Protection en Europe

Répartition du Balbuzard pêcheur en Europe

Comme nous pouvons le voir ci-contre, la répartition du Balbuzard pêcheur est très inégale sur le territoire Européen.
Il est omniprésent dans la partie nord et quasi absent dans le sud.
Un des volets du plan Européen concerne la recolonisation des régions d’où le balbuzard pêcheur à disparu.

Plan de Rétablissement et de Sauvegarde du Balbuzard pêcheur en Europe notamment dans le Bassin Méditerranéen

Les programmes de réintroduction en cours

Les croix rouges représentent les pays d’où l’espèce a disparue, et les R vert clair, les programmes de réintroduction.

Résumé du plan européen

Le balbuzard pêcheur est une espèce emblématique des zones humides. La population européenne du Balbuzard pêcheur se divise en deux catégories – d’un côté, des populations saines et nombreuses, alors situées dans le Nord de l’Europe (Finlande, Suède, Norvège, Russie, etc.), et de l’autre, des populations absentes, voir éparpillées sur le pourtour du Bassin Méditerranéen. C’est pourtant dans cette zone qu’il existe un fort potentiel de développement des populations. Car, de par le passé, l’espèce a été victime de la persécution humaine (facteur qui a depuis nettement diminué), car, en tant que piscivore, il entrait en compétition avec les pêcheurs locaux et était ainsi considéré comme nuisible.
Afin d’assurer le rétablissement et la sauvegarde de l’espèce, le Plan a pour principaux objectifs de :

  1. Faciliter la poursuite de la croissance et de l’expansion des populations de Balbuzards pêcheur en Europe du Nord, dans les pays Baltes, en Allemagne et en France.
  2. Assurer la survie des petites populations résiduelles de différentes régions du Bassin méditerranéen et de l’Europe du Sud-Est.
  3. A moyen et à long terme, permettre un élargissement de l’aire de répartition en Europe méridionale.

Le plan

Il est téléchargeable au format PDF, ou consultable en ligne.

Situation du Balbuzard pêcheur dans chaque pays de l’Union Européenne

Finlande

En Finlande, l’installation de plateformes artificielles ainsi que la surveillance et la gestion des nids dans le cadre du « Projet Pandion » sont une réussite et ont permis à la population du Balbuzard pêcheur de s’accroître. Avec environ 1 300 couples, la population finlandaise est la troisième d’Europe.
Fondation finlandaise pour le Balbuzard pêcheur

France

Le Balbuzard pêcheur a disparu de la France continentale comme espèce reproductrice vers le début du 20e siècle. Toutefois, la population insulaire de la Corse a toujours été présente, même si elle était près de disparaître au début des années 1970 (4 couples en 1974).
En 1984, l’espèce s’est spontanément réinstallée en France continentale pour nicher dans la forêt d’Orléans (centre du pays). Aujourd’hui, la population du centre de la France est estimée à plus de 40 couples, et celle de la Corse à environ 35 couples (MEEDDAT 2009, Mission LPO rapaces 2012; Recorbet 2016).
Le Balbuzard pêcheur est officiellement inscrit comme espèce protégée en France depuis janvier 1972. Outre la création de la Réserve naturelle nationale de Scandola (Corse) en 1975, le Gouvernement français a lancé des Plans nationaux d'action pour l’espèce de 1999 à 2012, à la fois dans la région Centre-Val de Loire et en Corse (Plan national d'action 2009 / Centre DREAL - LPO Mission Rapaces).
Outre le baguage systématique des jeunes spécimens (CRBPO-Muséum national d’histoire naturelle), plusieurs études scientifiques ont été menées dans la forêt d’Orléans depuis le retour de l’espèce; leurs principales conclusions ont été présentées lors du Symposium international d’Orléans en septembre 2013. Une brochure publiée pour le symposium d’Orléans résume les recherches et les travaux de sauvegarde des 30 dernières années.
Les principales activités de conservation sont la surveillance des nids, l’installation de plateformes artificielles pour les nids (essentiellement dans les forêts de l’État ou sur les pylônes électriques, notamment en Sologne), la restauration ou la consolidation de nids naturels, la sensibilisation du public et la prévention des perturbations dans les sites de reproduction, dans les forêts tout comme autour des falaises méditerranéennes de la Corse (une mesure qui, jusqu’à présent, s’avère nettement insuffisante en Corse).
Dans les forêts publiques, l’Office national des forêts (ONF) pratique une gestion forestière adaptée à la protection des rapaces et a mis en place des exigences spécifiques, la sauvegarde de secteurs de forêt ancienne, la restriction des activités forestières dans les sites de reproduction et la création de périmètres de protection autour des nids, autant de mesures qui profitent à la population du Balbuzard pêcheur dans la région. En 2016, en région Centre-Val de Loire, une campagne de sensibilisation de grande envergure a été lancée par l’Office national des forêts (ONF), l'ONG « Loiret Nature Environnement », le réseau de distribution électrique (Rte) et le Muséum des sciences naturelles d’Orléans , dans le cadre du Plan paneuropéen. Elle prévoit des études écologiques et comportementales ainsi que des activités multimédias et une exposition permanente au Muséum d’Orléans, qui est en cours de rénovation.
Aujourd’hui, le ministère de l'Ecologie a confié à la LPO et à une ONG de protection de la nature un troisième Plan d'action afin de poursuivre les actions en faveur du Balbuzard pêcheur, y compris un soutien à l’espèce dans d’autres régions où son installation est probable. La réintroduction n’est pas une action prioritaire en France, mais deux projets sont à l’étude: dans la Réserve naturelle du Marais d’Orx (Landes de Gascogne) et en Grande Camargue (Bouches du Rhône).
Les autorités de la Corse demandent une protection plus active contre les perturbations que subissent les nids dans la Réserve naturelle de Scandola, en raison des excursions touristiques par la mer pendant la saison des nids.
Tous les partenaires du plan d’action voient dans la sauvegarde dynamique du Balbuzard pêcheur, au-delà d’une campagne de protection pour une espèce remarquable de rapaces, le symbole de la protection de la diversité biologique dans les environnements aquatiques (d’eau douce et marins) et des forêts naturelles.

Allemagne

Les Bundesländer de Brandebourg et de Bavière ont publié des plans d’action officiels en faveur du Balbuzard pêcheur. Tous deux visent en particulier la protection des sites de nidification et la construction de nids artificiels.
Ces plans ne prévoient pas de transferts ou de réintroductions.
Des mesures de sauvegarde sont également mises en oeuvre dans d’autres Bundesländer. Un groupe de spécialistes de l’espèce collabore sur toute l’Allemagne. Un de leurs objectifs et d’étendre la population reproductrice allemande jusqu’au Danube et de faciliter la recolonisation de l’Europe du sud-est (D. Schmidt, pers. comm.).

Hongrie

Actuellement, aucun couple reproducteur n’a été signalé en Hongrie, même si deux tentatives de nidification ont été relevées entre 1990 et 2010 (Kotyman et al. 2011). L’espèce est régulièrement observée dans le pays pendant ses migrations.

Italie

La réintroduction du Balbuzard pêcheur a commencé dans le parc régional de la Maremma (Toscane/Italie) en 2006. Elle a été entreprise en utilisant 32 oisillons provenant de la Réserve naturelle marine de Scandola (Corse), en étroite collaboration avec le parc naturel régional de Corse. Deux couples y ont niché en 2014 (Monti et al., 2014). En 2015 et en 2016, ils étaient trois.

Pays-Bas

Des Balbuzards pêcheurs ont plusieurs fois passé l’été aux Pays-Bas ces dernières années. En 2016, la reproduction réussie d’un couple a été signalée à Biesbosch (province du Brabant), dans un arbre, et un mâle isolé a construit un nid sur un pylône électrique (Sovon).

Pologne

En 2015, une conférence germano-polonaise a été organisée sur la protection du Balbuzard pêcheur dans la région frontalière. Grâce à une coopération avec des compagnies électriques polonaises, plusieurs plates-formes de nidification ont été installées en 2016 à l’intention des Balbuzards pêcheurs sur des pylônes de lignes à haute tension de l’ouest du pays.
Portugal
Le dernier couple reproducteur du Balbuzard pêcheur a été observé en 2001. Un programme de réintroduction a été lancé en 2011 autour d’un lac de barrage, à l’intérieur du pays. En 2015, 1 couple a naturellement recolonisé « l’ancienne » aire de reproduction, sur le littoral rocheux du sud-ouest du pays.
Espagne
Le Balbuzard pêcheur s’est éteint en Espagne en 1991. Un premier projet de réintroduction a été lancé en Andalousie 2005, et un deuxième dans le pays Basque en 2013. Ce dernier est trop récent pour en évaluer le succès. Jusqu’en 2013, 182 jeunes Balbuzards pêcheurs ont été introduits en Andalousie. Dès 2006, alors que les balbuzards lâchés dans la région dans le cadre des projets de réintroduction n’étaient pas encore rentrés d’Afrique, deux spécimens sauvages ont commencé à nidifier près d’un autre réservoir, distant d’environ 30-40 km. Il est possible que les balbuzards nichant dans le nord du Maroc aient incité les balbuzards migrants à s’installer en Andalousie. Il est également possible que ces oiseaux aient été attirés suite à des interactions, au cours de leur migration, avec les juvéniles transférés en Espagne.
Seule une gestion très attentive et l’adoption d’un petit introduit depuis l’Allemagne ont permis au premier couple reproducteur d’élever ses petits jusqu’à l’envol. Des balbuzards issus des réintroductions et des migrations se sont associés au premier couple reproducteur sauvage et, en 2014, 15 couples nichaient en Andalousie.

Royaume-Uni

La surveillance et une protection efficace des nids/plates-formes artificiels ont permis à la population d’Ecosse de prospérer, passant d’un seul couple en 1954 à environ 280 en 2015, et de recoloniser de vastes secteurs de l’Écosse ainsi que (à partir de 1999) le nord de l’Angleterre.
En 1996, le premier projet de transfert de balbuzards en Europe a été lancé à Rutland, Angleterre. 64 juvéniles ont été transférés d’Écosse à Rutland jusqu’en 2001, et 11 autres en 2005. En 2016, 8 couples nichaient dans ce secteur.
Deux mâles relâchés à Rutland ont formé des couples au pays de Galles avec des femelles qui semblent être originaires d’Écosse, à environ 200 km des populations reproductrices de Rutland et d’Écosse. En 2015, 4 couples de balbuzards nichaient au pays de Galles.
Les premières tentatives de réintroduction et de transfert de Balbuzards pêcheurs ont été réalisées en Amérique du Nord dès les années 1970 dans l’espoir de rétablir des populations exterminées ou gravement réduites par empoisonnement au DDT dans les années 1960 (Poole 1989). En Europe, la première initiative a concerné la réserve naturelle de Rutland Water, dans le centre de l’Angleterre, en 1996-2001 (Dennis 2008 & Mackrill 2013). Le projet est une réussite, car 117 jeunes y ont été produits de 2001 à 2016 grâce à 8 couples reproducteurs. Le projet de transfert en Angleterre, associé à une immigration depuis l’Écosse, a permis la recolonisation du pays de Galles en 2004, où 4 couples ont niché en 2015, pour un total de 11 jeunes.
Le projet de réintroduction suivant a été mené en Espagne à partir de 2003, dans deux sites d’Andalousie, et la population résultante a atteint 15 couples reproducteurs en 2014. Le transfert de jeunes balbuzards de Corse vers un site de Toscane, en Italie, a permis de réussir la recolonisation de la région, comme l’attestent les deux couples qui ont niché en Italie en 2014.
Un transfert de jeunes balbuzards finlandais de Suède vers l’est du Portugal a débuté en 2011; en 2015, il a été démontré qu’un couple de Balbuzards pêcheurs avait naturellement colonisé un site du littoral abandonné depuis 2001 et situé à plus de 100 km du site du projet de transfert.
Un transfert de jeunes balbuzards d’Écosse vers le pays Basque, dans le nord de l’Espagne, a été entrepris en 2013 et un autre projet a été entrepris en 2015 dans l’ouest de la Suisse, initialement avec six jeunes balbuzards provenant d’Écosse. Ces tentatives sont autant d’étapes positives vers une restauration d’une population reproductrice de cet oiseau dans l’aire de répartition méridionale de l’espèce. Les techniques sont à présent bien rodées et ont fait leurs preuves.
Au total, grâce à ces projets de transfert, 30 nouveaux couples reproducteurs sont aujourd’hui installés, et l’aire de reproduction a été élargie à quatre nouveaux sites ou régions.