Protection en France

 

Une espèce vulnérable

Le balbuzard a été éradiqué !

Autrefois commun sur les rivières et étangs français, le balbuzard a disparu de la France continentale au début du XXe siècle. Il n’a jamais disparu de Corse, mais seulement 4 couples y étaient présents en 1974.
Depuis lors, grâce au statut de protection dont jouissent les rapaces depuis une vingtaine d’années et grâce aux actions de protection spécifiques, les effectifs du balbuzard progressent lentement. Les populations augmentent également un peu partout en Europe.

Pourquoi le balbuzard pêcheur a-t-il été persécuté ?
Sa réputation de voleur de poisson et de pilleur d’étangs a valu au balbuzard bien des ennuis. C'est la classification de cette espèce en « gibier nuisible » par la loi du 7 mai 1883, ainsi que l'attribution d’une prime par tête abattue, qui ont eu raison de la population de France continentale. Comme tous les autres rapaces, il a subi des persécutions de la part des pisciculteurs, des pêcheurs, des chasseurs, mais aussi des collectionneurs d’œufs. Aux destructions directes par tir, piégeage et destruction des nids s’est ajoutée la contamination de la chaîne alimentaire par les pesticides. Compte tenu de la faible densité de ses populations et de la grande facilité de destruction de cette espèce (aire bien en vue, vol lent), la disparition des populations nicheuses a été totale en France continentale tout comme dans les pays voisins : Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Italie, Suisse… Il faut donc rester prudent car les menaces demeurent.

Les menaces

Si le balbuzard pêcheur connaît comme tout être vivant des menaces naturelles, le plus grand danger reste pour lui l’activité humaine.

Menaces liées à l’homme

  • Destructions directes : Les persécutions (tirs, piégeages, destructions de nids, collectionneurs d’œufs) ont largement contribué à la raréfaction du balbuzard et à la disparition des nicheurs français. Ces destructions directes ont baissé de façon significative mais subsistent ponctuellement.
  • Dérangements : les balbuzards européens sont très sensibles au dérangement humain (exploitation forestière, photographes peu prudents, tourisme, navigation) en période de reproduction, car les persécutions dont ils ont fait l’objet pendant des siècles ont sélectionné les individus les plus craintifs à l’égard de l’homme. Or, si des adultes dérangés quittent le nid, les œufs et les jeunes exposés quelques heures au froid ou au soleil peuvent être victimes de prédateurs.
  • Collision avec des installations humaines : la collision et l’électrocution avec des lignes électriques est devenue une des principales causes de mortalité.
  • Pollution : pesticides et autres polluants peuvent produire des effets négatifs sur la reproduction du balbuzard.
  • Abandon des lignes de pêche : c’est une menace d’origine humaine difficile à évaluer. Le danger provient surtout des poissons pêchés ayant brisé leur ligne qui représentent des proies faciles. Les oiseaux peuvent s’étrangler, s’emmêler dans les fils de pêche, se blesser avec l’hameçon ou avaler des plombs.
  • Limitation des sites disponibles de reproduction par la présence humaine.

Menaces naturelles

On note des cas de prédation occasionnels sur des œufs par des corvidés ou des goélands. Ces cas surviennent lorsque les adultes ne défendent pas le nid : soit en raison de leur manque d’expérience, soit parce qu’ils sont contraints de quitter le nid, dérangés par une présence humaine. La martre, commune en milieu boisée, peut également détruire une nichée de balbuzard. Les intempéries, pluies et températures basses, peuvent entraîner des échecs de nidification, notamment en cas de dérangements anthropiques.
En Amérique du nord, le balbuzard subit régulièrement le parasitisme du pygargue à queue blanche, avec lequel il est en compétition pour la nourriture (le pygargue pouvant lui ravir ses proies). Le grand-duc peut être un prédateur occasionnel, ainsi que le raton laveur. En France, le pygargue et le raton laveur sont, à l’heure actuelle, d’apparition exceptionnelle ; et le grand-duc ne fréquente pas les mêmes sites que le balbuzard en période de reproduction.

 

Le plan national d’action (2008 – 2012)

Dans le cadre des engagements internationaux de la France, le ministère chargé de l’environnement décide de la mise en œuvre des plans nationaux d’action. L’objectif général de ces plans est d’améliorer les connaissances en vue d’une meilleure conservation des espèces menacées de la faune et la flore. Le choix des espèces repose sur les critères suivants : caractère menacé au niveau national et européen, et responsabilité patrimoniale de la France.
Les effectifs très limités du balbuzard pêcheur ont rendus nécessaire le suivi et la protection des couples nicheurs, et un premier plan national de restauration a été piloté par la LPO de 1999 à 2004.
L’évaluation de ce premier plan national de restauration a mis en évidence les résultats positifs des actions menées et la nécessité de poursuivre les efforts. Un second plan national d’action a donc été mis en place à partir de mars 2008, validé par le Comité National de Protection de la Nature (CNPN) et dont la responsabilité technique a été confiée par le Ministère de l’Ecologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire à la LPO Mission Rapaces. Ce plan national d’action est valable pour une durée de 5 ans, de 2008 à 2012.
L’objectif général de ce second plan est de consolider les noyaux de populations actuels et d’accompagner la recolonisation naturelle sur des nouveaux sites afin, à terme, d’obtenir une population viable à l’échelle nationale.
Un site consacré à ce plan national d’action est accessible à tous les acteurs du plan. Si vous êtes intéressés, contactez la LPO Mission Rapaces.

 

Suivi et conservation

Suivi des populations

Corse

En Corse, les oiseaux se répartissent sur la côte occidentale où ils furent relégués durant le XXe siècle. Le nord-ouest de l’île ne fut jamais déserté et constitua le dernier refuge de l’espèce dans les années 1970. Aucun changement n’a été noté dans la répartition de la population reproductrice depuis la décennie 1990.
Depuis le début des années 1990, l’effectif des balbuzards pêcheurs en Corse a connu une légère augmentation : 20 couples étaient reproducteurs en 1993, et 29 en 2009. On constate que la productivité moyenne des couples nicheurs de Corse est moindre entre 1990 et 1995 qu'entre 1977 et 1989. Cette diminution, imputable à l'augmentation de la densité des couples (Tariel & Thibault, 1996). Cette évolution est cependant assez chaotique, comme le montre l’accident démographique de 1996-1997. La forte variabilité annuelle observée s’explique par la saturation des sites disponibles et la compétition intraspécifique qui en résulte.

France continentale

En France continentale, la population de balbuzard se répartit en deux principaux sites de la région Centre : la forêt d’Orléans (45), et la forêt de Chambord (41). D’autres départements de la région Centre sont fréquentés en période de reproduction dont l’Indre et Loir et le Cher.
Des reproductions isolées sont régulièrement observées depuis quelques années. En Ile de France, un couple s’est installé dans un site protégé où il s’est reproduit avec plus ou moins de succès depuis 2005. En Lorraine, un couple s’est cantonné en 2007 et mène des jeunes à l’envol depuis 2009.
Dans les Landes, des oiseaux sont régulièrement notés en haltes migratoires et parfois en période de nidification.
Les observations en période de migration sont communes sur tout le territoire.

Le baguage

En France continentale, depuis 1995, les poussins sont équipés de bagues métalliques du muséum d’histoire naturelle de Paris. Ces poussins sont également individualisés au moyen de bagues colorées, ce qui permet l’identification à distance.
Certains adultes, qui ont des bagues métalliques mais pas de bagues colorées, sont capturés certaines années pour connaître leur origine.
Chaque année, les naturalistes, grâce aux longues-vues, identifient le maximum de bagues et déterminent ainsi l’identité de chaque oiseau.
Les lectures de bagues ont permis notamment d’identifier les itinéraires migratoires et les sites d’hivernage.
Voir les articles "Contrôle au Sénégal - Alauda 2006" (PDF 300 ko) et "Reprise au Senegal - Alauda 2006" (PDF 110 ko)
L’analyse de ces données a surtout permis de préciser certaines caractéristiques de cette population comme l’âge de la première reproduction, la formation des couples, le taux de survie, etc.
Voir l'article "Dynamique de population - Alauda 2005" (PDF 400ko)

Suivi et baguage en région Centre
« En région Centre, j’ai commencé l’étude du balbuzard depuis 1995, encouragé par la Mission Rapaces de la LPO, et en partenariat avec l’ONF région Centre, l’ONF national, le CRBPO, les Naturalistes orléanais et le Groupe Pandion. Ce petit groupe dynamique est composé d’ornithologues confirmés particulièrement engagés dans la conservation de l’espèce. Il se réunit surtout durant la période de reproduction pour des « opérations spéciales », notamment la lecture de bagues colorées, ou pour une journée de prospection des nicheurs potentiels. L’étude est basée sur la biologie, l’écologie et l’expansion de l’espèce. Une présence intense sur le terrain commence donc fin février par des tournées journalières sur tous les sites connus de la forêt d’Orléans et se poursuit jusqu’à début août. Il s’agit de collecter un maximum de données utiles : dates d’arrivée des oiseaux, de ponte, d’éclosion, suivi de l’évolution des jeunes jusqu’à leur baguage à l’âge de six semaines environ, de l’envol des jeunes jusqu’à leur départ pour les quartiers d’hiver.
Les observations se font toujours à une distance admise par les oiseaux (sauf au moment du baguage). « Admise », dans ce contexte, veut dire que les oiseaux ne fuient pas lorsqu’ils sont observés. Cette distance peut varier selon les individus et selon la phase de reproduction dans laquelle ils se trouvent. Généralement, 250 à 300 m suffisent pour les observer sans les déranger.
»
Rolf Wahl

Pensez à lire les bagues !

Durant les migrations de printemps et d’automne, de nombreux balbuzards européens survolent la France et font des haltes plus ou moins prolongées sur les sites favorables.
Plusieurs programmes de baguage sont en cours en Europe. La lecture des bagues donne des informations précieuses sur l’origine des oiseaux et apporte des informations essentielles pour étudier la dynamique de population. On sait ainsi que la population présente en forêt d’Orléans est composée de nombreux balbuzards originaires d’Allemagne.
En Allemagne, environ 600 jeunes balbuzards sont équipés de bagues colorées chaque année. Soyez donc attentif aux bagues de ces oiseaux, et notez toujours sur quelle patte de l'oiseau vous avez pu déchiffrer un code sur une bague colorée. Pour lire la bague, le mieux est de le faire sur un oiseau perché, en train de manger un poisson.

Bagues colorées allemandes :

Noir, vert, rouge, jaune, bleu (avec code AA, AB, AC etc., ici OO, NE, SG, AH, PW)

Noir avec code blanc ou blanc avec code noir (ici F97, M21, O09, A20, 5AR)

Les aires artificielles

L’aire du balbuzard est un édifice imposant. Sa construction et son emplacement sont déterminants pour la réussite de la nidification. Pour encourager les oiseaux à coloniser de nouveaux milieux et fixer des couples, des aires artificielles leur sont proposés.
Les jeunes oiseaux qui nichent pour la première fois préfèrent souvent s'installer sur une ancienne aire inoccupée. D'autres, ne trouvant pas de site favorable pour installer leur aire, diffèrent leur reproduction. La construction d'aires artificielles encourage donc une partie de la population estivante à nicher, et notamment les jeunes oiseaux, qui, inexpérimentés, arrivent souvent trop tard pour trouver une aire disponible.
De plus, le balbuzard niche en colonie lâche : la présence d’oiseaux et d’aires sur un site joue un rôle pour retenir les oiseaux de passage. Les balbuzards répugnent à coloniser des sites où l’espèce n’est pas déjà présente (attraction intraspécifique). La présence de plusieurs aires sur un site leurre les oiseaux qui s’y installent plus facilement.
En forêt d’Orléans, la mise à disposition d’aires artificielles a contribué à retenir des balbuzards allemands et a eu un impact positif sur la dynamique de population.
Pour choisir l’emplacement optimal de l’aire, qui doit convenir aux exigences écologiques de l’espèce, et évaluer la qualité du milieu environnant, les aires artificielles sont installées suite à une expertise.

Les expertises

Certains milieux sont susceptibles d’accueillir une population reproductrice de balbuzard. Afin d’évaluer les potentialités d’accueil des sites et d’étudier les aménagements envisageables, des expertises sont effectuées par un spécialiste de l’espèce à la demande des gestionnaires.
Selon les résultats de l’expertise, les gestionnaires de sites peuvent mettre en œuvre les préconisations pour favoriser l’installation de couples : pose d’aires artificielles, maintien d’arbres propices, limitation des dérangements, etc.

Les prospections

En France, le balbuzard fréquente de nombreux sites en période de migration. Il est beaucoup plus rare en période de reproduction (mai-juillet). Partout en France, sur les sites a priori favorables, une veille est essentielle pour repérer la présence d’éventuels couples pionniers.
Une fiche type d’observation est disponible pour nous signaler de telles observations.

Etudes

L’amélioration des connaissances est une priorité du plan national d’action
Les recherches concernent notamment la dynamique de population, dont les paramètres sont étudiés grâce aux résultats du baguage et du suivi de terrain. Une synthèse des connaissances a été publiée dans Alauda.
D’autres recherches sont en cours, pilotée par le Museum des sciences naturelles d’Orléans et portent sur l’écotoxicologie et le régime alimentaire, etc. (voir "Balbuzard info 20/21" et "Rapaces de France 2010")

English summary
The small French population consisting of two sub-populations (one in Corsica and the other in the Centre region) is well known and has been closely monitored since 1977 in Corsica and since 1984 in the Centre.
Discrete surveillance of Osprey nests is undertaken to prevent various human disturbances – walkers, photographers, horse riders, etc. – which could upset their breeding. It also makes it possible to monitor the population from one year to another.
For mainland France a rise in numbers can be seen for the period of 1998 to 2003. In 1998, 7 pairs were found and monitored in the Loiret and in the Loir-et-Cher. In 2004 there were 22.
In Corsica the numbers seem to be stable, apparently due to all suitable nesting sites being occupied. With 26 breeding pairs no further advances into the territory that the birds used to occupy have been observed. However there are still some sites in the South of the island that the species could reoccupy, helped particularly by the setting up of several artificial nests.
Aerial surveys have also been done in order to try to find new nesting sites and a ringing program for the young birds means that the Centre region population can be better monitored.