Les busards

 

Présentation

Les busards sont de gracieux rapaces, reconnaissables à leur vol chaloupé, que nous avons la chance de rencontrer dans les campagnes françaises. Les trois espèces sont le busard cendré, le busard Saint-Martin et le busard des roseaux.

Classification

Embranchement : Vertébrés
Classe : Oiseaux
Ordre : Falconiformes
Famille : Accipitridés
Genre : Circus

Busard des roseaux (anciennement busard harpaye)

Nom latin : Circus aeruginosus
Nom allemand : Rohrweihe
Nom anglais : Western Marsh-harrier
Nom espagnol : Aguilucho lagunero occidental


photo F. Dhemain ©

Busard Saint-Martin

Nom latin : Circus cyaneus
Nom allemand : Kornweihe
Nom anglais : Hen Harrier
Nom espagnol : Aguilicho Pálido


photo C. Perelle ©

Busard cendré (anciennement busard Montagu)

Nom latin : Circus pygargus
Nom allemand : Wiesenweihe
Nom anglais : Montagu’s Harrier
Nom espagnol : Aguilucho Cenizo


photo C. Aussaguel ©
English summary
The Western Marsh Harrier – Circus earuginos, Hen Harrier – Circus cyaneus and Montagu’s Harrier – Circus pygargus are graceful birds of prey with specific swaying flight. They are medium size raptors with, long narrow wings tipped with black and long slender tails. Western Marsh Harrier cannot be mix up with the two other species due to his brown colour and biggest size. Hen Harrier is white grey and Montagu’s Harrier grey with the underpart stripped pale brown. The females are highly distinctive, mostly darker and stronger than the males, with bared tails.
An average of 3 to 6 eggs are laid from mid-April to mid-June according to the species and to the quantity of food available, and the chicks hatch around 28 to 37 days later without yet full autonomy.

Description

Espèce Busard des roseaux Busard Saint-Martin Busard cendré
Envergure 112 à 130cm 99 à 121cm 97 à 115cm
Poids 480g (mâle) - 610g (femelle) 340g (mâle) - 470g (femelle) 295g (mâle) - 345g (femelle)
Dimorphisme sexuel Chez les busards, la femelle est, en général, plus foncée mais également plus massive, tandis que le mâle est plus petit et plus svelte. Il est facile de confondre les femelles du busard cendré et du busard Saint-Martin bien que cette dernière ait une tête plus grosse et une tâche blanche sur le croupion plus étendue. La femelle du busard des roseaux présente quant à elle la tête et les épaules jaune pâle.
Durée de vie Survie apparente de 4-5 ans en Charente-Maritime, mais longévité jusqu'à 8 ans pour les mâles, 12 pour les femelles. Exceptionnellement, peut vivre jusqu'à 15 ans dans la nature. La longévité maximale observée dans la nature est de 15 ans. 7 nicheurs sur 10 survivent en moyenne jusqu'à l'année suivante. La longévité maximale notée en liberté est de 16 années.
Habitat Grandes roselières, bordures des lacs et étangs, grandes baies, plus rarement champs de céréales ou plantations de jeunes arbres. Paysages ouverts (landes, pelouses sèches, tourbières et autres milieux humides). Localement dans des champs. S'est adapté à la steppe cultivée.   Savane en période d'hivernage. Landes, marais, friches, fourrage, céréales en France.  
Alimentation Rongeurs, petits oiseaux, batraciens, gros insectes, parfois des poissons, etc. Petits rongeurs (principalement des campagnols) et petits oiseaux, parfois des lapereaux mais aussi lézards et insectes. Rongeurs, petits oiseaux, insectes batraciens, reptiles, parfois des lapereaux… 

 

Identification

  • Busard des roseaux

C’est le plus grand des busards. Il s’agit d’un rapace de taille moyenne qui possède de longues ailes et une grande queue. Aussi massif que la buse variable, il s’en distingue par une tête et un corps moins gros, ainsi que par des ailes un peu plus longues, moins larges, avec des bords parallèles. L’extrémité des ailes est plus arrondie que chez celle des autres busards et teintée de noir tandis que le dessous des ailes est beaucoup plus foncé. La tête et le haut de la poitrine sont crème à roussâtre avec de fines stries foncées longitudinales. Le corps brun roux porte également des stries. La femelle, bien plus foncée, apparaît comme un oiseau très sombre. Toutefois, la face intérieure des rémiges est plus pâle que le reste et la queue va du gris au brun roux clair.

  • Busard Saint-Martin

Avec sa longue queue, sa silhouette svelte et ses ailes beaucoup plus planes que celles des autres busards, le busard Saint-Martin présente des dimensions intermédiaires entre celles du busard des roseaux et du busard cendré. La tête et la face inférieure du mâle sont gris blanc tandis que l’extrémité des ailes est noire. La femelle, plus foncée, présente une face inférieure crème et fauve striée de brun. Le croupion blanc contraste avec la queue très brune.

  • Busard cendré

Plus grand que le faucon crécerelle mais plus petit que la buse variable, il est le plus petit des trois espèces de busards d’Europe occidentale. Le mâle, qui présente un plumage gris avec les pointes des ailes noires et une barre alaire noire sur les rémiges secondaires, fait penser à un goéland. La femelle est brune dessus, chamois rayé dessous et possède un croupion blanc. Le busard cendré est un rapace plutôt mince. Ses ailes sont plus étroites que celles du busard Saint-Martin et plus pointues. Sa queue est plutôt grande (elle dépasse de beaucoup la largeur de l’aile). Le busard cendré est caractérisé par une silhouette fine, légère et élégante.

Voix

  • Busard des roseaux : cliquer ici pour entendre son cri d’appel
  • Busard Saint-Martin : cliquer ici pour entendre son cri d’appel
  • Busard cendré : cliquer ici pour entendre son cri d’appel

Reproduction

  • Busard des roseaux

La femelle assure la couvaison de 3 à 6 œufs en moyenne, tandis que le mâle la nourrit, ainsi que les jeunes, au cours des premières semaines. La ponte a lieu, dans nos régions, vers la deuxième quinzaine d’avril (fin mars en Europe du Sud). Les poussins naissent au bout de 31 à 34 jours puis restent au nid environ 30 à 40 jours. Vers 55 jours, ils sont aptes à voler correctement mais restent dépendants environ cinq semaines après le premier envol.

  • Busard Saint-Martin

La ponte a lieu aux alentours du 20 avril et peut se poursuivre durant tout le mois de mai, voire jusqu’à la mi-juin en Europe centrale et en Ecosse notamment. La femelle couve 4 à 6 œufs (3 à 4 plutôt dans le Nord-Est de la France). L’incubation dure de 29 à 31 jours. 32 à 38 jours après l’éclosion des œufs, les petits sont prêts à prendre leur envol. Ils restent toutefois entre 25 et 30 jours supplémentaires dépendants des parents.

  • Busard cendré

La ponte a généralement lieu, dans nos régions, de la mi-mai à la mi-juin (dès la fin avril au Maroc). On comptera habituellement entre 3 et 5 œufs. L’incubation débute souvent dès la ponte du premier œuf et dure en moyenne 28 à 29 jours. Les poussins peuvent voler sur de courtes distances dès 30 jours. Ils demeurent dépendants des parents entre 25 à 30 jours après l’envol.

 
English summary
Harriers are birds of open spaces, nesting on the ground in the fields and reed beds, tall grass meadows, agricultural areas and amongst bushes. Before nesting the Harriers often perform aerial courtship displays which are a delight to watch.
Mid-April for the Western Marsh Harrier and mid-May for the other species, 3 to 6 eggs are laid according to the quantity of food available. The incubation is mainly done by the female. Young Harriers fledge at the end of July and departure from breeding grounds in late August or early September. They feed mainly on rodents, small nestlings and birds and insects.
They are widely sprayed from Western Europe to East Asia. Mostly wintering within Europe from northern regions into southern or central Europe, they can be seen in France all over the country side except in mountains.
The migration is done in two distinct ways from north to south and back. Most European population of raptors winters in Europe. The Western Marsh Harrier and the Hen Harrier move at the beginning of September from northern (south Sweden) into southern regions to settle in the wetlands. Early April they come back for the breeding period and can be seen all over France from the Atlantic coast to northern regions, except in the mountains. The Montagu’s Harrier is the only one wintering from south Sahara to South Africa.
The population in France, is estimated in between 1600 to 11 200 breeding couples according to the species. Protected in France by law (July 10 1976) they benefit also from the world protection status given at Bonn Convention of June 24 1982.

Biologie et écologie

Utilisation des habitats

Busard des roseaux

Il niche surtout dans les grandes roselières, donc en bordure des lacs, des étangs et des grandes baies, mais peut se contenter de petits massifs de roseaux, voire de roselières linéaires le long de canaux ou de cours d’eau.
Lorsque ces milieux font défaut, il peut nicher dans les landes plus ou moins humides, les plantations de jeunes arbres ou les plaines cultivées en céréales. Cette évolution relativement récente lui a permis de coloniser (de recoloniser ?) des secteurs dans le Nord – Pas-de-Calais, la Normandie, la Bretagne…

Busard Saint-Martin

Il fréquente en France, des paysages ouverts (landes, clairières forestières, jeunes plantations de résineux ou de feuillus, pelouses sèches, tourbières et autres milieux humides), sans oublier les plaines cultivées et les prairies qui couvrent les plus vastes superficies dans notre pays.
Comme pour le busard cendré, il s’est installé dans les espaces cultivés soit à la suite de la raréfaction de ses milieux originels, soit par préférence pour ces habitats.

Busard cendré

Le busard cendré est habituellement un oiseau des milieux ouverts (steppes, plaines, collines, petites montagnes…). La localisation au sol de leurs nids les incitent à privilégier les zones possédant une couverture herbacée relativement haute et dense de manière à les dissimuler au regard des prédateurs. Les steppes, les landes basses, moyennes ou hautes ainsi que les tourbières offrent ce type de milieu. Cependant, la raréfaction des espaces naturels a encouragé l’espèce, ainsi que les deux autres busards d’Europe, à s’adapter à d’autres milieux. C’est pourquoi, depuis le milieu du XXème siècle, on peut observer ces rapaces dans les espaces cultivés. De nos jours, dans la majorité des régions françaises, le busard cendré fréquente les prairies pâturées ou fauchées, et surtout les champs de céréales (blé ou orge) ou de colza. Il est également de plus en plus courant de le voir nicher dans ces espaces. Cette adaptation entraîne donc la colonisation de nouvelles régions, tandis que l’intensification de l’agriculture se révèle devenir un danger pour l’espèce.

Régime alimentaire

Busard des roseaux

Son régime alimentaire est très varié : rongeurs (petits campagnols essentiellement), petits oiseaux (souvent des jeunes mais parfois des râles ou des foulques adultes), amphibiens, lapereaux…

Busard Saint-Martin

Il est spécialisé dans la capture des petits rongeurs (principalement des campagnols des champs) et des petits oiseaux. Il peut se nourrir de lapereaux, d’insectes et de lézards.

Busard cendré

En France, il se nourrit essentiellement de petits rongeurs ou insectes, sa petite taille, ainsi que son type de vol et les milieux fréquentés limitant la taille de ses proies.

Reproduction

La reproduction se décline en quatre temps. Les partenaires, soit simultanément soit l’un après l’autre se territorialisent sur un site, exécutent des parades renforçant leurs liens tout en éloignant les concurrents, construisent un nid. Intervient ensuite la ponte et l’incubation laquelle incombe surtout à la femelle. Entièrement dépendants à la naissance, les poussins y restent (grosso modo un mois) tout en explorant la végétation alentour dès qu’ils savent marcher. Le premier envol ne signe pas l’autonomie du jeune. Bien au contraire. Il doit devenir un athlète et ne sait pas chasser. C’est durant cette quatrième et dernière période (grosso modo encore un mois) qu’il acquiert cette autonomie et indépendance en devenant cet athlète et en mettant en œuvre ses capacités de recherche de proies. Durant ce temps, les parents demeurent les protecteurs (notamment la femelle) et… les pourvoyeurs de nourriture !

L’installation

Busard des roseaux

La parade nuptiale est spectaculaire. Le mâle, qui effectue de longs vols en rotation autour de leur territoire, effectue des piqués vers sa compagne, dont certains en spirale, et des pirouettes. Le mâle simule alors des attaques tandis que la femelle se retourne sur le dos, les pattes tendues, comme s’il s’agissait d’une transmission de proies.

Busard Saint-Martin

C’est le mâle qui arrive le premier sur le site de nidification, la femelle arrive ensuite. Si la polygamie existe chez cette espèce, elle n’est pas considérée comme étant la règle. Le mâle s’accouple d’abord avec la femelle la plus âgée, qui aura une ponte complète la première. Les parades nuptiales, qui débutent fin mars, ressemblent beaucoup à celles des autres busards.

Busard cendré

Les parades nuptiales ressemblent beaucoup à celles du busard des roseaux, même si le busard cendré fait preuve de plus de virtuosité. Le busard se laisse parfois tomber en « feuille morte » de quelques dizaines de mètres, avant d’effectuer des retournements, des vrilles ou simplement des ondulations (vol dit « en festons »). Ces vols particuliers sont appelés des danses aériennes élevées et sont accompagnés de cris aigus.

Le nid

Busard des roseaux

Située généralement dans une roselière, le nid est, comme pour les deux autres busards, construit au sol, par la femelle seule ou par le couple. Il est fabriqué à partir de tiges de roseaux, mais aussi parfois de branches de saules ou d’aulnes. Il est cependant nettement plus élaboré que celui de ( ?) plusieurs dizaines de centimètres, contrairement aux nids des deux précédents qui sont rudimentaires, notamment celui du busard cendré. Il arrive que les busards des roseaux aménagent une clairière en cassant des branches de roseaux, qui serviront ensuite à la construction du nid, autour de l’emplacement choisi. Il est également possible d’observer des plateformes secondaires destinées à servir de dortoir ou de lieux d’accouplement.

Busard Saint-Martin

Comme pour celui du busard cendré, le nid du busard Saint-Martin est installé sur le sol. Principalement construit par la femelle, bien qu’on voie parfois le mâle participer à la construction, il est en général placé dans une végétation assez haute qui le dissimule à la vue et le protège ainsi des prédateurs. Il est possible d’observer une colonie de trois ou quatre couples de busards nichant au même endroit. Les nids sont alors distants de 100 à 300 mètres, 50 mètres voire moins lorsque l’on a à faire à des busards Saint-Martin polygames.

Busard cendré

Le mâle propose des sites de pose à sa femelle au moyen de site de pré-nidification. Le nid est ensuite construit à même le sol dans une végétation permettant de le dissimuler au regard des prédateurs terrestres ou volants. Cette végétation doit être assez haute (70 à 100 cm) et assez dense, mais sans avoir la rigidité et la hauteur d’une roselière à phragmites. La femelle apporte sur le sol des tiges ou des brindilles sèches de faible section, qu’elle dispose de manière circulaire, aménageant une plateforme de 25 cm de diamètre environ, mais peu épaisse, sauf si le nid est humide ou inondé. Ce nid restera inchangé durant toute la période de nidification jusqu’à l’envol des jeunes.

La ponte

Busard des roseaux

C’est l’espèce de busard pour laquelle la ponte est la plus précoce (mi-avril, début mai). La femelle pond 3 à 6 œufs.

Busard Saint-Martin

Elle débute vers la deuxième quinzaine de mai, mais s’échelonne de la fin avril à la mi-juin suivant les latitudes. En général, elle précède celle du busard cendré d’environ une semaine. La femelle pond 4 à 6 œufs en moyenne mais l’importance de la ponte dépend du nombre de rongeurs.

Busard cendré

Elle débute vers la deuxième quinzaine de mai dans nos régions, plus tôt dans les pays du sud (Maroc et Espagne). En France, elle s’échelonne de la fin avril à la mi-mai selon la latitude. Blancs et sans tâches, les œufs (entre 3 et 5) sont pondus tous les deux jours.

L’incubation

Busard des roseaux

Elle commence avec le 1er ou le 2ème œuf et dure, en moyenne, de 31 à 34 jours. Les jeunes éclosent de façon échelonnée et il arrive que les derniers périssent quand la nichée est trop forte par manque de nourriture. C’est la femelle qui assure la couvaison.

Busard Saint-Martin

Elle débute avec le 2ème ou 3ème œuf (d’où une différence de taille entre les petits) et dure environ 29 à 37 jours pour chaque œuf. L’éclosion peut s’échelonner sur plus d’une semaine. C’est la femelle qui assure la couvaison.

Busard cendré

Elle débute habituellement dès la ponte du premier œuf, d’où un décalage dans l’éclosion des poussins et leur taille relative. L’incubation dure en général 28 à 29 jours par œuf, parfois plus. C’est la femelle qui assure la couvaison.

L’élevage des jeunes

Busard des roseaux

Les jeunes restent au nid 30 à 40 jours. Vers le 55ème jour environ, les oisillons sont aptes à voler correctement mais sont toutefois accompagnés pendant les 15 à 25 premiers jours, généralement par la femelle.

Busard Saint-Martin

Les jeunes restent au nid 31 à 35 jours. Nourris par le mâle pendant la couvaison, les jeunes sont ensuite dépendants de la femelle qui reprend la chasse dès qu’ils sont assez grands. Après leur envol, la femelle a pour premier rôle, la protection des jeunes.

Busard cendré

Les jeunes sont aptes au premier vol vers 30 jours. Selon la configuration du nid, le premier envol est plus ou moins retardé. Ensuite, le nid ou ses abords restent le point d’attachement du jeune encore dépendant des parents de 25 à 30 jours.

Distribution et effectifs

Distribution

Busard des roseaux

C’est un rapace largement répandu dans le Paléarctique occidental. On le rencontre dans la majeure partie de l’Eurasie ainsi que dans les pays du Maghreb. Sa zone de répartition s’étend de l’Europe occidentale à l’Asie orientale, c’est-à-dire du Maroc et de l’Espagne jusqu’à l’île de Hokkaido, au Japon. La limite septentrionale de l’espèce se situe vers 58-60° de latitude. Deux populations ont été classées comme sous-espèces : celle d’Afrique du Nord (Circus aeruginosus harteri) et celle d’Asie orientale (Circus aeruginosus spilonotus) qui remplace la race nominale depuis le lac Baïkal et la Mongolie septentrionale.

En France, on le trouve sur la côte Atlantique depuis la pointe du Morbihan jusqu’en Gironde. Il est également ponctuellement présent dans le Nord mais aussi en région Centre jusqu’en Lorraine et en Alsace, en passant par l’Ile-de-France. On note également la présence de quelques noyaux de population le long de la Saône et sur la côte méditerranéenne.

Busard Saint-Martin

C’est le plus septentrional des trois busards d’Europe occidentale, le seul qui a l’habitude d’hiverner dans nos régions, essentiellement dans les polders côtiers et les zones de deltas. Sa zone de distribution s’étend plus au nord que celle du busard des roseaux. Sa limite méridionale traverse le nord de l’Espagne et la France, mais il hiverne aussi en Italie (sur la côte méditerranéenne, la côte Adriatique le long du talon de la botte et dans la plaine du Pô), sur les côtes de Grèce continentale et en Turquie. La limite septentrionale s’étend quant à elle jusqu’au lac Vanërn en Suède pour les quartiers d’hiver mais jusqu’en Laponie pour les quartiers d’été. A l’est, il niche de la Russie jusqu’à l’océan Pacifique. On peut noter l’existence de trois sous-espèces : l’une vivant au Canada (Circus cyaneus hudsonicus) et les deux autres en Amérique du Sud.

En France, il établit ses quartiers d’hiver sur à peu près tout le territoire (exceptées les zones de hautes montagnes telles que les Alpes et les Pyrénées). Mais, en été, c’est principalement dans le centre de la France, dans une bande qui s’étend de la Rochelle à Besançon et du Massif central jusqu’à la région d’Orléans, qu’on peut le rencontrer.

Busard cendré

Le busard cendré se reproduit depuis les côtes d’Afrique du Nord, en Europe, en Russie et jusqu’en Asie centrale. L’espèce est monotypique, c’est-à-dire qu’elle ne se divise en aucune sous-espèce. Bien qu’il n’y ait pas de discontinuité, deux populations géographiques sont distinguées essentiellement par leur zone d’hivernage : la population européenne (incluant la partie européenne de la Russie) qui hiverne en Afrique et la population asiatique, depuis la mer Caspienne jusqu’à l’Ouest de la Sibérie, le Kazakhstan et l’Asie centrale, dont l’aire d’hivernage est la péninsule indienne.

En France, le busard cendré présente différents bastions de population, avec plusieurs régions administratives où les effectifs sont supérieurs à quelques centaines de couples : le Poitou-Charentes en premier lieu (noyau auquel se rattache la Vendée), la Champagne-Ardenne et la Lorraine et une troisième zone qui s’étend du Massif central au Roussillon. Les départements du Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, l’Oise et la Manche ont retrouvé de petites populations, tandis que la Corse a enregistré sa première nidification en 1986, colonisation confirmée tout au long des années 1990.

Effectifs

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Migration et hivernage

Migration d’automne : en route pour les quartiers d’hiver

Busard des roseaux

La majeure partie de la population française est sédentaire, mais les nicheurs du Nord et de l’Est, depuis la Baie de Somme jusqu’au territoire de Belfort, sont en partie migratrice. La population d’Europe du Nord, du Centre et de l’Est migre vers l’Europe occidentale et surtout l’Afrique. Ils traversent généralement notre pays, et y laissent quelques hivernants. Le Busard des roseaux européen hiverne jusqu’en Afrique tropicale.

Busard Saint-Martin

C’est entre les mois d’août et d’octobre que les busards Saint-Martin du Nord de l’Europe entament leur migration vers le sud afin de rejoindre leurs quartiers d’hiver situés entre le sud de la Suède et l’Europe méridionale, du Portugal à la Turquie. Ils élisent alors domicile dans les régions de polders côtiers et à proximité des deltas. Seule une minorité d’individus traverse la Méditerranée pour hiverner sur le continent africain (on en compte environ 200 au-dessus du détroit de Gibraltar). Le nombre d’oiseaux observés aux différents points de passage forcé est d’autant plus faible que l’espèce migre sur un large front.

Busard cendré

Dès la fin du mois d’août et le début du mois de septembre, les busards cendrés entament leur migration vers l’Afrique. Empruntant une large voie, ils passent par le détroit de Gibraltar mais également par le Cap Bon en Tunisie et traversent le ciel italien et maltais. Ils s’installent ensuite pour hiverner dans une zone qui s’étend latitudinalement entre 6 et 17° environ, au sud du Sahara. Cet espace correspond encore à l’Afrique des moussons et est soumise aux variations de la zone de convergence intertropicale qui entraîne avec elle une grande humidité relative. Sur le plan de la végétation, on se situe alors dans le domaine des forêts tropicales denses et des forêts claires. Cependant, l’action de l’Homme (notamment la pratique des feux de brousse) a transformé ce milieu en une zone de savanes arborées que les busards affectionnent particulièrement en raison de l’ouverture du milieu et de la présence de zones humides favorisées par le climat. Ainsi, on peut observer les busards cendrés aux abords des prairies humides, des rizières (comme les champs de riz du delta du Sénégal) et en bordure des zones inondées. Enfin, la zone d’hivernage du busard cendré s’étend également vers le sud jusqu’à la province du Cap en Afrique du Sud, d’où un important gradient latitudinal.

Migration de printemps : les nicheurs s’installent

Busard des roseaux

La remontée prénuptiale débute à la fin mars et se poursuit jusqu’en mai.

Busard Saint-Martin

La migration prénuptiale se déroule entre la fin du mois de février et la fin d’avril, des retardataires passant jusqu’en mai.

Busard cendré

Les trajets de retour s’effectuent par les mêmes points que ceux de départ, mais avec des effectifs proportionnellement inversés. Ainsi, il semblerait que les busards cendrés effectuent une migration de type circulaire dans la moitié nord du continent africain, descendant à l’automne par Gibraltar et remontant au printemps de manière majoritaire par la Cap Bon (Tunisie) mais plus rarement par le Proche-Orient, comme le montrent les comptages migratoires à Eilat (Israël). A son retour d’Afrique tropicale, le busard cendré est le dernier des trois busards à retrouver son lieu de nidification. On observe son retour au-dessus des détroits méditerranéens à partir du 20 mars et pendant tout le mois d’avril.

Mue

Busard des roseaux

La mue s’étend d’avril à octobre chez l’adulte. Chez la femelle, la mue commence avec la première primaire au début de la ponte tandis qu’elle commence un peu plus tard chez le mâle. Elle est irrégulière au niveau de la queue.

Busard Saint-Martin

La mue s’étend d’avril à octobre chez l’adulte. S’étend fréquemment sur une période plus longue.

Busard cendré

Le cycle complet de la mue s’étend sur 6 à 8 mois. Elle est particulièrement visible au niveau des rémiges. Chez la femelle, la mue commence pendant l’incubation et se termine lors de l’hivernage.

 

Menaces et statuts

Parmi les espèces mises en danger par les pratiques agricoles, les busards voient périr chaque année un grand nombre de leurs poussins dans les barres de coupe des moissonneuses-batteuses. En effet, l’envol des jeunes est souvent postérieur à la date des moissons ! Il est donc essentiel, pour protéger ces populations de busards, d’informer le monde agricole des dangers courus par cette espèce et de solliciter leur participation aux programmes de sauvegarde.

Menaces liées à l’Homme

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Menaces naturelles

La prédation naturelle par les carnivores (renard, sanglier, etc.) et certains rapaces (milans notamment), est régulièrement observée.
La raréfaction de la ressource alimentaire est à l’origine de nichées moins précoces et moins importantes.

Statuts

Les busards, comme toutes les espèces de rapaces, sont protégés en France selon la loi du 10 juillet 1976 (arrêté d’application du 17 avril 1981).

De plus, les trois espèces (busard cendré, busard Saint-Martin, busard des roseaux) figurent en annexe I de la Directive « Oiseaux » (n°79/409 du 6 avril 1979). Cette directive européenne s'applique à tous les Etats membres de la Communauté depuis le 6 avril 1981. Elle vise à assurer la protection de toutes les espèces d'oiseaux désignées en annexe I de la dite Directive et elle permet la désignation de Zones de protection spéciales qui sont destinées à renforcer le réseau Natura 2000.
Ils figurent également en annexe II de la Convention de Berne qui a pour objet d'assurer la conservation, au niveau européen, de la flore et de la faune sauvages et de leurs habitats naturels, notamment des espèces et des habitats dont la conservation nécessite la coopération de plusieurs Etats.
De plus, en tant qu’espèces migratrices, la Convention de Bonn (82/461/CEE du Conseil, du 24 juin 1982) leur accorde un statut de protection à l'échelle mondiale. Comme l’ensemble des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, les busards sont protégés par le CITES ou encore Convention de Washington. Cette « Convention sur le Commerce International des Espèces » est un accord international entre les Etats qui a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d'animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent.