Discussion sur la reproduction du Faucon pèlerin dans les Vosges 2016

Comme chaque année, la période de reproduction avait bien démarrée, les couples connus étaient bien présents, la météo un peu moins favorable que l’an passé avait quelque peu retardé le démarrage. Au fil des semaines, la situation s’est dégradée : moins de couples présents, certains couples ayant un comportement bizarre, apparemment en couvaison, puis, utilisation d’une autre aire, pour terminer par ne plus avoir un comportement de couple nicheur. Pour d’autres, des prédations conclurent leur année de reproduction, et pour d’autres encore, un abandon pur et simple, sans prédation par la suite, de la ponte. D’après nos recherches sur les raisons de ces abandons, il est apparu que la météo n’était pas particulièrement en cause. Pour un cas, l’abandon ayant eu lieu avant la période de mauvais temps de fin avril et mai. Dans ce cas, le dérangement est le plus probable. Pour étayer cette supposition, citons un autre cas sur un autre site, où la femelle avait été observée en couvaison active, mais plus rien en fin de période, et lors de notre passage nous avons remarqué qu’un nouveau sentier de randonnée avait été créé, dans le secteur immédiat du site, pendant la période de nidification. Je ne parle même plus de l’explosion des points de vue qui ont éclos sur les sommets des pans rocheux, avec balisages.

Pour donner une idée de la situation :
parmi les sites connus, 13 sont des points de vue, dont 6 équipés pour l’escalade, et avec sentiers de randonnée balisés, en plus.
3 sites sont placés directement sur et/ou sous des sentiers de randonnée, pour certains hyper balisés C V. (Club Vosgien)
1 est au milieu d’un parc d’aventure style "accro branche", ce site ne sera plus utilisé par le Faucon pèlerin au vu des installations nouvelles.
1 site se situe juste au dessus de pistes de skis.
Soit 18 sites connaissant régulièrement des dérangements tout au long de l’année.

Sur les 15 sites restant : 7 ne sont plus visités par les Faucons pèlerins, dont 2 occupés par le Grand-Duc de façon certaine, 1 avec suspicion de présence du Grand-Duc, 1 occupé par le Grand Corbeau ;
1 sert uniquement de dortoir ;
1 ne reçoit qu’épisodiquement des Faucons pèlerins souvent de passage ;
2 sont utilisés régulièrement par les Pèlerins, mais 1 est tributaire de la météo, et l’autre souvent victime de prédation.
1 est situé en pleine forêt, mais n’est pas encore occupé de façon assidue.
2 ne sont pas renseignés pour leur possibilité de dérangement.
1 ne convient plus au Faucon pèlerin en raison du remodelage du biotope (carrière en activité, avec extraction de blocs de granit, modifiant constamment le milieu).

AU FINAL

Seuls 2 sites connaissent un calme relatif lors de printemps favorables, à condition de ne pas être prédatés.

Pour en revenir à la météo, souvent montrée comme responsable d’échecs, deux sites au moins, situés sur des pans rocheux de type granitique ou assimilé, à 960 m et 950 m d’altitude, ont, pour l’un, permis une nidification réussie, et pour l’autre, connu l’échec par prédation lors de l’élevage des jeunes. A ces altitudes, la neige était souvent présente en avril et mai.
Les recherches de causes d’échec ne doivent donc pas se focaliser uniquement sur la météo lors des années pluvieuses ou froides.

La prédation animale faisant partie des aléas de la vie dans la nature, je ne dénoncerai pas ces voies de fait, je relèverai simplement la progression croissante du Grand-Duc d’Europe, responsable certain de plusieurs échecs, et suspectée fortement pour d’autres.

Par contre, la politique touristique, en grand développement dans le massif vosgien cause un tort certain. Alors qu’une charte pour la pratique raisonnée de l’escalade, était signée avec les différents partenaires et associations, le Club Alpin Français se permettait, avec la complicité d’une commune, d’ouvrir une voie de randonnée au milieu d’un pan rocheux, occupé depuis des dizaines d’années par un couple de Faucon pèlerin, avec, en prime, l’aménagement d’un point de vue sécurisé et balisé (C V), à vingt mètres de l’aire, en toute connaissance de cause de la présence du couple. Le site étant pourtant protégé par un arrêté municipal pour la réglementation de l’escalade mais pas forcément pour la randonnée, difficilement contrôlable.
A noter que le point de vue précité, n’était à l’origine, pas exploité, et n’avait pas lieu d’être mis en valeur.

Si aucune décision n’est prise d’ici peu, au niveau de la fréquentation des sites sensibles, et du dérangement occasionné, il est à prévoir une reproduction anecdotique des Faucons pèlerins vosgiens dans les années à venir.
A ce stade, à quoi bon continuer les suivis, puisque les alertes lancées laissent de marbre les administrateurs des différents services, et propriétaires ou adjudicataires des lieux (communes, et diverses associations ou clubs, utilisant les lieux pour leurs activités), laissant la part belle aux adeptes des sports de plein air, randonnée, vol à voile, escalade, découverte de points de vue, principalement.

Les résultats 2016 :

Sites connus : 33
Sites utilisés : 16
Sites non utilisés : 16
Sites non suivis : 5
Couples nicheurs : 12
Couples producteurs : 5
Echecs : 7
Jeunes à l’envol : 8
Moyenne jeunes/cples nicheurs : 0.66 meilleure moyenne recensée : 1.58 (2009)
Moyenne jeunes/cples producteurs : 1.60 meilleure moyenne recensée : 2.73 (2009)

Où est passé le temps où nous avions 24 jeunes à l’envol pour seulement 24 sites connus ?

Jean-Marie BALLAND.