Guinée.

Un autre balbuzard mâle, Misti, né également cette année dans le Parc régional de la Marrema dans le sud de l’Italie, a choisi une tout autre voie de migration. Au lieu de traverser directement la Méditerranée, le balbuzard a remonté la péninsule italienne jusqu’au sud de la France. Il a stationné une vingtaine de jours au sud de Toulouse pour traverser les Pyrénées par un col jusqu’à Gibraltar. Misti a, par la suite, emprunté un trajet similaire à l’oiseau anglais pour rejoindre son site d’hivernage au Sénégal.

Source et cartes des trajets migratoires de Cotopaxi et Mixi du Progetto Falco Pescatore ici 

 

Pour aller plus loin : consulter la base de données moovebank qui permet de suivre les trajets migratoires des balbuzards de méditerranée qui ont été équipés de balises GPS dans le cadre d’études sur les déplacements.