Conservation - le Plan National d'Actions

  

Le Plan National d'Actions (2011- 2015)

Qu’est-ce qu’un Plan National d’Actions ?

En 1994, l’Etat français a ratifié la Convention cadre sur la diversité biologique consécutive au sommet de Rio de Janeiro de 1992. En 1996, un groupe de travail, constitué par le Ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, a rédigé un rapport sur les espèces de la faune et de la flore dont le statut de vulnérabilité est jugé préoccupant. Ces espèces, comme le Faucon crécerellette (Falco naumanni), ont été désignées au titre « d’espèces prioritaires ».
Ainsi les Plans Nationaux d’Actions (PNA, anciennement désignés plans nationaux de restauration) de la faune sauvage sont élaborés en considérant le statut de vulnérabilité et de rareté des espèces et les menaces qui pèsent sur ces espèces au niveau national et européen. Ils sont mis en œuvre en France compte tenu de la responsabilité patrimoniale de la France pour assurer la sauvegarde, l’intégrité des effectifs et de l’aire de répartition mondiale des espèces. Le Ministère de l'Ecologie, de l'Énergie, du Développement Durable et de la Mer (MEEDDM) soutien la mise en œuvre de ces plans avec le concours de partenaires impliqués dans la sauvegarde du patrimoine naturel.

La réalisation des actions du Plan National d’Actions Faucon crécerellette en 2012 est cofinancée par l’Union européenne. L’Europe s’engage en Languedoc-Roussillon avec le Fonds européen de développement régional.

Pourquoi un Plan ?

Le Faucon crécerellette est une espèce menacée de disparition classée dans la catégorie  "Préoccupation mineure" de la Liste rouge au niveau mondial (UICN, 2011) et dans la catégorie " Vulnérable" au niveau national (Comité français de l’UICN & MNHN, 2008) compte tenu des effectifs peu élevés et de la faible fragmentation de la population française. Après avoir failli disparaître de notre pays au début des années 1980, l’effectif reproducteur se reconstitue progressivement. La population atteint en 2015 l’effectif de 363 couples et nidifie dans 4 secteurs des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Languedoc-Roussillon.
Des actions de conservation ont été entreprises dès le milieu des années 1980 pour sauvegarder la population de la plaine de Crau. Un premier programme LIFE a été réalisé de 1997 à 2001 et a débouché sur l’élaboration d’un premier Plan National de Restauration (2002-2006). Ce plan visait le développement des populations existantes et la création de nouveaux noyaux de population. Dans ce cadre, un second programme LIFE (2005-2009) a permis de réaliser une opération de réintroduction sur un ancien site de nidification du département de l’Aude.
Le nouveau PNAFC 2011-2015 vise le retrait du Faucon crécerellette de la liste des espèces menacées de disparition en France, en agissant pour le maintien des habitats de nidification et d’alimentation autour des colonies existantes et en favorisant le développement de nouveaux noyaux de population.

Les objectifs du Plan

L’objectif de conservation est d’obtenir une population viable à l’échelle de la zone méditerranéenne française. La population pourra être considérée comme viable lorsque les effectifs seront suffisamment importants pour résister aux fluctuations annuelles d’origine naturelles et accidentelles (prédations, chutes des nids, mauvaises conditions climatiques, etc.), ce qui suppose au préalable de disposer de nombreux secteurs propices (milieux d’alimentation et de nidification) et des populations qui présentent des paramètres de reproduction forts. Pour définir le seuil minimal de viabilité de la population française, il a fallu définir d’une part, l’effectif minimal pour la population française ; ce qui implique de déterminer un nombre minimal de noyaux de population qui présente chacun des paramètres minimum assurant leur viabilité (effectifs, succès reproducteur, survie…) et d’autre part, l’aire de répartition de référence ; ce qui suppose de recenser tous les habitats d’alimentation les plus favorables à la reproduction de l’espèce.
Ces définitions, complexes et nécessairement approximatives (donc imparfaites), devront être acceptées par tous. Dans cet objectif, la participation des scientifiques et des spécialistes de l’espèce faisant autorité est indispensable.
Les résultats de cette évaluation indiquent que l’effectif minimal à atteindre est de 6 populations viables réparties dans l’aire de répartition de référence dont la superficie a été estimée à 6 662 km2. Pour atteindre cet état, cela implique qu’il y ait d’une part, une amélioration du niveau de viabilité des populations de l’Aude et de la plaine de Crau et d’autre part, l’installation de nouvelles populations, au minimum 3, dans l’aire de référence.

Durée du Plan

Ce second plan national d’actions du Faucon crécerellette est mis en œuvre pour une période de cinq ans, de 2011 à 2015. L’objectif général pour la durée du plan est de consolider les noyaux de population actuels et de favoriser la colonisation de nouveaux sites.
Pour définir la stratégie de conservation à l’échelle nationale, il convient de distinguer cinq situations différentes : la population de la plaine de Crau, la population héraultaise, la population réintroduite audoise, les secteurs potentiellement favorables à la reproduction et enfin, les voies de migration et les quartiers d’hivernage. Les actions de conservation pour les 5 années à venir sont adaptées en fonction de ces cinq contextes.

Stratégie du programme d’actions

Pour atteindre l’objectif général du plan, différentes actions (17 au total) ont été identifiées. Elles sont regroupées sous cinq objectifs qui sont :

  • I. Etude de la dynamique des populations
  • II. Favoriser la croissance des populations existantes
  • III. Favoriser l’installation de nouvelles populations
  • IV. Favoriser la conservation de l’espèce en périodes de migration et d’hivernage
  • V. Informer et sensibiliser le public

Pour favoriser le maintien et le développement à long terme du Faucon crécerellette en France, il est impératif d’agir conjointement pour le suivi des populations, sa protection et la sensibilisation du public. Les actions portent donc sur ces trois thèmes. Enfin, une dernière action concerne la coordination nationale et les gestions locales du projet.

 

Gestion des sites de nidification

Exigences concernant les habitats de nidification

Pour sa nidification, le Faucon crécerellette recherche des cavités. Celles-ci peuvent être situées sur des constructions humaines, dans des tas de pierres ou encore dans des falaises. L’espèce s’adapte aussi très bien à la nidification en nichoirs. La disponibilité en cavités doit être élevée pour répondre positivement au caractère grégaire de l’espèce. Par ailleurs, l’accessibilité de ces cavités aux prédateurs doit être faible et la compétitivité interspécifique pas trop forte.

Même si l’espèce est volontiers anthropophile puisqu’elle se reproduit fréquemment en milieu urbain et sur des constructions, les sites de reproduction doivent garantir un minimum de tranquillité. En effet, certaines colonies installées sur des constructions peu utilisées et habituellement peu exposées au dérangement humain, peuvent souffrir d’un dérangement inhabituel intervenant à un moment crucial de la reproduction (ponte, incubation, élevage des jeunes).

En général, du fait de ces exigences, les sites de nidification favorables sont peu nombreux. Leur disponibilité représente souvent le principal facteur limitant à l’installation ou à la croissance d’une colonie.

La nidification sur les constructions humaines concerne les habitations des villages ou des fermes isolées qui présentent des toitures favorables à l’accès non bouchés, les monuments historiques (châteaux, églises, etc.) qui présentent souvent des trous de boulins ou encore les bâtiments en ruine ou mal entretenus dont les murs et les toitures qui se détériorent offrent souvent de nombreuses cavités favorables. Ainsi, on constate que 90% de la population espagnole du Faucon crécerellette nidifie sur des bâtiments ; la nidification en sites naturels étant rare. La colonie héraultaise s’inscrit également dans ce cas alors que les populations cravenne et audoise sont jusqu’à présent dépendantes de l’aménagement de sites et de la pose de nichoirs.

Des cavités de nidification en nombre insuffisant ou peu sécurisées (accessibles aux prédateurs) sont des facteurs limitant notés chez de nombreuses populations de Faucons crécerellettes. La sensibilisation du public et les aménagements des sites de nidification permettent d’augmenter les disponibilités en cavités de nidification et de diminuer les risques de prédation au nid. Les actions mises en œuvre doivent être adaptées à chaque site.

Population de la plaine de Crau

Contexte des colonies de la plaine de Crau

La Crau, plaine steppique, est naturellement pauvre en sites de nidification. Les sites traditionnels de nidification en Crau sont les bergeries sur lesquelles les faucons occupent les cavités situées entre les tuiles et les murs mais ces toitures sont rarement favorables à l’espèce, formées de tuiles plates ou de tuiles romaines bouchées, leur capacité d’accueil vis-à-vis des Faucons crécerellettes est limitée. De plus, les bergeries sont actuellement très utilisées par le Choucas des tours Corvus monedula, espèce très compétitive pour l’occupation des cavités de nidification vis-à-vis du Faucon crécerellette du fait de sa taille similaire, de son abondance, de son grégarisme et de sa sédentarité.

Les tas de pierres utilisés par les Faucons crécerellettes à partir de la fin des années 80 présentent de nombreuses cavités qui ont permis l’installation de véritables colonies. Néanmoins, le taux de prédation est important dans les colonies au sol avec la destruction des œufs et des poussins mais aussi des adultes reproducteurs, ce qui limite fortement la productivité des colonies. Les principaux prédateurs incriminés sont la Couleuvre de Montpellier Malpolon monspessulanus, la Couleuvre à échelon Elaphe scalaris, le Putois Mustela putorius et le Renard Vulpes vulpes.

L’objectif principal du Plan National d’Actions est de diminuer l’impact de la prédation afin d’atteindre des paramètres reproducteurs d’une population viable à long terme. Pour l’atteindre, le plan national d’actions (2011-2015) prévoit l’aménagement de sites de nidification sécurisés.

Les sites aménagés

En 2012, douze sites sécurisés sont aménagés en plaine de Crau et sont susceptibles d’accueillir des couples nicheurs. Un total de 198 nichoirs a été posé sur ces douze sites aménagés. Ces nichoirs ont des entrées réduites d’un diamètre de 6.5 cm qui empêchent l’entrée du Choucas des tours.

Pour les nichoirs intérieurs, l’entrée de la tuile d’aération est réduite en fixant une plaque en plexiglas pour résister aux intempéries et aux détériorations par les Choucas des tours. Cinq types de nichoirs ont été posés : 72 nichoirs à l’intérieur des toits, 23 nichoirs en bois et 21 nichoirs en argile fixés à l’extérieur des toits, 28 nichoirs en bois au sommet d’un mur et 54 nichoirs en béton installés sur des plateformes.

Transfert des couples sur les sites aménagés

La difficulté majeure a été d’amorcer le transfert vers les sites aménagés. En effet, les Faucons crécerellettes sont très fidèles à leur site de naissance et relativement réticents à occuper de nouveaux sites. Les jeunes faucons âgés d'un an, plus vagabonds, peuvent coloniser des sites, mais ils les choisissent le plus souvent à la ressemblance des cavités de nidification où ils sont nés, c'est-à-dire des cavités situées au sol, dans des tas de pierres. Afin de résoudre ce problème, des blocs de poudingue ont été disposées sur les toitures pour parfaire l'imitation avec les colonies au sol. En 2000, un premier couple s’est installé sur la toiture de la bergerie de Négreiron. Du fait de la réussite de cette première reproduction, quatre couples se sont installés sur cette toiture l’année suivante. Depuis, le transfert vers les sites aménagés est régulier, d’un premier couple en 2000 à 119 couples en 2014. Depuis 2012, plus de 50 % des couples nicheurs sont installés sur les sites aménagés de la plaine de Crau. En 2015, cette proportion atteint 61 % des couples nicheurs.

Evolution de l’effectif reproducteur et de la répartition de l’espèce

Ces aménagements ont permis d’augmenter l’effectif nicheur en proposant de nouveaux sites sécurisés sur lesquels ont pu se développer des colonies reproductrices aux effectifs importants comme la bergerie de Négreiron (27 couples en 2014) et les plateformes de Brunes d’Arles (50 couples en 2014). Autrefois confinés, aux coussous de Cabane rouge et du Coucou, ces aménagements ont également permis d’étendre la répartition de l’espèce à une grande partie du centre Crau avec l’installation de colonies sur les coussous de Brunes d’Arles et de Petit Abondoux. Par contre, la partie nord-est de la plaine de Crau, tels les coussous de la Carougnade et d’Eyguières, n’est actuellement pas utilisée du fait de l’absence de sites de nidification favorables.

Evolution de la productivité des colonies

       On constate que la productivité, soit le nombre de jeunes à l’envol par couple nicheur, est très supérieure sur les sites aménagés (2.47, n=436) que sur les sites en tas de pierres (1.65, n=1111). Depuis 2011, le nombre de jeunes à l’envol sur les sites aménagés est largement supérieur à celui des sites en tas de pierres.

 En parallèle, on assiste à une diminution de la productivité des colonies au sol en lien, d’une part, avec l’augmentation globale des effectifs et d’autre part, avec la saturation des deux sites au sol les plus fonctionnels dont la capacité d’accueil maximale stagne autour de 60 couples. En conséquence, on observe l’installation d’un nombre croissant de couples sur des sites au sol très peu productifs. Certains de ces sites peuvent même être qualifiés de « puits » tels les sites au sol des coussous de Brunes d’Arles et du Coucou qui rassemblent un nombre important de couples nicheurs avec des productivités quasiment nulle. Par exemple, en 2011, les 43 couples installés sur ces deux sites n’ont produit que 2 jeunes à l’envol, soit une productivité moyenne de 0.05. Ce phénomène de « puits » peut avoir certaines années des effets négatifs sur le taux de croissance de la population. On constate ainsi qu’avec une productivité réduite à 1.59 en 2011, coïncidant avec des taux de survie faibles, on observe une diminution des effectifs en 2012, soit un taux de croissance égal à 0.84, équivalent à une diminution de 16 % de l’effectif nicheur.

Population héraultaise

Contexte des colonies héraultaises

Dans l’Hérault, la population nidifie sur les constructions humaines au sein des villages ou dans des mas isolés. Les couples nicheurs s’installent principalement dans l’espace étroit situé entre les tuiles romaines et les voliges. Dans cet espace, l’ancienneté des toitures a permis l’accumulation de substrat qui permet aux faucons de déposer leur ponte. Les cavités disponibles apparaissent donc comme nombreuses dans les centres des villages qui présentent des toitures anciennes dont les tuiles rondes du débord n’ont pas été bouchées (cimentées). La présence de gouttières facilite l’accès des faucons aux cavités de nidification car leurs entrées sont situées au dessus des gouttières, sous la première rangée de tuiles. Plusieurs villages de la basse vallée de l’Hérault présentent ces caractéristiques favorables à l’installation d’une colonie de Faucon crécerellette.

Dans la basse vallée de l’Hérault, la pose de nichoirs n’est pas nécessaire pour la conservation de l’espèce car il existe peu de problèmes à ce niveau, les disponibilités sont généralement suffisantes et les taux de prédation sont faibles. Cependant, la gestion des sites de nidification est nécessaire dans certains cas lorsque des travaux sont entrepris pour rénover les toitures et les façades. Dans ces cas, la sensibilisation des acteurs locaux permet de conserver des cavités favorables aux oiseaux lorsque des travaux sont entrepris dans la colonie de nidification.

  Ainsi, la LPO Hérault a réalisée une plaquette de sensibilisation qui préconise le maintien et la création de cavités. Elle est distribuée aux propriétaires, architectes et entreprises de construction dans les villages où se situent les colonies de Faucon crécerellette.

Vous pouvez télécharger les deux pages de cette charte toiture: page1 et page2.

Population audoise

Contexte des colonies audoises

Autrefois, la colonie présente dans l’Aude était installée dans une des falaises du massif de la Clape. Actuellement, la nidification en falaise est largement délaissée par l’espèce dans l’ensemble des pays européens probablement à cause de paramètres démographiques moins élevés (survie, productivité, fréquence de reproduction) en lien avec une pression de prédation et une compétition interspécifique plus élevées. Dans le cadre de l’opération de réintroduction menée dans le cadre du LIFE Transfert (2005-2009), les sites de nidification ont été aménagés sur des infrastructures humaines (cabanon, mas et ligne électrique).

Un cabanon viticole abandonné situé sur le massif de la Clape a été transformé en site de nidification: 30 nichoirs ont été installés à l’intérieur du bâtiment, sous la toiture et au niveau des murs.

De plus, 50 nichoirs extérieurs ont été posés sur les poteaux d’une ligne électrique traversant la basse plaine de l’Aude et le massif de la Clape et une quinzaine de nichoirs extérieurs ont été installés sur un mas et quelques cabanons de la basse plaine de l’Aude pour proposer de nouveaux sites aux couples qui prospectent et ainsi limiter la dispersion des couples nicheurs issus du programme de réintroduction.

Au printemps 2007, la prédation de 5 poussins par une fouine été constatée sur le site de libération. En effet, la Genette et la Fouine sont deux carnassiers relativement abondants sur le site audois d’où la nécessité de réaliser des aménagements dont les nichoirs restent hors de portée de ces deux prédateurs. Pour empêcher l’accès des prédateurs, le cabanon LIFE est relativement haut, éloigné des arbres voisins, les murs présentent peu d’aspérités et sont équipés d’un système antiprédation (bande lisse de 60 cm de largeur).

Au printemps 2008, un grave problème de compétition interspécifique avec le Rollier d’Europe a été constaté. Cette espèce malgré une taille identique à celle du Crécerellette est capable de les évincer en provoquant l’abandon des pontes. En effet, le Rollier d’Europe arrive très tard en saison, à la mi-mai, alors que les autres espèces cavernicoles sont déjà installées dans les nichoirs, pour reconquérir ces nichoirs, il adopte une stratégie trés agressive en chassant les occupants déjà installés. Dans la basse plaine de l’Aude, ce phénomène s’est reproduit chaque année depuis 2008 et à empêcher l’installation pérenne du Faucon crécerellette dans les nichoirs posés sur les poteaux électriques. La LPO Aude a alors installé de nouveaux nichoirs sur plusieurs cabanons et mas à proximité du site de réintroduction pour proposer une nouvelle alternative aux couples de Faucons crécerellettes cherchant à s’installer.
 

L’objectif des actions de conservation menées dans l’Aude est d’atteindre l’état d’une population considérée comme viable c'est-à-dire qui présente des paramètres démographiques minimum soit un effectif nicheur supérieur à 50 couples répartis sur au moins cinq sites de nidification différents, une productivité supérieure à 2 poussins par couple nicheur et un taux de survie adulte supérieur à 70 %. Actuellement, en 2012, l’objectif de productivité est atteint, l’effectif et la survie sont en constante augmentation.

En 2012, à l’instar des couples nichant dans l’Hérault, trois couples nicheurs se sont installés dans le village de Fleury d’Aude sous deux toitures différentes. Ils étaient 5 en 2013 et 12 en 2014! En 2015, 5 couples ont été découverts dans un village voisin (Lespignan). C’est un point très positif favorable à l’augmentation de l’effectif de cette population encore fragile. Cependant, la LPO Aude a mis en évidence une faible proportion de toitures favorables au sein du village de Fleury qui pourrait freiner l’installation des couples nicheurs au sein du village dans les années à venir.

Fiches techniques pour la construction de nichoirs

Voici quelques conseils pour l’aménagement d’un site de nidification en faveur du Faucon crécerellette. Les nichoirs doivent présentés les caractéristiques suivantes :

- Etre adaptés aux caractéristiques du site. Par exemple, le nichoir extérieur sera installé sur les poteaux électriques, les entrées des trous de boulin seront modifiés sur les monuments historiques, les nichoirs intérieurs seront posés sous les toitures des habitations humaines…
- Etre discrets pour ne pas dénaturer l’esthétique du bâtiment, surtout s’il s’agit des monuments historiques ou des habitations humaines. Pour cette raison, il est préférable d’installer des nichoirs intérieurs pour les aménagements qui concernent les constructions humaines.
- Etre suffisamment nombreux pour cette espèce coloniale tout en restant raisonnable. En effet, il faut installer un minimum 5 nichoirs pour un site et en rajouter si le Faucon crécerellette s’y installe.
- Etre installés dans des endroits inaccessibles aux prédateurs. Il faudra tout particulièrement être vigilant vis-à-vis des capacités de grimpeurs de certains prédateurs tels que la genette ou la fouine.
- Etre installés sur des sites présentant un dérangement humain supportable. Par exemple, il est préférable de choisir une toiture suffisamment haute, ou le versant le plus « tranquille ».                                                                                                                                                                     - Empêcher l’accès des espèces compétitives (pigeon, choucas…) lorsque ceux-ci sont trop nombreux. Par exemple, en réduisant le diamètre des trous d’entrée à 6.5 cm au minimum.
- Etre ni trop grands ni trop petits, c'est-à-dire adapté à la taille du faucon. Les dimensions intérieures doivent être au minimum de 20 cm x 30 cm et 15 cm de hauteur.
- Contenir quelques centimètres de substrat qui permettra à la femelle de creuser une légère cuvette nécessaire au dépôt de la ponte.
- Etre équipés d’une porte pour permettre le contrôle de l’intérieur du nichoir afin de s’assurer de la réussite ou de l’échec de la nidification.

Les fiches techniques suivantes peuvent être téléchargées (pdf):

 

Gestion des habitats d’alimentation

En construction

 

Réintroduction de l’espèce

Introduction

 L’opération de réintroduction développée en France a été initiée dans le cadre des programmes LIFE, l’Instrument Financier pour l’Environnement (LIFE) de la Communauté Européenne. L’objectif spécifique des programmes LIFE-Nature est de contribuer à l’application de la législation européenne en matière de protection de la nature, c'est-à-dire à l’application des Directives « Oiseaux » (79/409/EEC) et « Habitats » (92/43/EEC), et plus particulièrement au développement du réseau « NATURA 2000 » qui vise la conservation et la gestion des espèces animales, des espèces végétales et des habitats les plus remarquables d’Europe.

Le projet "LIFE Transfert ", intitulé « Conservation et renforcement du Faucon crécerellette dans l’Aude (France) et l’Estrémadure (Espagne) » a été mené du 1er septembre 2005 au 31 août 2009, soit pendant quatre années. Neuf partenaires ont contribués à sa mise en œuvre : LPO, DEMA, LPO Aude, UFCS de Millau, LPO PACA, CNITV, UPMC, ACPP, PNRNM.

Les objectifs du LIFE Transfert visaient la conservation de l’espèce sur deux sites distants de 950 kilomètres :
- le site n°1 est situé en France, en région Languedoc-Roussillon, dans le département de l'Aude sur les communes de Narbonne, Gruissan, Armissan, St Pierre-sur-Mer et Fleury d'Aude.
- le site n°2 est situé en Espagne, dans la région d'Estrémadure, sur la commune d'Almendralejo.

La réintroduction de l’espèce en France

Autrefois repartie dans plus de 12 sites différents, la population française était en 2005 de taille réduite, isolée en 2 noyaux de reproduction (Crau (127 couples), Hérault (24 couples)) et demeurait, pour ces raisons, très fragile. L’objectif principal sur le site français du programme LIFE était de réintroduire des poussins élevés en captivité au centre de DEMA (Espagne) afin d’amorcer le développement d’une population viable, forte d’au moins 10 couples nicheurs dans le département de l’Aude, sur un site autrefois occupé par l’espèce.

Cette opération de réintroduction du Faucon crécerellette était une première pour la France. Différents organismes espagnols (Generalitat de Catalunya, DEMA, GREFA, ESPARVEL...), avaient déjà mis en œuvre ce type d'opération dans différentes régions d'Espagne (Catalogne, Rioja, Valencia...) dans lesquelles l'espèce avait disparue ou était en déclin. Le LIFE Transfert a ainsi pu bénéficier des compétences de DEMA qui possédait quinze années d’expérience dans l’élevage en captivité et la réalisation de programmes de réintroduction, augmentant ainsi les chances de succès du LIFE Transfert.

A partir de 2010, après la fin du LIFE Transfert, le Plan National d’Actions a assuré la poursuite de cette opération de réintroduction jusqu’à son terme.

Les bases biologiques

Les opérations de réintroduction sont basées sur la fidélité des oiseaux à leur région de naissance appelée aussi phyllopatrie. Cette phyllopatrie est particulièrement forte chez le Faucon crécerellette chez lequel on observe, de surcroît, une forte fidélité à la colonie de naissance. Par exemple, en plaine de Crau, la quasi totalité des poussins bagués sont revenus nicher à moins de cinq kilomètres de leur site de naissance. En Andalousie, les ornithologues constatent que 90 % des oiseaux s’installent à moins de trente kilomètres de leur colonie de naissance.

Méthodologie

La méthode la plus efficace pour la réintroduction d’un rapace avec l’objectif de créer une nouvelle population est nommée méthode de libération « au taquet ». Dans le cas du Faucon crécerellette, elle consiste à mettre les poussins à réintroduire dans un nichoir artificiel placé sur le site choisi, les poussins sont mis à un âge auquel ils sont incapables de voler mais, par contre, capables de déchiqueter la nourriture seuls. Les poussins vont progressivement sortir du nichoir pour explorer les alentours du nid et revenir se nourrir dans le nichoir, puis ils vont gagner progressivement leur indépendance.

L’association DEMA a développé une technique dérivée de la méthode au taquet, c’est la méthode de libération au taquet avec création d’une ambiance de colonie. Elle consiste à maintenir captifs des individus adultes sur le site de libération, appelés aussi adultes "pilotes" qui permettent la création d'une ambiance de colonie. Cette méthode augmente la durée de présence des poussins réintroduits et améliore leur taux de retour.

Cette opération comporte donc deux phases distinctes. La première phase consiste à aménager un site potentiel de nidification. Dans les différentes opérations menées en Espagne, divers types de structures et de nichoirs ont été utilisés, ceux-ci présentent une efficacité plus ou moins grande quant à l’installation future des individus de retour sur le site. Au cours de la seconde phase, les poussins issus de l’élevage en captivité sont placés à l’âge de 20-25 jours dans une caisse de libération située sur le site aménagé. Ils sont ensuite nourris dans la caisse de libération jusqu’à leur indépendance. Un suivi est réalisé durant toute l’opération de réintroduction. Les poussins sont bagués, ce qui permet de les suivre individuellement jusqu’à leur indépendance et leur départ définitif du site.

L’opération est réalisée durant plusieurs années consécutives. Le suivi consiste alors à suivre le déroulement des opérations de réintroduction mais également à noter le retour des oiseaux libérés les années précédentes.

Choix et aménagement du bâtiment de libération

  Le bâtiment sélectionné par la LPO Aude est situé à l'interface des ZPS de la basse-plaine de l'Aude et du massif de la Clape. C'est un petit bâtiment agricole abandonné, il est situé au coeur des habitats préférentiels du Faucon crécerellette, c'est à dire des habitats ouverts qui abritent de fortes densités d'insectes. Ce choix a été l'objet d'une concertation entre les différents acteurs du site et une convention d'utilisation a été passée avec le propriétaire. 

   Le DEMA, notre partenaire espagnol, a apporté son expérience concernant l'aménagement du site de libération. Le bâtiment initial a été entièrement transformé, il a été rehaussé pour empêcher l'accès des prédateurs, des nichoirs y ont été installés ainsi qu'un système de libération (caisses de libération pour les poussins et installation d'une cage pour les oiseaux "pilotes").

Les "pilotes" sont des oiseaux adultes qui sont maintenus captifs sur le site de libération et qui incitent les poussins libérés à rester plus longtemps pour mieux s'imprégner du site.

Les poussins placés dans les deux caisses de libération sont nourris chaque jour jusqu'à leur envol et leur départ définitif du site. La nourriture (des souris) est déposée depuis l'intérieur du bâtiment de façon à ce que les poussins ne puissent voir la personne qui les nourrit. Plus de dix nichoirs ont été installés dans le bâtiment pour permettre l'installation d'une colonie sauvage.

Transfert et suivi des poussins libérés sur le site audois

  Cette opération de réintroduction a duré cinq ans et a permis de réintroduire avec succès 238 poussins dont 199 provenaient du centre d’élevage de DEMA (Espagne) et 39 du centre d’élevage de l’UFCS à Millau, soit 40 % de plus que ne le prévoyait le projet initial (170 poussins). Avant envoi, les poussins ont été l'objet d'un contrôle sanitaire et ont été bagués. Le transport des poussins depuis l’Espagne et Millau jusqu’au site de libération a été réalisé après obtention des autorisations administratives nécessaires (CITES et autorisation de transport).

    A leur arrivée et avant leur libération, chaque poussin a été pesé et mesuré.

Les poussins sont équipés de bagues plastiques codées lisibles à distance à l'aide d'une paire de jumelles ou d'un télescope. Des observations sont réalisées chaque jour, ce suivi permet de connaître avec précision, l'âge d'envol de chaque poussin et l'âge auquel il quitte définitivement le site de libération. Dès les premiers envols, de la nourriture est déposée à l'extérieur, au-dessus de la cage des individus "pilotes", cela permet aux poussins de s'alimenter sur le site si nécessaire et de gagner progressivement leur indépendance alimentaire avant leur départ définitif. Ainsi, après l'envol, des poussins ont été observés capturant des insectes aux alentours du site de libération.

Sur les 243 poussins libérés, cinq d’entre eux n’ont pu prendre leur envol. Il s’agit d’une part de 4 poussins libérés en 2007, qui ont été tués par une fouine au moment de l'envol, lorsque tout juste volants, ils allaient dormir dans des arbres situés à proximité du site de libération et qui étaient très accessibles aux petits mustélidés tels que la Fouine. Un système empêchant le prédateur de grimper sur les arbres a été immédiatement installé. Cette intervention a heureusement révélé son efficacité et les autres poussins ont pu prendre leur envol. D’autre part, en 2010, un poussin réintroduit qui semblait très imprégné, a du être recapturé pour être renvoyé au centre d’élevage de Millau.

  Les suivis effectués montrent que l’âge moyen des poussins est de 21.4 jours à leur arrivée sur le site de libération, que l’âge moyen d’envol est de 35.6 jours et que l’âge de la dernière observation sur le site est de 50.8 jours.

Après leur départ du site de libération, il est difficile d'obtenir des informations sur la dispersion des poussins libérés. Cependant à la mi-août 2006, un dortoir de 650 Faucons crécerellettes à été découvert dans le département de l'Aveyron. La lecture des bagues a permis d'identifier 15 individus d'origine française dont 5 individus de l'Aude (bagues: vtt, vtm, vtv, vu0, vu1)! Les poussins réintroduits ont donc parcouru environ 80 kilomètres depuis le site de libération pour rejoindre des individus sauvages présents dans le sud de la France. Malgré leur origine captive, ils se sont rapidement intégrés à la population sauvage, c'était un signe positif supplémentaire quant au succès futur de cette opération de réintroduction. Au cours des années suivantes, un poussin réintroduit dans l'Aude (w64) en 2007 a été observé le 28 août 2007 en plaine de Crau, soit à près de 140 kilomètres à vol d'oiseaux en direction ouest nord ouest. De même en 2008, où un poussin libéré dans l'Aude (071) a été observé en plaine de Crau le 14 août 2008.

Formation d'une nouvelle population

Ce suivi consiste à déterminer au cours du printemps suivant, soit après leur migration hivernale, le taux de retour des individus libérés et à identifier et suivre les premiers cas de nidification sur le site de libération. Pour cela, une équipe d'observateurs a été mise en place par la LPO Aude sur le site de libération de la mi-avril à la fin du mois de juillet depuis 2007.

  Le taux de retour varie selon les années : il est de seulement 20.7 % pour les poussins de 2007 et de 61.5 % pour ceux de 2010. Le taux moyen de retour est de 39.7 %. Ce taux est un excellent résultat puisqu’il est supérieur aux taux notés pour d'autres opérations de réintroduction menées en Espagne. En effet, ces taux varient habituellement entre 20 % et 30 %. Cela est peut-être du à la qualité du suivi mis en place par la LPO Aude et peut être aussi à l'isolement du site de libération par rapport aux colonies sauvages les plus proches (40 kilomètres pour celle de l'Hérault, 100 kilomètres pour celle de Catalogne et 140 kilomètres pour celle de Crau).

Au début mai 2007, deux premiers couples se sont formés et une femelle a pondu dans l’un des nichoirs du site de libération. L'année suivante, en 2008, il y avait 5 couples nicheurs. En 2009, il y avait 12 couples nicheurs. Le nombre de couples nicheurs obtenu en 2009 était supérieur à l’objectif initial (10 couples). Cependant, la productivité de la colonie demeurait encore trop faible en 2009 (1.25 jeunes par couple nicheur) pour assurer la croissance de la population. Par conséquent, les réintroductions ont été poursuivies après la fin du LIFE durant un an pour atteindre un niveau de productivité au moins égal à 2 poussins par couple nicheur, valeur considérée comme suffisante pour assurer la croissance de la nouvelle population sans recourir à de nouvelles réintroductions.

  Depuis 2011, la population audoise présente une productivité (nombre de poussins produit par couple nicheur) supérieure à 2, valeur qui lui permet de se développer sans l’apport de poussins réintroduits. Le nombre de poussins sauvages produits est de 54 en 2011, de 46 en 2012, de 62 en 2013 et de 75 en 2014. Les succès reproducteurs sont depuis 2009 très élevés et rendent compte d’une disponibilité alimentaire sur le site audois très favorable à l’espèce. On remarque qu’ils sont supérieurs aux valeurs constatées pour les populations cravenne et héraultaise déjà considérées comme excellentes. Le nombre de couples nicheurs est en augmentation (25 couples en 2014) et devrait atteindre dans les prochaines années l’effectif minimum estimé à 50 couples pour une population viable.

 Par contre les survies juvéniles et adultes, ainsi que les fréquences de reproduction adultes demeurent encore faibles. La cause probable est une dispersion importante des individus sur d’autres sites, et plus particulièrement, en direction de la population héraultaise et de la plaine de Crau (cinq cas d’individus nicheurs constatés de puis 2007). Cependant, ces valeurs devraient s’améliorer avec l’augmentation de l’effectif nicheur et l’occupation de différents sites de nidification. Fait positif, en 2012, l’espèce a occupé avec succès quatre sites de nidification distincts : le cabanon LIFE (8 couples), le mas de la Bâtisse haute (1 couple), le mas de Pradines (1 couple) et fait nouveau, le village voisin de Fleury d’Aude où trois couples se sont reproduits sous deux toitures.