Suivi et conservation

 

Milieux de nidification

Environ les trois-quarts des couples de busard cendré en France nichent en milieu céréalier (entre 50 et 95 % selon les régions). Quelques milieux naturels accueillent encore des nids dans plusieurs régions de France : landes en Bretagne (20 à 40 couples), dans le Poitou (20-30 couples), en Gironde (environ 50 couples) et dans le Massif central, marais littoraux dans le Centre-Ouest, garrigue (dans l’Hérault, etc.) en Languedoc (400 couples environ).

Les busards peuvent nicher dans différents types de cultures. Les espaces cultivés où les busards vont le plus souvent nicher sont (parmi les céréales) le blé, l’orge, l’escourgeon ; parmi les graminées, le ray-grass, le dactyle, la fétuque ; parmi les oléagineuses : le colza ; et parmi les légumineuses : la luzerne. Mais, bien évidemment, tout dépend des régions et de leurs spécialités agricoles.
Les problèmes posés sont les mêmes dans la plupart des cas : moissons (céréales) ou fauches (cultures fourragères) précoces. Cependant, les dates de moissons dépendent des céréales. Dans ce cas, il est utile de savoir les distinguer pour évaluer le risque de destruction. De plus, lors des contacts avec les agriculteurs, ceux-ci sont sensibles à l’intérêt que nous portons à leurs activités. Dès lors, connaître et reconnaître les cultures est un atout.

 

La surveillance des couples nicheurs

La surveillance des busards est une action que la LPO Mission Rapaces (anciennement FIR) a débuté il y a environ 25 ans. La surveillance des busards (busard cendré, busard Saint-Martin et busard des roseaux) est particulièrement complexe. En effet, alors que la plupart des rapaces nichent en hauteur (arbres, falaises), les busards ont pour spécificité de nicher au sol. Et sans construire d’aire. Ce qui veut dire qu’ils nichent chaque année à un endroit différent, qu’il faut à chaque fois rechercher ! De plus, la disparition de leurs milieux d’origine (prairies herbeuses et marécageuses) conduit ces rapaces à nicher dans les champs de céréales (et autres). La moisson, devient alors tout le problème des busards. Certains poussins, encore incapables de s’envoler lors des fauches, sont happés par les engins agricoles, sans aucun moyen d’en réchapper. Leur seul secours : la collaboration entre les agriculteurs responsables et les ornithologiques souvent bénévoles. Ceux de la LPO mais aussi de toutes les associations de protection de la nature et de tous les particuliers, qui, en France, luttent sans relâche pour la préservation des busards. L’action des protecteurs de busards consiste à repérer les couples dans les cultures, à en informer les agriculteurs et, avec leur accord, à localiser les nids à l’intérieur des champs pour mettre en place une mesure de protection adaptée en fonction des besoins. La survie des populations « céréalières » de busards dépend entièrement des actions de surveillance. En 2010, 477 personnes se sont mobilisées pendant 9 897 jours, veillant à ce que l’envol de 1 815 busards cendrés, 699 busards Saint-Martin et 44 busards des roseaux se déroule bien. Globalement, en France, ce sont 450 à 900 couples de busards cendrés qui sont suivis chaque année. Le tiers des envols pour une moyenne de deux poussins par an et par couple est dû aux actions de protection conjointe agriculteurs/ornithologues.

 

Protection des nichées

Sauver des oiseaux quand le milieu devient inhospitalier

Cette extraordinaire mobilisation peut poser un problème de conscience : pourquoi dépenser tant d’énergie à sauver des oiseaux, si l’environnement dans lequel ils vivent a, de toute façon, disparu ? Pour la LPO, la ligne de conduite à tenir est claire : il est absolument nécessaire de sauver les busards, même si ce sauvetage oblige dans certains cas extrêmes à déplacer nids et poussins, et, parfois, à prélever œufs et jeunes et à les faire élever en centre de soins. Evidemment, il faut laisser faire la nature autant qu’il est possible. Mais quand la nature, sous la pression humaine, tend à disparaître au profit de milieux artificiels inadaptés à l’accomplissement du cycle complet de la reproduction, il n’y a bien souvent pas d’autre choix que d’intervenir. Ces interventions se font souvent dans l’urgence (le surveillant apprend parfois seulement quelques heures avant d’agir que la moisson va avoir lieu).

Un dialogue indispensable entre agriculteurs et surveillants

Cette action difficile ne peut donc se faire qu’en sensibilisant les agriculteurs. Les surveillants savent d’expérience que pour sauver le busard, il faut arriver à ouvrir un dialogue serein avec les exploitants, à la fois compréhensif devant les problèmes que peuvent rencontrer ceux-ci et persuasif pour arriver à les sensibiliser à la cause des busards, oiseaux souvent considérés, dans le monde rural, comme de simples « becs crochus ». Etre surveillant « busards » demande donc aussi, dans bien des cas, tact, diplomatie et… calme. Car le sang-froid n’est pas toujours facile à tenir, quand on risque de voir moissonner sous ses yeux la nichée d’un couple que l’on suit depuis plusieurs semaines, et qu’on doit expliquer et réexpliquer sans fin que les rapaces ne sont pas des oiseaux nuisibles et que les busards, en chassant les campagnols, sont les alliés des agriculteurs ! Ce dialogue avec les agriculteurs doit se faire sur deux niveaux, d’abord sur le terrain, avec ceux dans les champs desquels nichent les busards, mais aussi d’un point de vue plus politique, avec les fédérations agricoles.

Dépliant de sensibilisation des agriculteurs

  Un nouveau dépliant de sensibilisation des agriculteurs a également pu être réalisé grâce au soutien de la fondation Nature et Découvertes.

L’avenir de l’agriculture, c’est l’avenir du busard

La question du sauvetage du busard en France à long terme rejoint en effet la question suivante : quelle agriculture voulons-nous ? Face aux impacts de l’agriculture sur la biodiversité, la LPO s’investit depuis de nombreuses années déjà pour une meilleure prise en compte de l’environnement dans les politiques et les pratiques agricoles. Elle agit à la fois aux niveaux national et européen, par des actions auprès des décideurs politiques, et au niveau local, par un appui et des conseils auprès des agriculteurs.
Mais il reste un problème. Les busards cendrés sont des oiseaux migrateurs qui passent l’hiver en Afrique, où ils peuvent consommer des criquets. Or les criquets, quand ils prolifèrent, son éliminés par des traitements chimiques qui éradiquent également un grand nombre de busards ! Pour protéger convenablement ces rapaces, il faudrait donc aussi les protéger là-bas, pendant leur hivernage. Mais beaucoup de connaissances manquent encore pour connaître leurs aires de répartition africaines et la façon dont ils survivent aux dangers de ce continent, différents des nôtres mais tout aussi destructeurs. Comme toujours, le manque de moyens financiers empêche la connaissance scientifique d’avancer et la protection de l’environnement de se mettre en place. La protection des busards est pourtant indissociable d’une agriculture respectueuse de l’environnement, en Europe comme en Afrique.

La surveillance « busards » : une action difficile mais passionnante
Quand on demande à un surveillant comme Serge Paris, qui coordonne avec Pascal Albert l’action busards dans l’Aude, ce que lui apporte ce bénévolat, il répond honnêtement : « des problèmes et quelques soucis, beaucoup de travail, énormément de temps sur le terrain avec en corollaire des contraintes difficiles à gérer dans le domaine personnel, familial ou professionnel. Plus une bonne dose de stress à certains moments. » Mais qui voit Serge Paris, fonçant dans sa vieille deux-chevaux, connu comme le loup blanc dans toute la région, son chapeau de paille vissé sur la tête, sourcils froncés, déterminé, sait que la passion qui l’anime dépasse de loin ces quelques contraintes, et il admet volontiers que l’action de sauvetage des busards lui apporte : « Une grande liberté d'action, une respectabilité et des contacts plus faciles avec les agriculteurs toujours étonnés qu'on puisse s'investir autant et gratuitement pour une simple espèce animale, une reconnaissance officielle de l'utilité de notre action en faveur du patrimoine naturel et, surtout, la satisfaction d'apporter une modeste contribution à la défense de l'environnement, donc à l'avenir de l'homme ». Chantal Nicolaï, psychosociologue qui a suivi bénévolement pendant dix ans des populations de busards cendrés en Marais Poitevin, insiste quant à elle sur le bonheur qu’elle a eu à rencontrer les agriculteurs locaux : « le dialogue avec les agriculteurs est riche d’enseignements pour la protection des busards, mais aussi pour nous, pour notre compréhension de l’univers agricole. ». Or c’est justement par cette compréhension mutuelle entre agriculteurs et protecteurs de la nature que les choses peuvent peut-être évoluer en faveur du busard. La surveillance « busards » n’est donc pas seulement une action de protection de la nature et un plaisir de naturaliste : c’est aussi une enthousiasmante aventure humaine !

Les différentes méthodes de sauvegarde des nichées

A l’heure actuelle, différentes méthodes de protection et/ou de sauvegarde de nichées sont mises en œuvre par les surveillants « busards ».

La cage

Formé d’un cadre carré grillagé d’environ 1m² sur lequel sont agrafés 4 m de grillage de 1m20 (maximum) de hauteur, ce système permet de déplacer facilement un nid selon les besoins de l’agriculteur. En effet, lors de sa pose (qui se fait avec l’accord du propriétaire du terrain), le nid est posé sur le fond grillagé et les côtés du grillage sont relevés progressivement afin que la femelle accepte le dispositif. Lors de la moisson, il suffit alors de déplacer la cage pour permettre la coupe de la culture.

Le carré non moissonné

Deux méthodes existent à l’heure actuelle : la méthode du carré simple et celle du carré grillagé.

  • La méthode du carré simple ne nécessite que 4 piquets et de la cordelette ou du ruban de chantier, que le surveillant disposera en carré autour du nid. Les piquets jalonnent alors un espace de 10 à 25m² qui restera non moissonné.
  • La méthode du carré grillagé est sensiblement identique à la première, sauf qu’un grillage est tendu autour des piquets pour limiter la prédation, quasiment systématique lorsqu’il ne reste plus que quelques m² en herbe au milieu d’une grande zone dénudée.

Le nid artificiel

Cette technique qui se réalise au moment de la moisson consiste à prélever les jeunes encore au nid et à les déposer dans un carton compartimenté ; puis, une fois la moisson effectuée, à recréer un nid à l’aide des fétus de la moisson ou avec des bottes de paille. Le nid artificiel est en fait un puits de 1m de diamètre, plus large à la base qu’en haut.

Le déplacement du nid

Cette méthode qui consiste à déplacer progressivement un nid d’une culture prête à être moissonnée vers une autre culture plus tardive, est un travail qui demande beaucoup de précautions et qui présente des risques. A l’aide d’un carton compartimenté (pour éviter que les jeunes se blessent dans la panique), la nichée est déplacée progressivement sur de faibles distances. L’accord du ou des propriétaires des parcelles est obligatoire.

Les cannisses

Cette technique, qui peut être réalisée à n’importe quelle période de reproduction, permet d’apporter de l’ombre aux poussins en cas de fortes chaleurs et de limiter la prédation, en installant des cannisses de 1m de haut tout autour du nid. Fixer la végétation naturelle autour de la protection permet aussi d’obtenir ce résultat.

Prélèvement et transport vers un centre de soins

L’élevage en centres de soins est parfois la seule possibilité pour sauvegarder des œufs ou des jeunes poussins. La technique de prélèvement d’une nichée, au stade de poussins ou d’œufs n’est cependant pas anodine. D’une part, les risques d’échec liés au transport des œufs sont élevés. D’autre part, pour le couple auquel sont retirés les œufs, cette opération est vécue comme un échec. Les conséquences ne sont pas encore très bien connues, mais il est probable que cela influe sur la fidélité au site. Enfin, le risque d’imprégnation rend nécessaire le respect de règles précises. Cette technique sera donc retenue en dernier recours, lorsque les protections sur site ou les déplacements sont impossibles.

Pour plus de détails, voir le Cahier technique Busards version 2

 

Programme de marquage alaire

Malgré la sauvegarde annuelle de centaine de nichées, les populations de busards cendrés connaissent un déclin généralisé. La France, qui, avec la péninsule ibérique abrite plus de la moitié de la population européenne, détient une responsabilité importante pour la conservation de l’espèce. La protection du busard cendré, comme celle du busard Saint-Martin, demande une implication particulièrement lourde des bénévoles pour repérer et protéger les jeunes menacés par les moissons. L’avenir de ces espèces à long terme passe donc par une connaissance plus fine des mécanismes d’échanges de populations. Pour mieux connaître la dynamique des populations de busards et améliorer en conséquences nos actions de protection, un programme de marquage alaire du busard cendré est prévu pour les années 2007 et 2008. Le fonctionnement démographique du busard cendré, et les relations entre les différents noyaux de populations sont encore très mal connus. L’objectif premier de ce programme de marquage alaire, porté par un groupe de bénévoles et le CNRS de Chizé, est donc de caractériser les mécanismes de dispersion des jeunes. Les résultats permettront de mieux appréhender les déterminants de la dispersion (vigueur des oiseaux, sexe, rang dans la nichée…) ainsi que les mouvements (populations puits ou populations sources, relations entre populations de milieux céréaliers et populations en milieu naturel…). Des données sur l’hivernage des oiseaux sont également attendues, en complément des suivis par balise Argos effectués en Hollande et en Espagne. Pour rendre possible le traitement statistique, il est primordial de recueillir un maximum de données. Le programme prévoit donc de marquer 5000 poussins sur deux saisons. En 2007, des bagueurs seront formés spécialement pour cette campagne et devront marquer environ 1000 poussins sur quelques sites pilotes déjà suivis actuellement. En 2008, année prévue de pic de pullulation des campagnols, il est décidé de marquer 3000 poussins. Les zones habituellement peu suivies en milieu naturel devront être prospectées pour couvrir l’ensemble des conditions écologiques et permettre d’appréhender les échanges entre les différents milieux. Pour assurer la réussite de ce projet, c’est donc une mobilisation sans précédent qui est demandé aux protecteurs. Les enjeux en terme de conservation justifient largement ce surplus temporaire d’activité. Les résultats attendus permettront également de définir de nouveaux modes d’actions. Le partenariat entre les naturalistes et scientifiques, déjà mis en œuvre pour l’enquête Rapaces, est également un intérêt majeur de cette campagne ; pour les busards cendrés dans un premier temps, mais également à plus long terme pour de nombreuses espèces dépendantes des actions de protection.

Le site web http://www.busards.com , géré par des bénévoles, présente très concrètement les objectifs et les modalités de mise en œuvre de ce programme de marquage. Il sera le point de rendez-vous pour tous les acteurs investis dans ce projet durant les années à venir.

Bulletin spécial Programme de marquage alaire

La Circus’laire hors-série n°2 est entièrement consacré au programme de marquage alaire du busard cendrés. Ce numéro doit permettre de sensibiliser les partenaires institutionnels et financiers à la conservation de l’espèce en France. Tous ces outils destinés aux surveillants busards sont disponibles sur simple demande auprès de la LPO Mission Rapaces ou sur le site Internet http://rapaces.lpo.fr/busards

 

Enquête nationale 2010 – 2011

L’enquête « Busards 2010/2011 » poursuit trois objectifs :

  • quantifier la dispersion du busard cendré via la relecture des marques alaires
  • comparer les effectifs des trois espèces de busards presque 10 ans après l’enquête « Rapaces nicheurs de France » de 2000/2002
  • faire le bilan quantitatif des milieux de nidification des busards en France.

Cette enquête s’applique spécifiquement au busard cendré (plus de 5000 marques alaires ont été posées sur des individus de cette espèce entre 2007 et 2009), mais peut aussi s’étendre aux busard Saint-Martin et des roseaux. Au cours des deux années d’enquête, le but premier sera de lire un maximum de marques, y compris sur des zones où les espèces ne font normalement pas l’objet d’un suivi régulier. Cela permettra d’identifier les échanges entre régions mais aussi entre les populations de milieux agricoles et de milieux naturels, afin de mieux comprendre le fonctionnement de la population nationale. A plus long terme, cela permettrait d’optimiser les mesures de protection mises en place à l’heure actuelle.
L’enquête « Rapaces nicheurs de France » 2000/2002 avait permis d’estimer la répartition des effectifs des trois espèces de busards avec beaucoup de précisions. Pour 2010/2011, le protocole reste le même afin de pouvoir comparer les données entre elles. Ce même protocole a aussi pour objectif d’obtenir une estimation du nombre de couples nichant dans des milieux naturels.