Suivi et conservation

Photo : Jean-Claude Capel ©

Le projet « pèlerin » expliqué par R.-J. Monneret

Le projet pèlerin, une opération de conservation lancée en 1974 pour reconstituer les effectifs de pèlerins sur la chaîne jurassienne
Le projet « pèlerin » est né officiellement en 1974 par un arrêté ministériel de décembre 1974.
Constatant la régression catastrophique des effectifs du faucon pèlerin sur la Chaîne jurassienne et la forte contamination par les pesticides organochlorés, il a été décidé de renforcer la productivité par le prélèvement d’un certain nombre de pontes (pour provoquer des pontes de remplacement) et de les placer en incubateurs artificiels pour tenter d’obtenir une souche de géniteurs captifs.

Dans un premier temps :

Supposant qu’une partie des contaminants chimiques pouvait être éliminée dans la première ponte, assurant ainsi une deuxième ponte plus viable, il s’est agi de prélever des pontes contaminées et stériles, pour s’assurer - sans aggraver le déficit de la population sauvage – que le faucon pèlerin, à l’instar d’autres espèces, était capable de « recycler », c’est-à-dire de réaliser une ponte de remplacement quand la première était détruite. Les œufs prélevés ont été incubés artificiellement, évitant ainsi qu’ils soient écrasés par le couveur (les pesticides ont pour effet de tuer l’embryon et/ou d’amincir la coquille, qui perd naturellement de l’épaisseur pendant l’incubation, puisque l’embryon y puise le calcium nécessaire à l’élaboration de son squelette).

Il a été constaté que :

  • Le pèlerin, pour autant que le prélèvement soit réalisé quelques jours seulement après la ponte, recyclait environ 15 à 17 jours après le prélèvement ;
  • Que les œufs contaminés, qui dans la nature restaient improductifs – coquille écrasée par le couveur, ou embryon trop débile pour sortir par lui-même de la coquille – pouvaient produire quelques jeunes ;
  • Et que la deuxième ponte était moins contaminée que la première, puisque quelques couples préalablement « stériles » sont redevenus productifs.
Dans un deuxième temps :

Les prélèvements ont été étendus à des couples non contaminés, pour, à la fois constituer une souche de géniteurs captifs, et accroître la productivité de la population sauvage, en « réinjectant » dans des aires peu productives une partie des jeunes éclos et produits artificiellement.

Bilan :

Une quarantaine de jeunes ont ainsi été « réintroduits », ce qui a probablement aidé, dans une certaine mesure, à la reconstitution des effectifs du faucon pèlerin sur la Chaîne jurassienne, sa population n’étant plus alors que d’une vingtaine de couples, plus ou moins productifs.

 

Inventaire et suivi

En milieu naturel

Depuis une trentaine d’années, les populations de faucons pèlerins bénéficient d'une surveillance et d'un suivi annuels, assurés par plusieurs centaines d'ornithologues passionnés (en 2009, 564 bénévoles se sont mobilisés durant 1702 journées pour suivre les couples). Leur mission consiste à repérer les couples nicheurs et à surveiller le déroulement de la reproduction. Ce travail de terrain permet de prévenir d'éventuels dérangements - hélas de plus en plus nombreux - liés à l'essor que connaissent notamment les activités et sports de plein air (randonnée, escalade, parapente, sports motorisés, etc.). L'issue de la reproduction (réussite ou échec et nombre de jeunes parvenant à l'envol) permet de mesurer l'état de santé des populations.

De 1978 à 2009, la productivité moyenne (nombre de jeunes par couple contrôlé) de la population de faucons pèlerins suivie est de 1,35 (fourchette comprise entre 1,04 et 2,16). Or, il est admis que pour maintenir ses effectifs, une population de faucons pèlerins doit produire plus d’un jeune par couple. Par ailleurs, les tendances observées pour la population de pèlerins suivie reflètent les tendances globales de la population française de cette espèce. Par conséquent, les chiffres de la surveillance révèlent une relative bonne santé de la population française de faucons pèlerins, qui connaît une légère augmentation.

Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2002, cliquez ici
Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2003, cliquez ici
Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2004, cliquez ici
Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2005, cliquez ici
Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2006, cliquez ici
Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2007, cliquez ici
Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2008, cliquez ici
Pour consulter le bilan complet de la surveillance 2009, cliquez ici

Si vous êtes un observateur motivé, prêt à vous engager sur plusieurs années pour participer à la surveillance d’aires de faucon pèlerin proches de chez vous, contactez-nous.

En milieu urbain

Depuis une vingtaine d’années, les observations de faucon pèlerin se multiplient en milieu anthropique. Différents facteurs pourraient expliquer cette tendance, comme l’attractivité des villes, le milieu naturel perturbé, la réapparition d’un prédateur (le grand-duc), la pression croissante d’observation, etc. Les centres urbains offrent en effet des ressources alimentaires abondantes, une certaine tranquillité et la prédation naturelle y est inexistante.
Selon les villes, il s’agit d’oiseaux hivernants, d’oiseaux cantonnés toute l’année sur un site artificiel, ou bien encore de couples nicheurs.

De plus en plus, cette colonisation des villes et des sites artificiels est suivie de très près par les ornithologues. Toutes les données collectées, tant en période d’hivernage qu’en période de nidification, et qu’il s’agisse d’observations ponctuelles ou d’oiseaux cantonnés font l’objet d’une synthèse annuelle réalisée par la Mission Rapaces de la LPO.

Les cheminées de centrales (thermique et nucléaire), les cimenteries, les cathédrales figurent parmi les sites préférés par l’espèce.

Depuis peu, le faucon pèlerin s’installe aussi sur des pylônes très haute tension. En 2008 par exemple, 10 à 15 couples ont été observés sur des pylônes, et parmi eux, 5 à 7 ont niché pour donner 10 à 14 jeunes à l’envol. Les couples s’installent souvent dans d’anciens nids de corvidés, ou plus rarement à même la structure, ce qui rend plus difficile le repérage des couples.

Toutes vos observations de faucon pèlerin en ville, sur sites artificiels, pylônes sont les bienvenues. Elles permettront d’enrichir la connaissance. Transmettez-les nous à rapaces@lpo.fr ou par téléphone au 01.53.58.58.38. Merci d’avance !

 

Aménagements

Milieu naturel

Le faucon pèlerin connaît localement des régressions, imputées principalement à la dégradation de son habitat et à la surfréquentation des milieux naturels (source des dérangements). La productivité des couples en est alors affectée. De plus, il est fréquent que les couples changent de sites et d’aires de nidification, abandonnant parfois une aire favorable pour une autre aire de moindre qualité (soumise par exemple aux intempéries), si bien que le taux de réussite des nichées connaît des variations plus ou moins importantes. Aussi, afin de compenser les risques anthropiques et de contribuer à l’accroissement de la productivité des couples nicheurs, des aménagements d’aires (amélioration d’aires naturelles et création d’aires artificielles) peuvent-ils être réalisés. C’est le cas par exemple dans le Jura, où depuis 1986, pas moins de 68 aires ont été aménagées parmi lesquelles presque neuf ont été occupées chaque année par l’espèce (occasionnellement, le prélèvement de pontes menacées et le déplacement de couvées menacées sont effectués). Sur cette même période, 11 % des couples reproducteurs ont occupé des aires aménagées. Les résultats obtenus (2,59 jeunes à l’envol pour les couples "artificiels", contre 1,98 jeune pour les couples "naturels") attestent de l’efficacité de cette technique pour accroître la productivité des couples nicheurs. Ces aménagements peuvent donc contribuer à la progression d’une population et compenser les pertes liées à l’homme, aux prédateurs et aux mauvaises conditions climatiques.
 

Milieu artificiel

Constructions humaines

Si le nombre d’observations de faucons pèlerins en milieu urbain est en constante augmentation, les cas de nidification en ville restent faibles et exceptionnels. Les sites urbains n’offrent en effet pas ou peu de possibilités de nidification favorables et des dérangements humains peuvent survenir. La mise en place d’aménagements adaptés s’avère donc nécessaire et de telles expériences ont d’ores et déjà témoigné de leur efficacité.

Ainsi, chaque année, de nouveaux aménagements sont mis en place, un peu partout en France par le réseau « Faucon pèlerin ». Voici quelques exemples :

  • En décembre 2009, suite à la fréquentation de la cathédrale de Notre-Dame de Bourg-en-Bresse, une aire artificielle a été aménagée sur l’édifice. Pour sa création, pas moins de 30 kg de matériaux ont été apportés en haut du clocher (24 kg de gravier, 4 pierres plates, une planche, un morceau de chevron). Depuis, les ornithologues du groupe pèlerin Jura observent régulièrement le couple de faucons pèlerins et espèrent qu’il s’y installera prochainement. 
  • A Dunkerque, c’est un nichoir qui a été installé en 2008 sur la tour d’une usine d’aluminium, à plus de 20 mètres de hauteur. Cette installation a pu être réalisée grâce à l’impulsion du groupe local audomarois. Le nichoir est équipé d’une webcam qui permettra de suivre une éventuelle nidification. L’objectif de l’opération est non seulement de favoriser l’implantation du pèlerin dans la région, mais également de sensibiliser les salariés de l’usine aux enjeux liés à la biodiversité. 

Carrières

Les carrières sont également susceptibles d’attirer le faucon pèlerin. Si les fronts de taille sont trop lisses, des aménagements s’avèrent nécessaire pour favoriser la nidification d’un couple. L’aménagement peut consister en la pose d’un nichoir ou la création d’une cavité.

 

Suivi par caméra

Afin notamment d’affiner les connaissances sur la biologie du faucon pèlerin, plusieurs nichoirs ont été équipés de caméras. C’est le cas notamment de trois villes françaises : Albi, Nancy et Loon-Plage.

  • A Albi, c’est sur la cathédrale Sainte-Cécile que sont filmés les deux faucons pèlerins. Les oiseaux, observés pour la première fois durant l’hiver 1988/1989, produiront 3 jeunes 13 ans plus tard dans le nichoir conçu par la LPO Tarn. Quant aux caméras, elles ont été installées à la fin de l’année 2007 et permettent de suivre toutes les étapes de la nidification du couple (vidéos disponibles ici).
     
  • Dans la ville de Nancy, les caméras ont été posées en décembre 2006 à la basilique Notre-Dame de Lourdes sur laquelle un couple de faucons pèlerins y a élu domicile 3 ans auparavant. Les images enregistrées sont visibles sur le site internet consacré à ces oiseaux.
     
  • Enfin, la caméra installée en 2010, à Loon-Plage (Nord-Pas-de-Calais), dans le nichoir de l’usine d’aluminium de Dunkerque diffuse les images aux salariés depuis l’intranet.

 

Baguage

Le baguage est une opération scientifique placée sous l’autorité du Muséum national d’histoire naturelle de Paris (Centre de recherche sur la biologie des populations d'oiseaux - CRBPO). Elles sont nécessaires pour connaître le fonctionnement des populations.

  • En France, aucun programme de baguage n’est mené sur le faucon pèlerin. Mais différents projets sont actuellement à l'étude. Des contrôles et reprises d’oiseaux bagués à l’étranger sont parfois réalisés.

Présentation sommaire des différents programmes de baguage européens

  • En Hollande, les faucons pèlerins sont bagués de la façon suivante : bague orange de deux centimètres avec un code sur la patte droite et bague métallique sur la patte gauche.
  • En Belgique, les bagueurs utilisent une bague blanche de deux centimètres avec un code sur la patte droite et une bague métallique sur la patte gauche.
  • Dans le Sud-Ouest de l'Allemagne (Baden-Württemberg), les bagueurs utilisent deux bagues de même couleur, placées sur chacune des pattes. Les couleurs changent chaque année, et les bagues d'un centimètre n'ont pas de code.
  • Dans le Nord et l'Est de l'Allemagne, les bagueurs utilisent une bague d'un centimètre et demi avec code sur la patte droite. La bague est noire pour les oiseaux relâchés et métallique pour les oiseaux sauvages. Sur la patte gauche, une bague d'un centimètre est fixée. Elle est de couleur rouge pour les oiseaux nés en falaise, jaune pour les oiseaux nés sur des sites artificiels et verte pour les oiseaux nés dans les arbres.
  • Dans le Centre-Ouest de l'Allemagne (Nordrhein-Westfalen), pour les oiseaux nés sur des sites artificiels, une bague métallique d'environ un centimètre est fixée sur chacune des pattes. Pour les oiseaux nés en falaise, la bague métallique est remplacée par une bague rouge sur la patte droite et ne présente aucun code. En 2006, les bagueurs utilisent une bague métallique d'un centimètre et demi, avec code pour la patte gauche.
  • En Angleterre, les pèlerins sont bagués de la façon suivante : une bague darvic noire avec un code, une bague darvic avec une lettre ou un nombre, une bague darvic blanche avec un code (lettre) noir, une bague darvic (bleue ou rouge) avec un code alphanumérique ou une bague jaune avec un code (lettre et chiffre).
  • En Espagne (Baléares), les pèlerins sont bagués avec une bague noire avec un code à deux lettres sur la patte gauche et une bague métallique sur la patte droite. Une bague rouge sur la patte gauche et une bague rouge avec un code blanc sur la patte droite sont utilisées dans le parc naturel Marismas del rio Odiel en Andalousie. Un autre programme de baguage espagnol utilise une bague noire et une bague rouge avec un code.
  • En Finlande, un programme de baguage a été mené entre 1976 et 1986 (bague orange avec un code numérique noir), mais la plupart des oiseaux ont perdu leur bague, si bien qu’après 1986, les bagues colorées n’ont plus été utilisées.
  • En Norvège, les pèlerins sont bagués avec une bague comportant un code (une lettre et deux chiffres) sur la patte gauche.
  • En Suède, les pèlerins sont bagués depuis 1978 avec une bague métallique et une bague de couleur. Dans ces deux derniers pays, les couleurs des bagues et les codes inscrits sur ces dernières changent avec les années (pour plus de détails, cliquez sur http://www.cr-birding.be/).
  • En Pologne, les faucons pèlerins sont bagués avec une bague noire portant un code alphanumérique (bague bleue jusqu’en 2003) sur la patte gauche et avec une bague jaune, verte ou rouge sur la patte droite selon que les oiseaux proviennent de nichées élevées respectivement en ville, dans les arbres ou en falaise.
  • Enfin, en Hongrie, une bague grise (aluminium) avec un code noir était utilisée. Et un nouveau programme de baguage devrait être lancé.

Si vous observez un faucon pèlerin bagué, remplissez le formulaire téléchargeable sur http://blx1.bto.org/euring/main/index.jsp ou envoyez-nous (rapaces@lpo.fr) vos données.

 

Quel avenir pour le pèlerin ?

La réoccupation par le faucon pèlerin d’une majorité des sites anciennement occupés, témoigne de l’amélioration de la situation de l’espèce en France. Si celle-ci est désormais à l’abri de l’extinction, ses populations restent néanmoins fragiles. L’expansion du grand-duc d’Europe et le développement des activités de plein air constituent de nouvelles sources de dérangements et des menaces potentielles pour l’espèce. Elles se traduisent d’ores et déjà localement par la disparition de couples, par une moindre productivité de ces derniers ou par une réduction des sites propices et donc par une compétition plus importante pour l’occupation de sites favorables.
Faut-il donc voir une corrélation entre la réduction du nombre de sites favorables pour la nidification du faucon pèlerin et la tendance croissante de l’espèce à s’installer sur des sites artificiels ?
Surveillance, suivi, études, aménagements de sites et sensibilisation sont autant d’actions à poursuivre pour assurer la sauvegarde de cette majestueuse espèce.

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