Pour les aigles pêcheurs, Scandula est un enfer !

—  Source : U Levante  —

À Scandula, depuis 2010, le nombre de jeunes balbuzards à l’envol ne cesse de décroître et aucun envol n’a eu lieu en 2015 et 2016 sur les cinq couples reproducteurs qui nichent sur la côte rocheuse de la réserve naturelle.
La conservation de l’espèce et donc sa survie n’y sont ainsi plus assurées. Quelle en est la cause ?
Alors que le nombre d’œufs pondus (il oscille entre 13 et 16, soit environ trois œufs par nid) et le nombre d’œufs qui éclosent sont tout à fait normaux, le succès reproducteur est devenu nul. Pourquoi ?
Après l’éclosion, la protection des poussins et leur nourriture sont assurées par les deux adultes qui se relaient : par leur corps ils protègent du soleil les poussins et pêchent pour les nourrir. Mais le comportement des rapaces adultes, inné, les conduit à s’envoler et à siffler en l’air dès qu’un dérangement – pour eux un danger – survient. Les poussins s’aplatissent alors au fond du nid et y demeurent immobiles tant que l’alerte (le sifflement) persiste.
Et les temps de dérangements sont très longs : tout bateau qui s’approche ou stationne « sous » un nid (et ils sont très, trop, nombreux), toute sirène, tout klaxon, tous les sons émis par haut-parleurs, toute musique forte, déclenchent l’alerte des adultes et leur envol. Les poussins subissent alors un ensoleillement mortel…
Et la fréquentation touristique dans la réserve de Scandula ne cesse d’augmenter. Les rotations des sociétés de promenades en mer se multiplient grâce à l’acquisition de vedettes rapides, le nombre de plaisanciers ne cesse de croître : le site est magique.
Ainsi, pour les jeunes balbuzards, il y a surfréquentation de Scandula car les comportements de certains visiteurs et le souci des bateliers d’amener de plus en plus de monde afin d’augmenter leur chiffre d’affaires conduisent, depuis maintenant plusieurs années, à un dépassement de la capacité d’accueil de ce site extraordinaire. La conservation des balbuzards ainsi que celle de l’ensemble de la biodiversité de ces rivages uniques nécessitent que soit fixé un quota de visiteurs et que soient modifiés les comportements. Le tourisme doit cesser d’être dévastateur.

Paru dans U Levante, le 10 juillet 2017