Bilan 2011 de la reproduction

La population française du Faucon crécerellette poursuit sa croissance et atteint en 2011 l’effectif de 355 couples nicheurs répartis en 3 noyaux de population (Crau, Hérault et Aude). Le fait remarquable de l’année est la réussite du programme de réintroduction mené dans l’Aude depuis 2006. En effet, l’effectif de la population augmente de 12 à 18 couples, produisant 54 jeunes à l’envol. Cette productivité de 3.00 est désormais suffisante pour assurer le développement de la population sans apport supplémentaire de poussins élevés en captivité.

Plaine de Crau (Infos LPO Mission Rapaces)
207 couples se sont reproduits en plaine de Crau, soit une augmentation de 29 % par rapport à l’année dernière (160 couples). La population se distribue sur 24 sites dont 7 sont aménagés. On constate une forte augmentation de l’effectif sur les sites aménagés avec 83 couples en 2010 (soit 40 % de l’effectif reproducteur) au lieu de 62 couples en 2010, 52 couples en 2009, 36 en 2008, 32 en 2007 et 25 en 2006. Pour la cinquième année consécutive, on note une productivité largement plus élevée sur les sites aménagés (2.60) que sur les sites en tas de pierres (0,92), conséquence d’une prédation moins importante. Il y a eu 330 jeunes à l’envol. La productivité, soit le nombre moyen de jeunes par couple nicheur, (1.59) est inférieure à la moyenne 1994-2010 égale à 1.91. Ces moins bons résultats de la reproduction découlent d’une part, d’un taux de prédation sensiblement plus élevé qu’à l’ordinaire ayant entrainé un taux de réussite plus faible 56,52 % pour 2011 inférieur à la moyenne 1994-2010 égale à 62.10 %. Depuis deux ans, ces productivités et ces taux de réussite plus faibles découlent de l'apparition d'un phénomène de "puits" avec l'occupation de deux sites en tas de pierres très peu productifs. Cela est en lien avec l'augmentation globale de l'effectif et le transfert insuffisamment rapide des couples nicheurs vers les sites aménagés en plaine de Crau.

Population héraultaise (Infos LPO Hérault)
Toujours dans une phase d’expansion numérique et géographique, la population héraultaise a connu en 2011 une dynamique meilleure qu’en 2010, mais dont les paramètres descriptifs s’inscrivent encore parmi les 4 années les plus faibles enregistrées depuis le début des suivis en 2002. En effet, même si l’effectif nicheur total a augmenté par rapport à l’an passé, nous constatons en 2011 un taux d’accroissement naturel égal à 0,21, en légère hausse de 0,11 par rapport au taux le plus faible jamais enregistré et relevé en 2010. Il est à noter que malgré les plus fortes disponibilités apparentes en site de nidification sur les autres noyaux périphériques, c’est toujours le noyau « mère » qui est à l’origine de la part prépondérante (87 %) de l’expansion numérique des couples nicheurs (21 couples pour un total de 23 couples supplémentaires). Ce noyau semble ainsi agir comme un « aimant » et le faible nombre de nouveaux couples nicheurs (3 au total) sur les trois autres noyaux périphériques pourrait y trouver une part d’explication.

Vis-à-vis des valeurs 2011 de productivité (2,49) et de succès reproducteur (2,72), bien que supérieure à 2010, elles font également partie du quartet de traine depuis le début des suivis et s’inscrivent chacune sous la moyenne, respectivement de 2,54 (n=8) et de 2,84 (n=8). Ces quelques paramètres démographiques, peu saillants dans l’historique de suivi de cette population héraultaise, s’inscrivent dans la continuité du ralentissement démographique constaté en 2010. Cependant, il est trop tôt pour interpréter ces tendances ou s’inquiéter de cette dynamique. En effet, à première vue l’année 2011 ne semble pas se distinguer des autres années « normales » par son contexte environnemental et notamment alimentaire.

Dans la continuité de 2010, nous avons eu le plaisir en 2011 de découvrir tardivement en saison un quatrième noyau de reproduction sur un mas isolé situé à une dizaine de kilomètres de la colonie « mère », et ayant déjà été colonisé ponctuellement par le passé. Ce site a vu la reproduction avérée d’un couple, mais la présence lors de sa découverte de plusieurs autres oiseaux sur ou à proximité immédiate du site nous laisse penser qu’à minima un autre couple était cantonné (s’est reproduit ?) sur ce site. Ce phénomène souligne malgré tout le dynamisme de cette colonie qui poursuit son processus « d’essaimage » et nous encourage dans l’espoir de trouver de nouveaux sites de reproduction.

Population réintroduite audoise (Infos LPO Aude)
18 couples se sont installés dans l'Aude en 2011, contre 12 en 2010, soit une augmentation de 33 %. Il y a eu 16 couples producteurs avec un succès reproducteur de 3,60 jeunes par couple, soit 54 jeunes à l'envol. Les 18 couples étaient répartis sur 5 sites, dont 4 aménagés : 11 couples sur le cabanon Life (10 producteurs, 32 juvéniles à l'envol), 4 couples sur le cabanon Chacail (14 juvéniles à l'envol), 1 couple sur la bâtisse Haute (5 jeunes à l'envol), 1 couple sur un nichoir posé sur pylône électrique (échec) ainsi qu'un couple découvert début juillet, isolé sur un bâtiment de la commune de Narbonne (3 juvéniles à l'envol). Deux couples sur 18 ont échoué en 2011, contre 7 couples sur 12 en 2010. Le couple installé sur pylône a échoué probablement à cause de la compétition interspécifique avec le Rollier d'Europe (4 oeufs dans le nichoir lors du contrôle des pontes mais aucun apport de proie observé et nichoir vide lors du baguage des jeunes). En 2010, 5 couples avaient échoué pour la même raison. On peut noter qu'un couple de Rollier d'Europe a niché sur chaque cabanon en 2011 mais qu'ils n'ont pas dérangé les Faucons crécerellettes rassemblés en colonies. Le second couple qui a échoué a dispersé ses oeufs (8 oeufs répartis dans 3 nichoirs). Le même phénomène avait déjà été observé en 2010. Nous pensons que cela est probablement dû au manque de repère sur les nichoirs qui sont tous identiques et alignés. Des repères (pierres ou marques) seront placés sur les entrées des nichoirs pour tenter de régler ce problème en 2012.