Présentation

 

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Présentation de l'espèce

  • Ordre : Strigiforme
  • Famille : Tytonidés
  • Genre : Tyto
  • Espèce : Alba

Description

L'Effraie des clochers est un rapace nocturne de taille moyenne (équivalente à celle d’un pigeon) au corps élancé prolongé de longues pattes et aux ailes larges et longues. L'aspect général du plumage apparaît assez clair. Les parties supérieures du corps sont jaune roussâtre avec des plumes marbrées de gris et de brun pâle ponctué de petites taches blanches à bout noir en forme de gouttelettes. Le dessous est entièrement blanc plus ou moins tacheté de brun foncé à la poitrine et aux flancs selon le sexe et l'âge des oiseaux (ROULIN, 1996). La grosse tête se caractérise par la présence d'un disque facial blanc argenté cerné de brun en forme de cœur, contrastant fortement avec les yeux noirs. Le bec est blanc jaunâtre, les doigts gris ou jaunâtres ; les ongles sont bruns. Les rémiges sont blanches et jaunes roussâtres, marbré de gris avec quelques barres brunes, les rectrices roussâtres barrées de brun gris avec quelques barres brunes, les rectrices roussâtre barrées de brun gris (GEROUDET, 2000). La sous-espèce guttata est plus sombre avec le dessus gris foncé et le dessous orangé à brun roux fortement tacheté de brun. Le disque facial est nettement teinté de roux. L’espèce ne présente pas de dimorphisme sexuel, sauf la taille qui est légèrement supérieur chez les femelles.

L'Effraie pratique un vol lent et souple souvent avec les pattes pendantes observées lors des ralentissements ou des battements d'ailes sur place. Comme chez un grand nombre de rapaces nocturnes, le vol est particulièrement remarquable par son extrême silence (inaudible à plus de deux mètres) résultant de la structure duveteuse des plumes qui permet à l'Effraie d'augmenter sa perception auditive (VALLEE, 2003 ; MULLER, 1999).

La mue complète de l'adulte intervient entre mai et novembre. La première mue des ailes et de la queue dure trois ans chez les jeunes après leur première année de vie et par la suite, elle s’effectue sur un cycle de deux ans (GEROUDET, 2000).

Les expressions vocales de l'Effraie sont très variées. Le répertoire comprend des ronflements au rythme très irrégulier (aigus et sifflants chez les jeunes) et des chuintements prolongés. En vol, on note des cris aigus, stridents et tremblés. Le cri d'alarme correspond à un long cri grinçant. Les adultes et les jeunes soufflent et claquent du bec lorsqu'ils sont inquiétés (Tous les oiseaux d’Europe, Jean-Claude Roché, CD n° 3/ plage n° 3).

La longueur totale du corps est d’environ 35 cm. Son poids est de 290 à 340 g (315 g de moyenne) chez le mâle et de 310 à 370 g (340 g) chez la femelle.

Il n’y a aucune ressemblance avec les autres rapaces nocturnes de taille identique qui sont nettement plus foncés et qui portent des masques faciaux de forme et de coloration différentes.

Répartition géographique

Dans le Monde

Représentée par 28 sous-espèces dans le monde, l'Effraie des clochers occupe une vaste aire de répartition englobant les régions chaudes et tempérées des 5 continents (DEL HOYO, 1999). La limite septentrionale atteint 48° nord en Amérique. Elle est peu répandue en Asie. La majorité des zones désertiques sont évitées.

En Europe

L'espèce se reproduit communément dans toute l'Europe, sauf dans les pays scandinaves. Les pays situés à l’est du continent accueillent de faibles populations, en particulier la Bulgarie, la Biélorussie, la Russie et l'Ukraine (BirdLife International, 2004).

En France

En France, l'Effraie de la sous-espèce alba se reproduit sur l'ensemble du territoire, excepté dans les zones montagneuses des Alpes, des Pyrénées, et du Massif central. Sa reproduction est cependant confirmée jusqu'à 1500 m dans les Hautes Alpes. Elle paraît absente ou très rare des Alpes-Maritimes et peu commune en Ile-de-France (DUBOIS et al. 2000). L'est de la France accueille la sous-espèce guttata et toutes les formes intermédiaires issues de l'hybridation guttata/alba. La Corse est habitée par la sous-espèce ernesti qui se reproduit jusqu'à 800 m d'altitude, voire exceptionnellement jusqu’à 1200 m.

Statuts de protection et de conservation

Espèce protégée (article 1er de l'arrêté modifié du 17/04/81), inscrite à l'Annexe II de la Convention de Berne, à l'Annexe II de la Convention de Washington et à l'Annexe C1 du règlement CEE/CITES.

 

Caractéristiques biologiques et écologiques

Habitat

L'Effraie habite généralement des milieux ouverts et bocagers situés à proximité des constructions humaines. Les territoires de chasse préférentiels comportent une forte proportion de prairies naturelles, de lisières de champs, de haies ou bois ainsi que des friches, jachères et vergers. Les marais intérieurs ou littoraux, ainsi que les zones de grandes cultures sont également fréquentés. En revanche, les grands massifs forestiers sont rarement occupés. Les sites de nidification et de remises diurnes se situent le plus souvent au voisinage immédiat de l'homme dans les hameaux, les villages et jusqu'au cœur des villes, moins fréquemment dans des falaises ou des massifs boisés.
Le nid est installé habituellement dans des bâtiments anciens assurant un minimum d'espace sombre (granges, greniers de ferme ou de maison peu fréquentés, églises, châteaux, pigeonniers et dans des cavités (arbres, falaises). La nidification dans les arbres ou les falaises est très rare dans les régions du nord et de l'est de la France, alors qu'elle paraît nettement plus fréquente sur les façades atlantiques et méditerranéennes (MULLER op. cit.). En France, les églises (nefs et clochers) sont particulièrement recherchées.

Régime alimentaire et territoire de chasse

Le régime alimentaire de l'Effraie a fait l'objet de nombreuses études par l'analyse des pelotes de réjection, moins souvent par des suivis photographiques. Même si l'espèce s'avère très opportuniste, les campagnols, les muridés et les musaraignes composent l'essentiel de son menu (jusqu'à plus de 95 %). En France, les campagnols peuvent représenter 50 à 80 % du régime alimentaire, sauf en région méditerranéenne où les muridés (mulots et souris grise) constituent 50 à 90 % des proies consommées. La souris grise peut atteindre 90 % de la biomasse (CHEYLAN, 1976) et l'importance des mulots augmente dans les milieux boisés. La grande diversité des autres proies représente seulement 2 à 3 % du régime dans l'Est de la France et jusqu'à 19 % dans le Roussillon (VALLEE, op. cit.). Il s'agit principalement de passereaux (surtout des moineaux, des étourneaux et des hirondelles), plus rarement d'insectes, de chauves-souris et d'amphibiens. La consommation journalière d'une Effraie adulte se situe entre 70 g et 105 g de proies (MIKKOLA, 1983).

Reproduction

Espèce monogame, l'Effraie peut se reproduire dès l'âge d'un an mais beaucoup d'oiseaux, notamment les mâles attendent l'âge de deux ans. S’installant sur le site de nidification en février ou mars le couple devient très actif, les parades nuptiales commencent. Schématiquement, elles comportent des vols nuptiaux exécutés par le mâle, des poursuites sexuelles très bruyantes et des offrandes. Le couple ne semble pas obligatoirement uni pour la vie, mais serait plutôt fidèle au site de reproduction (VALLEE, op. cit.). L'espèce ne bâtit pas de nid et se contente d’aménagements sommaires. Le nid consiste en une petite cuvette creusée sur un tas de vieilles pelotes désagrégées.
Le volume de la ponte est très variable. Il atteint 2 à 14 œufs (6 en moyenne) dans une étude menée en Bourgogne (BAUDVIN, 1986). L'incubation assurée uniquement par la femelle débute souvent dès la ponte du second œuf et dure en moyenne 32 jours (MULLER, op. cit.).
Contrairement aux autres rapaces nocturnes, l'Effraie peut fréquemment effectuer deux pontes dans l'année lorsque les conditions sont favorables. Les dates de la première ponte varient fortement selon les conditions climatiques. Elles s'étalent de mars à juin avec un pic au mois d'avril. Les secondes pontes peuvent intervenir dans le même endroit, avant la fin de l’élevage de la première nichée, de début juin à début août, voire plus tard. Une troisième ponte existe mais reste exceptionnelle. Les jeunes prennent leur envol à l'âge de 8-10 semaines et acquièrent leur autonomie un mois plus tard.
Malgré des fluctuations annuelles importantes corrélées avec l'abondance des campagnols, la productivité des Effraies apparaît élevée (Roulin, 2002). En Alsace et Lorraine, Muller (op. cit.) cite à partir d'un suivi sur 15 ans, une moyenne annuelle de 5,2 jeunes à l'envol par couple nicheur. Baudvin (1986), en Bourgogne, obtient un nombre moyen d’environ 3 jeunes lors des années à une seule nichée et 6,5 jeunes pour les années avec la seconde nichée. Cette forte productivité compense une mortalité importante, en particulier chez les jeunes. L'espérance de vie dépasse rarement 10 ans avec cependant des records de 18 ans et 21 ans (MULLER, op. cit.).

Ethologie

L'Effraie n'est pas un oiseau migrateur. Les adultes semblent généralement sédentaires, mais l'erratisme peut être plus ou moins marqué selon l'origine géographique des oiseaux (Soufflot et al. 2003). Le manque de proies inciterait l'erratisme des Effraies. Les jeunes entreprennent des déplacements plus importants, atteignant en moyenne 100 km, mais parfois plus de 500 km (MULLER, 1999).
Le mode de vie de l'Effraie est nettement différencié entre les activités diurnes et nocturnes. Pendant la journée, l'oiseau reste caché, seul ou parfois en couple dans un gîte (grenier, grange, clochers, trou d'arbre, lierre, conifère, …) habituellement à l'abri des intempéries ou encore du harcèlement des autres oiseaux. L’activité diurne est occupée principalement par la digestion et se réduit à de longues séances d'assoupissement et d'entretien du plumage. Dans certaines régions ou pays, notamment les Iles Britanniques, l'espèce est couramment observée chassant le jour à la période d'élevage des jeunes ou en hiver lorsque les proies se font rares. L'activité de chasse semble intense surtout en début de nuit, s'interrompant par des périodes de repos au cœur de la nuit, pour reprendre avant l'aube.

Effectifs et tendances d’évolution

Le statut européen de l'Effraie des clochers était considéré en déclin dans la période 1970-1990. Actuellement, la baisse des effectifs nicheurs semble plus modérée, excepté dans les Iles Britanniques, en Espagne, Italie, Europe centrale et Ukraine (BirdLife International, 2004). Le statut de conservation de l'espèce reste cependant défavorable. La population européenne actuelle est estimée entre 110 000 et 220 000 couples. L'Espagne et la France accueillent les plus fortes populations avec respectivement 50 000 à 90 000 couples et 20 000 à 60 000 couples, suivis par l'Allemagne et l'Italie.
Les effectifs nicheurs sont soumis à des fluctuations interannuelles importantes, essentiellement liées à des hivers rigoureux provoquant une forte mortalité. Ces déclins sont cependant compensés par des saisons de bonnes reproductions. L'effectif national semble actuellement stable ou en lente régression selon plusieurs auteurs (BIRDLIFE INTERNATIONAL, op. cit; DUBOIS et al. op. cit; VALLEE op. cit; MULLER op. cit.). Les effectifs régionaux ou départementaux récents font défaut, seules sont disponibles les données de la période 1980-1995. Ainsi, plusieurs départements affichaient des effectifs de plusieurs centaines de couples : la côte d'Or (1000 à 1500 couples), le Gard (500 couples), le Jura (300 à 600 couples), le Bas-Rhin (200 à 500 couples) etc.… La Normandie abritait à la fin des années 1980 plus de 3000 couples. A la fin des années 1990, la régression de l'espèce semblait se confirmer dans la majorité des départements (DUBOIS et al. op. cit.).

Menaces et facteurs limitants

Menaces anthropiques

La partie précédente traitait de l’évolution des effectifs, celle-ci traite des causes, à savoir les menaces qui pèsent sur les populations d’Effraie des clochers.

Collisions routières

C’est la principale menace qui pèse sur l’Effraie, elle représente 50% de la mortalité (SETRA, 2006) et touche aussi d’autres espèces de rapaces nocturnes (Hibou Moyen-Duc, Chouette Chevêche). Une étude menée dans les années 80-90 sur des autoroutes en Champagne-Ardenne et en Lorraine (BAUDVIN, 1996) a permis d’identifier les principaux facteurs de mortalité routière chez l’Effraie. En effet, on peut dire que sur 10 ans d’étude, on obtient un minimum de 0,5 effraie tué par kilomètre d’autoroute.
Tout d’abord, c’est la présence des campagnols en grand nombre qui a la plus grande influence sur la mortalité routière de l’espèce. En effet, un entretien régulier des bas-côtés donne des milieux où la végétation est rase. De tel milieux sont d’une part très favorables aux campagnols et d’autre part, une végétation rase est synonyme de bonne visibilité, facteur caractéristique d’un milieu de chasse utilisé par l’Effraie.
Un second facteur est la topographie de la voie de communication par rapport au milieu environnant. L’étude réalisée a mis en évidence le fait que lorsqu’une autoroute passe en déblai (plus haute que les milieux environnants), la mortalité était nettement plus forte que lorsqu’elle est à niveau ou en remblai (plus basse). En effet, les oiseaux volent plus bas dans le premier cas et donc la probabilité qu’ils soient heurtés est beaucoup plus forte.
Ensuite, la nature du milieu environnant aussi est importante. En effet, la mortalité étant plus forte quand l’autoroute traverse un paysage agricole que quand elle est entourée d’un milieu boisé. Ce résultat tient du fait que l’Effraie est une espèce chassant en milieu ouvert, en volant très bas.
Enfin, la saison a aussi une influence sur le taux de mortalité puisque les plus forts taux ont été mesurés en automne et en hiver. Cette observation est logique, ces saisons correspondant à l’émancipation des jeunes, les effectifs sont plus nombreux et le nombre d’individus tués plus important.

Manque de sites de nidification favorables

Les rapaces nocturnes ne construisant pas de nids, ils sont donc dépendants soit de nids déjà existants (Moyen-Duc) soit de cavités dans des arbres, d’abris en falaise ou dans des constructions. L’Effraie est bien connue pour occuper des constructions humaines. Elle niche dans des granges, des greniers ou des clochers. Plus rarement elle occupe aussi des sites naturels surtout des cavités dans des arbres en milieu bocager. Cependant, récemment, le nombre de sites potentiels diminue. L’évolution des bâtiments agricoles est une première cause, les vieilles granges étant détruites ou remplacées par des silos et stabulations peu propices à l’installation de l’Effraie. Le nombre de clochers favorables a lui aussi diminué. Ceci est du à la pose de grillages destinés à y empêcher l’installation des pigeons. La disparition des sites naturels est due notamment au remembrement opéré dans la seconde moitié du 20° siècle mais aussi à l’arrachage systématique des haies faisant disparaître un grand nombre d’arbres creux qui sont autant de sites de nidification potentiels en moins.

Disparition des territoires de chasse

Depuis les années 50, la conversion des prairies en cultures a eu un effet néfaste sur les populations de proies des rapaces nocturnes. Dans le cas de la Chouette Effraie, l’augmentation des surfaces de culture à d’une part mis les campagnols à l’abri des prédateurs sous une végétation haute, et d’autre part l’usage de phytosanitaires a fait considérablement diminuer les effectifs. De plus, le labour impacte aussi ces populations de rongeurs, d’autant qu’il se pratique maintenant tout de suite après la moisson donc au moment de l’envol des jeunes. Ces transformations se sont aussi accompagnées de la disparition de nombreux piquets de clôture qui fournissaient des perchoirs pour la chasse.

Empoisonnements

L’empoisonnement et l’intoxication de la faune sauvage ont de nombreuses origines. Il peut s’agir de produits utilisés pour éliminer les « nuisibles » (bromadiolone, chlorophacinone, etc.), de produits utilisés dans la production agricole (carbofuran, furathiocarbe, aldicarbe, etc.) ou de produits d’origine industrielles (métaux lourds : plomb, cadmium…). Les produits phytosanitaires utilisés dans la production agricole ont diverses voies d’entrée dans l’environnement (aspersion, diffusion aérienne, enrobage des semences, vermifuges présents dans les bouses et crottins, etc.). Ensuite, ces produits se retrouvent aussi bien dans l’eau et les sols que dans la chaîne alimentaire où ils s’accumulent. Les rapaces, situés au sommet de la chaine alimentaire, sont ainsi victimes d’empoisonnements ou d’intoxications en consommant des proies ou des cadavres contaminés. Ces empoisonnements peuvent provoquer la mort des individus (intoxication aiguë) mais également, et il est difficile d’en connaître le réel impact, la diminution de la fécondité ou de la survie des embryons.

Autres menaces anthropiques

A ces principaux facteurs s’ajoutent d’autres menaces qui, même si leur impact sur les populations est moindre, sont bien réelles. Tout d’abord, il arrive régulièrement que des individus d’Effraie des clochers soient piégés dans des cheminées lorsqu’ils cherchent des sites de nidification favorables, ils y pénètrent, se retrouvent piégés et finissent par mourir d’épuisement en tentant de ressortir. Les cas de noyade dans des abreuvoirs sont aussi notés. Les anciens abreuvoirs en pierre, aux bords rugueux, ont été remplacés par des auges métalliques, plastiques ou de simples baignoires, aux bords plus lisses, d’où l’Effraie ne parvient plus à sortir lorsqu’elle y prend des bains pour évacuer ses parasites, et finit par se noyer. Enfin, les clôtures barbelé présentent des risques de mortalité pour les rapaces nocturnes, notamment lorsqu’ils volent à basse altitude en chassant. Une fois pris dans les fils, ils se débattent, et souvent meurent de leurs blessures, et ce même s’ils parviennent à se libérer. Enfin, on peut citer aussi les cas d’électrocution et de collision sur des lignes électriques.

Autres Facteurs limitants

Cette partie concerne des facteurs qui limitent naturellement la croissance des populations d’Effraie des clochers. Cependant, ce sont ces facteurs qui ont modelé la biologie et l’écologie de l’espèce au fil de son évolution.

Conditions météorologiques

C’est d’abord la neige qui affecte le plus les populations d’Effraie, surtout l’épaisseur de la couche de neige. Lors d’hivers rigoureux avec une épaisse couche de neige (5-7cm), les populations de rongeurs sont à l’abri de l’Effraie qui ne peut pas percer la couche. En effet, certains individus se déplacent ainsi pour trouver des territoires de chasse plus favorable, ou d’autres restent malgré tout sur leur territoire. De plus des conditions hivernales rigoureuses provoquent une forte mortalité chez l’Effraie du fait de sa constitution physique, puisque l’espèce ne faisant pas de réserves de graisse, une pénurie alimentaire trop longue aura un effet désastreux sur les effectifs. De plus une situation de sécheresse ou à contrario d’inondation, de longue durée, est néfaste pour les rongeurs dont les effectifs vont diminuer, et par conséquent les populations d’Effraie en seront aussi affectées. Pour pallier aux pénuries alimentaires, l’Effraie a justement une forte capacité de reproduction, puisqu’elle peut réaliser deux nichées la même année.

Prédation

L’Effraie est parfois victime de prédations de la part de la fouine qui vit elle aussi près des villages, et qui peut se nourrir d’œufs, de jeunes, et même d’adultes lorsque l’occasion se présente. Malheureusement, la plupart des sites sont rarement à l’abri de la fouine. Dans les clochers, on trouve parfois des sites à l’abri de ce prédateur, souvent les grandes églises par exemple. Cependant, dans les sites traditionnels comme les bâtiments classiques, la prédation sur les nichées est importante. Pour enrayer ces problèmes, notamment sur les nichoirs, des dispositifs anti-fouines existent.

Compétition

Il existe une compétition pour les sites de nidification. Parfois, la chouette Hulotte peut occuper les mêmes sites que l’Effraie, qui doit, à ce moment-là, trouver un autre site de nidification, puisque la Hulotte commence à nicher avant elle. Ce phénomène n’étant pas courant, l’Effraie n’est pas menacée par cette compétition.

 

Connaissances à approfondir

Un suivi à étoffer

L’étude et la protection de l’Effraie sont menées depuis de très nombreuses années en Bourgogne et en Alsace. Depuis 2003, les résultats des groupes locaux sont synthétisés dans les cahiers de la surveillance. Chaque année, une centaine d’observateurs se mobilise dans neuf régions. Cependant des manques importants de suivi apparaissent pour déterminer l’abondance et les tendances démographiques de l’espèce. Toutes les bonnes volontés sont donc les bienvenues pour étoffer ce réseau de suivi et de protection.

 

Aspects historiques et culturels

Persécutée pendant des siècles, l’Effraie a été considérée tantôt comme une créature démoniaque (voir une Effraie étant considéré comme un mauvais présage), tantôt comme une guérisseuse (on attribuait aux œufs et aux ailes des vertus curatives), de même que la tradition de clouer des chouettes aux portes était censée protéger de l’orage ou de la maladie.
Par la suite, au cours des XIX et XX° siècles, la vision de l’Effraie a évolué de manière positive avec l’étude de sa biologie par les premiers naturalistes (Belon, Waterton). Aujourd’hui tous les rapaces sont protégés, les persécutions ont disparu et la perception de l’Effraie et des rapaces nocturnes en général est bien meilleure qu’autrefois, en témoigne le succès de la Nuit de la Chouette depuis 1996 par exemple.