Quand le Grand Corbeau s’installe dans un nichoir artificiel de Faucon pèlerin.

Installé en milieu naturel depuis plusieurs années, le nichoir artificiel réservé en priorité au couple de Faucons pèlerins bien implanté sur le site, a trouvé cette année un nouveau locataire quelque peu inattendu, en la personne d’un couple de Grands Corbeaux tout heureux de trouver un pied à terre et un toit pour sa reproduction. Les Faucons pèlerins ayant préféré, ou contraint de choisir, une petite vire à ciel ouvert, à une dizaine de mètres du nichoir.
Maître Corbeau n’était toutefois pas maître des lieux et des clauses de voisinage s’imposèrent aussitôt. Le respect de l’intimité des Faucons pèlerins ne souffrait d’aucune dérogation. Le départ et l’arrivée au nichoir devaient obligatoirement se faire, en toute discrétion, par la droite sous peine d’une vigoureuse volée de plumes de la part du Faucon pèlerin mâle.
Les Grands Corbeaux s’accommodaient de ces querelles de voisinage, et évitaient si possible les provocations. La cohabitation se déroulait normalement tout au long de la couvaison des deux espèces.
Les naissances ne tardèrent pas à arriver, d’abord chez la famille Grand Corbeau, puis plus tardivement chez les pèlerins. Mais là les événements prirent une tournure bizarre quelques jours plus tard. Le surveillant assurant le suivi de la reproduction des deux couples, constata un calme inquiétant de la part des Faucons, plus de querelles, plus de volées de plumes, plus de présence de ces derniers sur le site, plus troublant encore l’autorisation des Grands Corbeaux à se poser sur l’aire. Les soupçons d’une prédation, suite, peut être à une négligence, ou un relâchement des pèlerins, se portèrent sur les corvidés. La déprime s’installa chez le surveillant, qui continua néanmoins à suivre l’évolution de l’élevage des petits Grands Corbeaux. Mais quelques jours plus tard, nouvelle surprise, nouveau calme inquiétant chez les Grands Corbeaux cette fois, disparition des jeunes alors qu’ils n’étaient pas encore en age de voler, et quitter le nichoir; pas de manifestation non plus des parents. Nouvelle suspicion de prédation, mais là, en absence de preuves, bien que des hypothèses soient émises, le coupable ne sera pas désigné officiellement, seule certitude, la Martre des Pins est exclue des suspects, l’acces étant impossible pour cette dernière. Les interrogations sont toujours de rigueur en attendant un nouvel événement, qui peut être dénouera le mystère des disparitions.

Jean-Marie BALLAND