Migration et hivernage

 

Introduction

Les migrations et l’hivernage représentent sept mois de la vie du faucon crécerellette. Jusqu’à récemment, il existait très peu d’informations sur la biologie et l’écologie du Faucon crécerellette durant cette période. L’émergence à partir de 2003 de stationnements post-nuptiaux dans le sud de la France et la découverte en 2007 d’une importante zone d’hivernage au Sénégal ont totalement modifié notre perception des migrations et de l’hivernage de la population d’Europe de l’ouest. De plus, le progrès technique a permis d’équiper les Faucons crécerellettes de petites balises dans plusieurs pays européens (Espagne et Portugal) afin de suivre leurs migrations jusque dans leurs quartiers d’hivernage africains.

 

La dispersion postnuptiale

Historique

Depuis 2003, des rassemblements de Faucons crécerellettes stationnent dans divers départements du sud de la France du début août à la fin septembre. C'est un phénomène connu en Espagne où ces regroupements de juvéniles sont généralement observés à de plus hautes latitudes et altitudes que celles du site de naissance (Olea, 2001). Le fait que cela se produise en France depuis quatre ans est probablement lié à l'évolution positive des effectifs en Espagne et au Portugal et plus particulièrement, dans le nord de l'Espagne où les effectifs des populations de Catalogne et de la vallée de l’Ebre ont fortement augmenté depuis quelques années (Pomarol et al., 2004 ; Alcantara de la Fuente, 2004). Ce phénomène pourrait être également lié à la disponibilité des ressources alimentaires. En effet, les faucons pourraient être conduits à rechercher des zones d’alimentation plus au nord lorsque les ressources trophiques sont insuffisantes en Espagne.
La principale hypothèse pour expliquer ce phénomène de regroupement est la recherche de sites présentant de fortes densités de proies (principalement des orthoptères), on sait en effet que les milieux d'altitude présentent des pics de densités de criquets et de sauterelles plus tardifs ; ce phénomène a probablement aussi un rôle social avec l'apprentissage des techniques de chasse grégaire pour les jeunes oiseaux, comportements qui leur serviront durant toute la période hivernale en Afrique de l'ouest où les oiseaux adoptent des comportements similaires (formation de dortoirs et activités de chasse en groupe).
Ces mouvements post-nuptiaux entraînent parfois certains individus dans des lieux situés très au nord de leurs sites de naissance ou de nidification. En Espagne les juvéniles se dispersent principalement en direction du nord à une distance moyenne de 210 kilomètres (Oléa, 2001). Cette distance peut parfois être beaucoup plus élevée puisque des individus juvéniles portugais ont été observé dans le sud de la France à 1 250 kilomètres de leur lieu de naissance, un mois après leur envol.

Localisation et effectifs

Ces dortoirs post-nuptiaux sont situés en région Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon dans les départements des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, du Tarn, de l’Aveyron et de la Lozère. Ils sont situés au nord des sites de nidification et généralement à plus haute altitude que les secteurs de nidification (Aude : Plateau de Sault (900 mètres) et Montagne Noire ( 400 mètres), Aveyron (450 mètres), Pyrénées-Orientales (1 500 mètres), Lozère (950 mètres), Haute-Garonne (300 mètres).
Le début des stationnements débute fin juillet, culmine durant la dernière semaine d’août pour s’achever fin septembre. Les effectifs comptabilisés ont été très variables d’une année sur l’autre. En effet, en 2005 et 2006, les effectifs variaient entre 1 300 et 1400 individus. Par contre, en 2004, 2007 et 2008, les effectifs étaient très inférieurs et seulement compris entre 75 et 250 individus. En 2011 et 2012, des afflux particulièrement importants de faucons ont été observé avec respectivement 1900 et 3 916 individus. Puis, en 2013, 2014 et 2015, les effectifs sont beaucoup plus faibles et avoisinnent les 700 individus. Les résultats des comptages sont indiqués dans le tableau suivant.
Les faucons utilisent régulièrement des pylônes haute tension comme dortoir ou pré-dortoir comme en Aveyron, dans la Montagne Noire et sur le Plateau de Sault mais aussi, des arbres comme en Cerdagne, en Lozère ou en Haute-Garonne. En Espagne, l’utilisation de postes électriques est aussi régulièrement observée et des cas d’électrocution ont été constatés (Ursua, 2006).

 

Origine et âge ratio

Le contrôle des oiseaux bagués permet d’obtenir quelques renseignements sur l’origine des faucons. Par exemple en 2006 dans l'Aveyron, 13 individus bagués venaient de Crau (8 juvéniles et 5 subadultes), 5 juvéniles bagués avaient été libérés dans l'Aude en juin 2006, 1 juvénile bagué avait une origine portugaise et 14 autres (juvéniles, subadultes et adultes) avaient probablement une origine espagnole. D'après les proportions d'oiseaux bagués dans les populations d'origine, on peut estimer que sur les 650 individus présents dans le dortoir Aveyronnais, 30 à 40 individus avaient une origine française et les autres, soit la grande majorité (plus de 90 %), une origine ibérique.
Les bagues lues et le plumage des individus permettent d’estimer leurs âges, dans le groupe aveyronnais observé durant l’été 2006, la plupart des individus étaient des juvéniles (nés en 2006) ou des subadultes (nés en 2005) à proportions relativement égales, moins de 5 % des individus étaient plus âgés (Pilard, inédit).
Par contre, à proximité des colonies de nidification, les dortoirs observés en août et septembre, rassemblent des individus en majorité adultes probablement originaires des colonies locales.

Régime alimentaire

L’analyse des pelotes de rejection récoltées sous différents dortoirs au cours de plusieurs années montre que le régime alimentaire varie en fonction de la localisation du dortoir et de l’année, probablement en relation avec les disponibilités alimentaires présentes sur chaque site. Globalement, le régime alimentaire est à base d’orthoptères (criquets et sauterelles). Les années pauvres en Criquets, on constate sur certains sites une diminution de la proportion des Orthoptères et une augmentation des proportions de micromammifères.

 

Les voies de migration

C'est seulement à la fin août que commence la véritable migration d'automne, qui culmine en septembre en région méditerranéenne. L'espèce n'est observée qu'en petit nombre aux lieux de passages maritimes (détroits de Gibraltar (sud de la péninsule ibérique) et de Messina (Italie)). Le faucon crécerellette est probablement capable de traverser la mer méditerranée comme le laissent penser sa nidification en Sardaigne et quelques observations réalisées en mer. D'une façon générale, la migration de départ n'a rien de spectaculaire et l'oiseau n'est observé qu'à son arrivée dans l'aire d'hivernage. La migration de printemps passe moins inaperçue et l'on voit régulièrement des petits groupes se diriger vers le nord.

Les quartiers d'hiver d’Afrique de l’ouest sont fréquentés d'octobre à mars. La majorité des oiseaux quittent l'Afrique courant février et mars ; les derniers présents étant observés en avril. Les premiers oiseaux arrivent en Afrique du Nord et dans le sud de l’Espagne à la mi-février et les derniers arrivent en mai. Les premiers individus sont généralement notés à partir de début mars en France.

En ce qui concerne les voies de migration, plusieurs auteurs (Moreau, 1972 ; Bergier, 1987 ; Isenman & Moali, 2001 ; Thevenot et al., 2003) s’accordent pour décrire une migration post-nuptiale diffuse, sur un large front et à haute altitude tandis que la migration de retour s’effectuerait sur un front plus étroit, à basse altitude et avec de fréquentes concentrations d’individus. Heim de Balzac & Mayaud (1962) émettent même l’hypothèse d’une migration en boucle pour la population ouest européenne : les individus traverseraient le Sahara sur un large front et le retour s’effectuerait principalement par le Sahara occidental, après un hivernage en Afrique de l’Ouest.

 

Les quartiers d’hivernage

Localisation et effectifs

La grande majorité des Faucon crécerellette hiverne en Afrique, au sud du Sahara. Une minorité d’adultes séjournent en hiver dans la partie sud de son aire de nidification comme dans le sud de l'Espagne et de la Turquie et en Afrique du Nord, (Tella & Forero, 2000).

Plusieurs auteurs ont émis l’hypothèse que les population nichant en Europe occidentale hiverneraient en Afrique de l’Ouest tandis que les populations plus orientales le feraient en Afrique australe (Moreau, 1972). Les indices qui viennent appuyer cette hypothèse sont, tout d’abord, le baguage qui a permis de mettre en évidence des trajets entre l’Afrique du Sud et le Kazakhstan et l’Arabie saoudite (Pepler & Matin, 2001), le retour particulièrement précoce des oiseaux sur les sites de reproduction d’Afrique du Nord et d’Europe de l’Ouest (Heim de Balzac & Mayaud, 1962), et plus récemment, des analyses génétiques (Wink et al., 2004 ; Rodriguez et al., 2011).

La population hivernante d’Afrique du Sud a été l’objet de nombreux suivis et études (Pepler & Matin, 2001 ; Siegfried & Skead, 1971 ; Pepler et al., 1994 ; Kok et al., 2000), tandis que jusqu’à récemment il existait très peu d’observations publiées concernant l’hivernage en Afrique de l’Ouest.

En Afrique du sud, un recensement coordonné effectué en 1966 permet d’estimer la population hivernante à 154 000 individus répartis dans 155 dortoirs ; la moitié de l’effectif (74 000 individus) étant concentré dans l’état libre d’Orange (Siegfried & Skead, 1971). Les effectifs ont probablement diminué entre 1966 et 1985 puisqu’un recensement effectué en 1985 dans l’état libre d’Orange permet de recenser seulement 33 900 individus dans 26 dortoirs (Roos & Roos, 1986). Cela suggère un déclin de 54 % durant cette période de 19 ans (1966-1985). Entre 1985 et 1992, Mac Cann (1994) estime le déclin des effectifs à 52 % dans l’état libre d’Orange.
Plus récemment, des recensements systématiques sont mis en œuvre depuis 2005 en Afrique du sud, ils ont permis de comptabiliser : 118 000 Faucons crécerellettes dans 45 dortoirs en janvier 2006, 100 171 individus dans 42 dortoirs en janvier 2007, 76 000 individus dans 31 dortoirs en janvier 2008 et 57 300 dans 27 dortoirs en janvier 2009 (informations obtenues sur http://www.kestreling.com/).

En Afrique de l’ouest, la plupart des observations avant 2007 font état de groupes importants mais très occasionnels de Faucons crécerellettes, soit en migration active telle cette observation de milliers d’individus en vol vers le nord le 18 février 1958 à Richard Toll (Sénégal), soit exploitant les pullulations de criquets pèlerins Schistocerca gregaria, tels ces 840 individus présents le 16 janvier 1989 dans le delta du fleuve Sénégal (Triplet et al., 1993), ou encore, ce rassemblement de quelques 3 200 individus le 12 janvier 1993 au Parc National des Oiseaux du Djoudj (Sénégal) (Triplet & Yesou, 1995). En dehors de ces rassemblements occasionnels, peu de données concernent la répartition de cette espèce en Afrique de l'ouest. Thiollay (1977) a rencontré l’espèce en zones sahélienne et soudanienne, dans la plupart des pays d’Afrique occidentale, en petits groupes épars, avec une concentration d’individus dans le delta intérieur du Niger (Mali). Au Sénégal, Morel & Roux (1966) le citent surtout comme migrateur post et prénuptial compte tenu du faible nombre de données hivernales. Thiollay & Dupuy (1970) citent deux observations dans la région du Niokolo-Koba en janvier 1969 dont un groupe d’environ 80 individus en chasse au-dessus d’un feu de brousse. Sauvage & Rodwell (1998) le citent comme occasionnel à régulier dans le centre ouest du Sénégal entre 1984 et 1994. Isenmann (2005) l’observe également au Sénégal à proximité de Kaolack en janvier 2005. En Gambie, Barlow et al. (1997) le qualifient de migrateur régulier de décembre à mars avec l’observation exceptionnelle de plusieurs centaines d’individus en mars 1994. Au Mali, Lamarche (1980) dit qu’il ne s’observe guère qu’au passage avec quelques individus notés dans l’est du pays en octobre et des groupes importants observés dans la zone sahélienne en février et mars au cours du transit prénuptial. Au Tchad, à l’Est dans la région de Ouaddaï, Salvan (1967) dit qu’il est le rapace paléarctique le plus commun d’octobre à janvier. Cet auteur l’a observé en chasse sur les pullulations de Schistocerca gregaria et d’Anacridium sp. et indique que les arrivées en groupes de 20 à 30 individus s’effectuent début octobre et que les dernières observations ont lieu habituellement à la mi-janvier. Elgood et al. (1964) le décrivent comme un hivernant régulier sur le Plateau de Jos au Nigeria mais occasionnel pour les autres régions du pays. Ils le considèrent plus commun au Niger où plusieurs groupes de 30 à 50 individus ont été observés en décembre 1956. En cela, ils contredisent la synthèse de Giraudoux et al. (1988) qui le considèrent comme très peu commun au Niger. Plus récemment, Pilard et al. (2004 & 2005) ont observé plusieurs groupes totalisant quelques centaines d’individus dans les secteurs de Tahoua et de Maradi au Niger.

En 2007, un dortoir remarquable regroupant plus de 28 000 individus a été découvert au Sénégal (Pilard et al., 2011). Le Faucon crécerellette était accompagné dans ce dortoir par une autre espèce de rapace insectivore et grégaire, l’Elanion naucler. En janvier 2008, ce dortoir regroupait 24 000 Faucons crécerellettes et 36 000 Elanion naucler, soit un effectif global de 60 000 rapaces insectivores. Ces effectifs représentent probablement plus de 30 % de la population d’Europe de l’ouest et d‘Afrique du nord du Faucon crécerellette mais aussi une part probablement importante de la population mondiale de l'Elanion naucler, espèce peu connue dont BirdLife International estime l’effectif mondial à moins de 10 000 individus matures. Ce dortoir était situé sur une île du fleuve Saloum, l’île Kousmar, à proximité de la ville de Kaolack.

Les habitats

    En Afrique du sud, le Faucon crécerellette exploite principalement les régions de savannes ouvertes (Karoo) ; les habitats plus arides (Kalahari) ou plus boisés (régions du nord-est) sont moins utilisés (Mac Cann, 1994).
Au Sénégal, dans la région de Kaolack, les faucons chassent dans les savanes cultivées et les savanes pâturées. Le rayon d’action autour du dortoir est très important puisque des Faucons crécerellettes ont été observés en chasse jusqu’à 55 kilomètres de leur dortoir. Pour comparaison, Mac Cann (1994) a observé des individus en chasse jusqu’à 32 kilomètres de leur dortoir en Afrique du sud.

Régime alimentaire

En Afrique du sud, plusieurs études indiquent un régime à base d’Orthoptères, de Coléoptères, d’Isoptères, de Solifugae et de Chilopodes (Kopij, 2002 ; Kok et al., 2000), par contre, il existe peu d’informations publiées sur son régime alimentaire en Afrique de l’ouest à part quelques observations de Faucon crécerellette en chasse sur le Criquet pèlerin Schistocerca gregaria, sur le Criquet des oiseaux Ornithacris carvoisi et sur les criquets arboricoles tels que Anacridium melanorhodon. Récemment, des pelotes récoltées sous le dortoir sénégalais ont permis de quantifier les proies consommées. Riols (inédit) a trouvé une majorité d’orthoptères (95 % en 2007 et 76 % en 2008). Une grande espèce d’orthoptère, Ornithacris cavroisi, était dominante au cours de ces deux années, avec 90 % des proies au cours de l’hiver 2006/2007 et 46 % en 2007/2008.

Comportements

Dans ses quartiers d’hivernage, le Faucon crécerellette est très grégaire : il chasse en groupe et se rassemble la nuit en vastes dortoirs pouvant compter jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’individus. Cependant, des observations réalisées au Niger et au Sénégal montrent que l’espèce peut aussi ne pas former de dortoir fixe et pérenne, comportement pouvant être lié à une forte mobilité des groupes sur les zones d’alimentation (Pilard et al., 2005 ; Mullie, com. pers.).

En activité de chasse, les faucons pratiquent la chasse en vol et le vol stationnaire. Ils s’associent fréquemment aux troupeaux de bovins, de caprins et d’ovins qui du fait de leurs déplacements provoquent l’envol des criquets et des sauterelles (Pilard et al., 2004 & 2005). De même, il s’associe fréquemment avec les bandes de Hérons gardeboeufs ou de Cigognes blanches afin de profiter de l’envol des orthoptères (Wim Mullié com. pers.). Le vol stationnaire est généralement pratiqué pour localiser puis capturer les criquets au sol en absence de dérangement. Au Niger, l’espèce a été observée en chasse sur les agrégations de criquets arboricoles qui se réfugient dans les acacias épineux ; pour les en déloger, les Crécerellettes viennent au plus près pour les effrayer et provoquer leur envol. Ils peuvent aussi profiter du dérangement des criquets arboricoles par l’homme, tel le passage d’un Touareg sur son dromadaire (Pilard et al., 2004 & 2005).

Le Faucon crécerellette est capable de se regrouper localement en bande de plusieurs centaines ou milliers d’individus pour exploiter les pullulations de Criquets pèlerin lorsqu’elles se produisent (Triplet et al. ,1993 ; Triplet & Yesou, 1995). Il est probable que l’espèce adopte alors une stratégie de chasse très grégaire et très mobile pour pouvoir exploiter les bandes de Criquets pèlerin et de criquets arboricoles en déplacements continuels.

 

Conservation du dortoir de l’île Kousmar

Introduction

En 2007, après des recherches dans plusieurs pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina-Faso, Sénégal), la LPO découvre un important dortoir de Faucons crécerellettes, localisé au Sénégal sur l’Ile Kousmar, communauté rurale de Nidaffate, près de Kaolack. Le dénombrement d’environ 28 000 oiseaux indique que le site abrite entre 30 et 50% de la population nicheuse européenne de cette espèce. Environ 30 000 Elanions naucler, rapace africain migrateur à l’écologie mal connue, sont également présents dans ce dortoir. De par son importance ornithologique, l’île Kousmar focalise donc depuis 2007 l’intérêt de la LPO, de BirdLife Programme Afrique, de la Direction des Parcs Nationaux et de la Direction des Eaux, Forêts, Chasse et Conservation des Sols au Sénégal.
Après plusieurs missions d’études, un projet de conservation est élaboré par la LPO avec le soutien financier de la fondation MAVA, il s’intitule « Conservation participative et valorisation de l’île de Kousmar et des terroirs villageois par la mise en place d’un espace naturel communautaire ». Ce programme de conservation d’une durée de 3 ans a été élaboré en partenariat avec l’association sénégalaise Nature-Communautés-Développement, les autorités sénégalaises responsables du site (Direction des Eaux et Forêts) et la population locale de Ndiaffate. Le projet vise la création d’un Espace Naturel Communautaire, organisation la mieux à même de contribuer à la protection du site par l’implication de la population locale.

L’île Kousmar et les activités humaines

L’île Kousmar est exploitée par la population locale en saison sèche pour la récolte des graminées qui sont utilisées comme fourrage et pour la construction des toits et des palissades. Quatre espèces de graminées sont actuellement prélevées sur l’île et constituent une source de revenus importante localement. Le ramassage du bois mort est effectué pour l’usage domestique et pour la vente. La cueillette des fruits et des écorces complète ces usages, tous autorisés en Forêt classée. La pratique du charbonnage a disparu mais la coupe illégale de bois semble régulière malgré son interdiction en Forêt classée.
L’île de Kousmar concentre donc des enjeux forts de conservation de la biodiversité et représente aussi un patrimoine économique et culturel important pour les habitants. Le bon état de conservation des milieux et la présence du dortoir de rapaces seraient liés à plusieurs facteurs: le caractère insulaire et relativement inaccessible de l’île, un contrôle à la fois administratif et coutumier des droits d’accès et d’usages du site, renforcée par la présence d’une colonie d’Hyènes tachetées Crocuta crocuta qui inspire une certaine crainte à la population locale.

Objectifs du programme

  • Stopper le déboisement illégal et améliorer les pratiques entraînant la dégradation des milieux naturels de Kousmar, en particulier ses ligneux.
  • Lutter contre la dégradation des ressources vivantes sur l’île Kousmar et dans les terroirs des 7 villages ciblés de Ndiaffate.
  • Mettre en place un système efficace, cohérent et pérenne de protection, de prélèvements et de production de ressources naturelles sur l’île Kousmar et dans les terroirs de la Communauté rurale de Nidaffate.
  • Augmenter la capacité et l’autonomie des acteurs locaux à prendre en charge les problématiques environnementales qui se posent localement.
  • Pérenniser un Observatoire des rapaces insectivores à Ndiaffate contribuant à la conservation des espèces menacées.
  • Contribuer à l’émergence et au renforcement des capacités opérationnelles de l’association Nature-Communautés-Développement (NCD).

Actions mises en œuvre

Volet I - Protection et encadrement des prélèvements des ressources vivantes de l’île Kousmar

  • Organisation d’un atelier sur les usages des ressources vivantes sur Kousmar et dans les terroirs. Cet atelier permettra de définir les règles de prélèvements des végétaux sur l’île Kousmar en les adaptant aux enjeux actuels.
  • Organisation d’un atelier sur les priorités de gestion et de restauration de Kousmar. Des replantations à vocation écologique, économique et médicinale et des aménagements de lutte contre l’érosion et la salinisation pourront être planifiées.
  • Soutien à la DEFCCS pour maintenir une certaine pression de surveillance et assurer également un suivi du couvert végétal.

Volet II - Restauration et gestion des ressources naturelles

  • Création d’un centre de formation et de ressources. Le projet propose de venir en appui aux groupements de femmes en mettant en place une dynamique d’autoformation. Les priorités de formation pour 2010 sont : création et utilisation de compost et d’engrais verts, initiation aux techniques horticoles et agro forestières, initiation aux techniques d’élevage avicole, établissement de pépinières et de bois villageois, autonomisation en semences et lutte contre les ravageurs, diversification des activités génératrices de revenus, mise en place d’un microcrédit.
  • Organisation de chantiers d’éco-volontaires
  • Sensibilisation et éducation à l’environnement
  • Réalisation d’études scientifiques et de recherche avec les universités sénégalaises

Volet III - Un observatoire sur les rapaces acridivores : études, recherches et conservation

  • Dénombrements des rapaces du dortoir de l’île de Kousmar.
  • Détermination des habitats et des secteurs d’alimentation des rapaces, ainsi que leurs potentialités alimentaires.
  • Détermination du régime alimentaire du Faucon crécerellette et de l’Elanion naucler.
  • Préciser la distribution, les effectifs et l’origine des rapaces insectivores au Sénégal.
  • Réalisation d’une synthèse bibliographique sur les modalités de traitements anti-acridiens.
  • Formation de compteurs du dortoir et transfert du suivi des actions à NCD.

Volet IV - Communication et valorisation du programme

  • Réalisation d’ethnoguides naturalistes sur l’île Kousmar et ses terroirs périphériques.
  • Réalisation d’une plaquette de présentation du programme et d’une exposition photographique.
  • Réalisation d’un clip sur l’Espace Naturel Communautaire de Kousmar.
  • Expérimentation d’un séjour nature LPO afin de tester un circuit touristique naturaliste au Sénégal dont l’île Kousmar serait l’étape phare.
  • Inauguration officielle de l’Espace Naturel Communautaire de Kousmar.

Volet V - Renforcement de l’association Nature-Communautés-Développement (NCD)

L’association NCD est responsable de la conduite du projet au niveau local et du développement de l’Espace Naturel Communautaire. Pour cela un coordinateur a été embauché à plein temps, ainsi qu’un trésorier et un responsable scientifique à temps partiel. Il est prévu de renforcer les compétences de NCD grâce à l’appui de diverses ONG dont Birdlife Afrique.