Éolien : trois nouveaux cas de mortalité de Faucon crécerellette / LPO Hérault

Après les deux cas recensés en 2011, trois nouveaux cas de mortalité par collision avec une éolienne ont été relevés en 2012 sur l’ensemble des parcs éoliens situés sur le causse d’Aumelas (Hérault), tous constatés dans le cadre d’un suivi mortalité réalisé par la LPO Hérault pour le compte de plusieurs Sociétés projets représentées par la société EDF EN France.

 Pour rappel, un cas de mortalité avait été découvert le 22 septembre 2011 à 13 mètres d’une première éolienne. Il était en très bon état et avait été déterminé sur place comme un mâle immature. Pour diagnostiquer précisément la cause de la mort et des blessures, l’oiseau avait été porté à un docteur Vétérinaire qui l’avait autopsié. Il avait alors pu établir que l’oiseau présentait une fracture du fémur droit, le sac aérien droit percé et un emphysème sous-cutané. Le gésier était plein et l’oiseau semblait en bonne santé générale. L’ensemble de ces éléments semble confirmer que l’oiseau était mort suite à une collision. L’état de fraicheur du cadavre indiquait une mort récente, soit probablement autour du 21 septembre.

L’oiseau portait trois bagues. De ces bagues, il s’avère que l’oiseau était né au centre de reproduction de Millau, pour être relâché au centre de réintroduction de Fleury d’Aude dans l’Aude en 2010.

 L’autre cas était relatif à la découverte d’un cadavre de mâle immature, constaté quelques mois auparavant, le 1er juillet 2011 à 21 mètres d’une éolienne. La cause de la mortalité pouvait être imputée très probablement à la collision avec une pale en mouvement. Le cadavre était en mauvais état. Il ne restait plus que les ailes, une partie du dos et la tête avec seulement quelques plumes. Ces caractères montraient qu’une prédation partielle avait eu lieu et ont permis une estimation de la date de mortalité de 2 à 7 jours (dernière semaine de juin).

 À 16m sous cette même éolienne, c’est un nouveau cas constaté l’année suivante, le 29 juin 2012. L'observation des restes (deux ailes, une patte et le crâne nu) a permis d’identifier un Faucon crécerellette mâle de deuxième année. Le constat du vétérinaire a fait état d'un rapace de petit format dont la mort était ancienne (une semaine ?) : cadavre complètement momifié, présence de nombreux insectes. Au regard de la localisation du cadavre, il était pourtant impossible de ne pas voir ce dernier lors du précédent passage de la LPO, soit 3 jours auparavant,laissant planer un certain doute sur les circonstances et la localisation précise de la mort. Seul le squelette fut examinable. Ont été constatés une fracture en biseau du tibia gauche avec absence de l'extrémité du membre, une fracture du crâne à gauche et pas de présence de plomb à la radiographie, soit le diagnostic d’un décès probablement par traumatisme crânien.

 Toujours sous cette même éolienne, un nouveau Faucon crécerellette mâle adulte a été trouvé à 11m le 13 août 2012. La radiographie a permis de confirmer la présence d’une fracture bilatérale des tibias juste au-dessus de l’articulation avec les tarsometatarses. Le cadavre était par ailleurs éviscéré et desséché. L’ensemble de ces éléments traduisant une nouvelle fois une mort probable par collision, estimée à moins d’une semaine.

 Pour finir en 2012 sur ce même parc, mais quelques éoliennes plus loin, c’est un nouveau cas qui est découvert le 7 août à 50m de l’éolienne. De bonne constitution, c’est une femelle qui est identifiée. Le constat du vétérinaire ne fait pas état de fracture, de plaie, ni de plomb, mais souligne la présence de sang dans la bouche pouvant laisser supposer un choc sur la tête.

Au final, ce sont donc 5 Faucons crécerellette qui ont été découverts sur l’ensemble du causse d’Aumelas depuis 2011.

 Lors de la réalisation en 2005/2006 de l’étude d’impact concernant le projet de construction de nouveaux Parcs Éoliens sur le causse d’Aumelas (constituant plus de la moitié des éoliennes du causse), seule une vingtaine de couples était répertoriée dans le village de St Paul de Mauchiens, situé à 10 km environ du parc éolien. En 2011, ce sont près de 130 couples nicheurs localisés sur le pourtour Sud et Est du causse d’Aumelas (4 villages au total) qui ont pu être inventoriés.

Même si ces cas ne remettent pas en cause la dynamique de la colonie héraultaise sans cesse en augmentation ( ils reflètent les contraintes que peut subir l’avifaune, et notamment les rapaces, face à ces infrastructures qui se développent au sein d’un territoire à forts enjeux environnementaux. Ils soulignent également l’importance d’engager des suivis systématiques de la mortalité sur ces infrastructures, au sein de territoires à enjeux, suivis qui apparaissent essentiels à la bonne prise en compte des impacts potentiels ou avérés.
La LPO 34 et EDF EN France représentant l’ensemble des Sociétés projet du causse d’Aumelas ont dans cette optique mis en œuvre un suivi de mortalité sur les éoliennes du causse d’Aumelas depuis l’année 2008, suivi qui n’a cessé d’évoluer (méthodologie, fréquence…) jusqu’à aujourd’hui.

Concernant le causse d’Aumelas, nous observons depuis quelques années la recrudescence d’oiseaux en chasse sur ce territoire, et notamment sur les zones de garrigue. En effet, autrefois ces habitats de type causse à pelouse sèche et garrigue à Chêne kermès (Quercus coccifera) semblaient délaissés durant la période de reproduction au profit des périodes pré et post nuptiales. Or aujourd’hui nous constatons que les oiseaux fréquentent le causse d’Aumelas durant toute leur période de présence en France, y compris durant la période de nourrissage des oisillons. Cette fréquentation continue semble être le fruit tout aussi bien d’oiseaux immatures que d’oiseaux adultes, d’oiseaux nicheurs que d’oiseaux non nicheurs.

À ce stade, au vu de l’augmentation continue des noyaux héraultais et de leur distribution géographique qui aurait tendance à cibler préférentiellement le causse d’Aumelas, il est envisageable que de nouveaux cas de mortalité soient découverts chaque année lors des suivis

C’est pourquoi, suite à la découverte des 2 cas de mortalité en 2011, un travail qui se veut constructif a été mis en œuvre entre la LPO 34 et la société EDF-EN France afin :
1) de préciser la compréhension de l’impact évolutif de ces éoliennes sur cette espèce,
2) de préciser les connaissances sur l’exploitation évolutive du causse par les crécerellettes : mise en œuvre d’une étude ciblée sur l’exploitation des habitats de chasse du causse situés sur, ou à proximité immédiate, des parcs éoliens du causse d’Aumelas, en complément des suivis sur les autres espèces nicheuses réalisés par la LPO 34 pour l’ensemble des Sociétés Projet du causse d’Aumelas représentées par EDF EN France;
3) d’engager des mesures pour réduire voire supprimer les incidences de ce parc sur l’espèce, grâce notamment aux résultats de l’étude ciblée citée ci-dessus.

Signalons qu'en termes de mesures compensatoires à la construction d’un des parcs, EDF EN France et la LPO 34 se sont lancés depuis 2008 dans un projet ambitieux d’ouverture des milieux afin de favoriser les territoires de chasse des rapaces : aujourd’hui, près de 75 ha de terrains ont été ciblés et près de 60 ha effectivement débroussaillés.

Outre l’ensemble de ces mesures, EDF EN France et la LPO 34 ont décidé de doubler la fréquence des suivis mortalité (deux passages hebdomadaires à partir de 2012 contre un seul de 2008 à 2011) afin d’affiner les résultats de ces suivis et de vérifier que les découvertes de 2011 ne sous-estimaient pas les cas de mortalité. Avec 3 cas recensés en 2012 (pour une fréquence doublée par rapport à 2011 où 2 cas de mortalité avaient été recensés), il semble donc que les chiffres annoncés sont bien représentatifs.