Les quatre vautours

 

Qu’est-ce qu’un vautour ?

Les vautours sont des oiseaux bien sûr, mais pour être précis, des rapaces de l’ordre des Accipitriformes et de la famille des accipitridés.
Ils sont charognards et exploitent une biomasse animale à son stade biologique ultime.
Ces nécrophages sont spécialisés dans l’élimination des cadavres. Leur anatomie est adaptée à cette nourriture : le bec est crochu pour entamer les chairs, le cou recouvert d’un fin duvet se nettoyant facilement. Les serres sont peu puissantes et non adaptées à la préhension comme celles de l’Aigle royal. Pour terminer, leur système digestif leur permet d’assimiler la viande putréfiée sans dommage.
Si de nos jours le Vautour fauve se cantonne aux seules régions méridionales, il occupait au Pléistocène supérieur (1,6 million d’années à 11 000 ans) des milieux aux paléoclimats très disparates et sous des latitudes variées. Des vestiges ont par exemple été découverts en Belgique où l’espèce n’est plus présente de nos jours.

Ubi pecora, ibi vultures !
Cet adage de l’époque romaine résume bien la perception de ces oiseaux : où il y a du bétail, il y a des vautours.
Jusqu’à la fin du paléolithique, il y a 11 000 ans, les populations de vautours se nourrissaient à partir de la mortalité des troupeaux d’ongulés sauvages. Au néolithique (9 000 ans), lorsque l’homme se sédentarise, il se met à domestiquer les animaux. Progressivement, la grande faune sauvage se réduit et les vautours s’adaptent à cette lente évolution en se nourrissant également des cadavres issus des troupeaux domestiques.
A notre époque, si les vautours sont bien des animaux sauvages, ils dépendent néanmoins de l’homme pour leur ressource alimentaire.

Répartition historique et actuelle en Europe

Répartition actuelle en France


En haut à gauche : Vautour fauve ; à droite : Vautour moine
En bas à gauche : Vautour percnoptère ; à droite : Gypaète barbu

Imaginaire

Oiseaux sacrés ou répugnants selon les époques et les civilisations, les vautours sont pourtant des agents purificateurs dans le cycle biologique : en faisant disparaître les cadavres, ils évitent leur putréfaction et les maladies qui en résultent. La dimension symbolique du vautour, associée au besoin de vie éternelle, se retrouve dans de nombreux mythes et religions primitives de l’Ancien et du Nouveau Monde. Ainsi, dans l’Egypte ancienne, le Vautour percnoptère était un passeport pour l’au-delà. Il ornait les monuments et les papyrus anciens. Il était le « purificateur sacré ». Pour les Incas, les Condors étaient liés au culte du soleil. Dans la Grèce antique, le vol des vautours était un présage de bon augure. La croyance en un rôle purificateur des vautours atteint son apogée dans la coutume de certains peuples qui leur offraient des cadavres humains. Aujourd’hui encore, en Inde et dans l’Himalaya, différentes ethnies livrent les dépouilles de leurs morts aux vautours, pour éviter de souiller les éléments sacrés que sont la terre, le feu et l’eau, ou considérant ces funérailles comme propres à conduire l’Esprit vers le repos éternel. Au début du XIXème siècle, le vautour éveille, principalement en Europe, des sentiments moins nobles liés à l’aversion voire à l’hostilité marquée pour les rapaces. Commencent alors des campagnes d’extermination, et il faudra attendre la fin du XXème siècle pour que le vautour retrouve enfin ses lettres de noblesse.

 

Le Vautour fauve

Gyps Fulvus

Fiche d’identité

L’envergure de ce rapace varie de 2,40 m à 2,70 m pour un poids de 7 à 11 kg. Son plumage est caractérisé par des dégradés de bruns, de beiges et de noirs. Ces tons le rendent d’ailleurs assez difficile à voir lorsqu’il couve sur son nid en falaise. Son cou reptilien qui émerge d’une collerette de plumes duveteuses est caractéristique et bien adapté à son mode d’alimentation. En vol, le Vautour fauve se reconnaît relativement facilement. Sa taille est imposante et ses ailes sont larges avec de longues rémiges digitées. Sa queue, très courte, permet aussi de le distinguer de l’Aigle royal avec lequel il peut évoluer. Sédentaire, ce vautour très grégaire niche en falaise. L’âge de la première reproduction est souvent considéré comme étant de 4 ou 5 ans mais des cas de reproductions réussies à 3 ans ont été enregistrés dans les Causses. Les partenaires sont souvent unis pour la vie, encore que des accouplements extraconjugaux ont pu être constatés grâce aux lectures de bagues ! Les parades nuptiales se déroulent en vol, à proximité des sites de reproduction et des dortoirs, dans ce que l’on appelle le domaine communautaire. Ces vols sont très démonstratifs et peuvent réunir jusqu’à 6 ou 7 oiseaux volant les uns au-dessus des autres. Les accouplements ont lieu sur l’aire (nid) ou à proximité de celle-ci, dès la fin du mois de novembre. Le nid est situé dans une cavité rocheuse ou une vire souvent bien abritée. Le couple utilise alors quelques branches de pin sylvestre, de buis et la cuvette du nid est faite d’herbe et de mousse. L’unique œuf est pondu dès le début du mois de janvier et les deux adultes participent à l’incubation qui dure environ 54 jours. Le poussin est nourri par régurgitation et passe 4 mois au nid. L’élevage du jeune vautour se prolonge 2 à 3 semaines après l’envol et il revient au nid pour se faire nourrir. Une longue période d’erratisme va amener certains jeunes vautours à s’expatrier. Grâce au baguage, des observations d’oiseaux caussenards en balade nous arrivent régulièrement et les destinations sont variées. Les Préalpes du sud, où d’autres colonies de vautours existent, mais aussi les Pyrénées et l’Espagne sont les lieux qui reviennent le plus souvent. Pour mémoire, signalons quelques cas au Sénégal d’où les oiseaux ne sont jamais revenus. Lors de ces voyages, les risques de mortalité sont importants. Des cas de jeunes oiseaux récupérés en pleine mer sont connus ! (Au large de Sète, de l’Île d’Oléron etc.) Cette mortalité juvénile est normale et permet à la population de se réguler naturellement.

Histoire et répartition

La distribution mondiale actuelle du Vautour fauve est comprise entre les 13° et 48° parallèles nord et s’étend du Portugal au Népal. Les régions qu’il fréquente sont souvent constituées de hauts et moyens reliefs. Autrefois très répandu, sa répartition aujourd’hui en Europe est très morcelée, notamment dans les Balkans. L’Espagne reste le pays qui accueille encore les plus grosses populations. En France, il a presque complètement disparu entre 1920 et 1950 et seule une petite colonie subsistait alors dans les Pyrénées, en vallée d’Ossau. Sa disparition des Causses est effective vers le milieu des années 40 et les derniers couples reproducteurs connus se tenaient dans les gorges de la Jonte. Au début des années 70, la LPO (le Fond d’Intervention pour les Rapaces à l’époque) et le Parc national des Cévennes mettent en œuvre la première réintroduction du Vautour fauve au monde. Une soixantaine de « bouldras » (ancien nom local) sont libérés de 1981 à 1986.0 Ces fondateurs sont à l’origine de la colonie actuelle, qui comprenait 333 couples en 2011. Cette population est localisée dans les gorges du Tarn, de la Jonte, de la Dourbie et dans la vallée du Tarn entre le Rozier et Millau. D’autres projets de réintroduction ont vu le jour dans les Préalpes du sud, en Italie et en Serbie.

Dans les Grands Causses…

La colonie de vautours fauves des Causses se scinde en plusieurs sous-colonies. Les deux principales depuis la réintroduction de l’espèce en 1981 sont toujours localisées dans les gorges de la Jonte et du Tarn. Depuis 1999, la Vallée du Tarn entre Le Rozier et Millau s’est vue à son tour progressivement colonisée et les gorges de la Dourbie ne sont occupées que depuis 2003. En 2010 dans les Grands Causses, 283 pontes étaient constatées par les personnes assurant le suivi. Les nids occupés étaient répartis comme suit :

  • 122 nids occupés dans les gorges du Tarn
  • 94 nids occupés dans les gorges de la Jonte
  • 43 nids occupés dans la vallée du Tarn entre le Rozier et Millau.
  • 24 nids occupés dans les gorges de la Dourbie.

Un des paramètres importants à suivre est le succès de reproduction (Succès de reproduction = nombre de jeunes envolés divisé par nombre de pontes), car il met en évidence l’état de santé d’une colonie. Depuis une quinzaine d’années ce taux est de 0,75 dans les Grands Causses, ce qui signifie que cette population se porte bien.
Depuis le début du programme, la colonie progresse en nombre de couples de 10 % en moyenne chaque année. Cela n’a été rendu possible que grâce aux ressources alimentaires importantes dans la région. De plus, le potentiel d’accueil est encore très vaste avec des sites rocheux favorables à l’espèce encore très nombreux dans la région. Les contreforts ouest du Causse du Larzac, par exemple, pourraient un jour accueillir aussi des couples de vautours fauves.

 

Le Vautour moine

Aegypius monachus

C’est l’un des plus grands rapaces d’Europe. Le Vautour moine se distingue du Vautour fauve par son plumage uniformément brun chez les adultes. Les jeunes de l’année sont en revanche presque noirs.
En vol, ses ailes très digitées sont plus rectangulaires et tenues plus à plat lorsqu’il décrit des orbes (cercles dans une ascendance). La main est tombante en vol plané. La queue est en forme de coin allongé. Posé, le Vautour moine est facilement identifiable. Son cou emplumé bordé d’une large collerette de plumes érectiles, le dessus clair de la tête et la cire bleutée ou rosée de son bec très fort le rendent inconfondable. Cette espèce se déplace plus souvent seule ou en couple, parfois mêlée aux vautours fauves. Ce vautour est une espèce sédentaire à l’âge adulte mais les jeunes font preuve d’un fort erratisme. Ils peuvent alors être observés à plusieurs centaines de kilomètres de leur colonie d’origine, voire plus. L’espèce est assez territoriale en période de reproduction mais peut constituer des colonies lâches, des couples étant répartis régulièrement au gré des pentes boisées des gorges et des vallons adjacents.
C’est une espèce arboricole, d’ailleurs un des plus gros oiseaux au monde nichant au sommet d’un arbre. Les essences les plus fréquemment utilisées pour la nidification en Europe sont le Chêne vert (Quercus ibex), le Chêne liège (Quercus suber), le Pin sylvestre (Pinus silvestris), le Pin noir (Pinus nigra) ou encore le Genévrier commun (Juniperus communis)… Dans les Causses, le Pin sylvestre est quasiment le seul utilisé. Les arbres supportant les nids sont généralement situés dans le tiers supérieur des pentes, et se situent en moyenne à 8 ou 9 mètres du sol. Après les parades et les accouplements qui ont souvent lieu sur le nid ou à proximité, la ponte survient dès le mois de février. Après 2 mois d’incubation, le poussin naît et les 2 parents s’occupent de lui. Avant l’âge d’un mois et demi à deux mois, il est rarement seul au nid. Il est nourri le plus souvent par régurgitation. Après un séjour de 4 mois à l’aire, l’envol a lieu au mois d’août en général mais des envols en septembre sont courants. Ce rapace est un nécrophage qui dépend un peu moins de l’élevage que le Vautour fauve. S’il se nourrit et prend part aux curées sur des cadavres d’ongulés domestiques, il est également observé sur des petits cadavres de la faune sauvage comme des lièvres, lapins ou blaireaux.

Histoire et répartition

L’aire mondiale de répartition du Vautour moine s’étend principalement du sud de l’Espagne à la Chine. Cette espèce a disparu de la plupart des pays du bassin méditerranéen et d’Europe de l’est. Encore une fois, la péninsule Ibérique abrite les plus grosses colonies notamment en Estrémadure. Jusqu’au début du XXème siècle, le Vautour moine est régulièrement observé dans le sud de la France (Pyrénées, sud du Massif Central ou Provence). Les Grands Causses semblent avoir abrité la dernière population nicheuse française avec des observations régulières dans les gorges du Tarn en 1883, mais aussi près de Mende, du Vigan en 1895 et à Peyreleau en 1906. Dans la suite logique de celle du Vautour fauve, la réintroduction du Vautour moine est soutenue en 1992 par la Black Vulture Conservation Foundation (BVCF) et 53 oiseaux sont lâchés jusqu’en 2004. En 2010, une vingtaine de couples se reproduisaient dans les Causses.

Dans les Grands Causses…

La première reproduction de vautours moines dans les Grands Causses s’est déroulée en 1996 dans les gorges de la Jonte. Au fur et à mesure que s’opéraient les lâchers (jusqu’en 2004) et que les premiers jeunes nés en nature arrivaient, de nouveaux couples se formaient régulièrement chaque année. En 1997, 4 couples se localisaient dans ces gorges. Ensuite, la Vallée du Tarn, entre le Rozier et Millau voyait sa première reproduction en 1998. L’année suivante, le premier couple nichait dans les gorges du Tarn. Ce site est d’ailleurs toujours occupé actuellement. Enfin, il fallait attendre l’année 2007 pour que le premier nid en Dourbie soit découvert (dans un Pin noir), sans que l’on sache si le couple s’était reproduit cette année-là. En 2010, 18 couples reproducteurs étaient présents dans les Causses et menaient 12 jeunes à l’envol. 8 couples nichaient dans la vallée du Tarn entre le Rozier et Millau, 7 dans les gorges de la Jonte, 2 dans les gorges du Tarn et un en Dourbie. Tous les ans, les jeunes qui naissent en nature sont bagués au nid. Si l’on compare avec le Vautour fauve, cette plus lente évolution de la population est liée à plusieurs facteurs. Beaucoup de vautours fauves étaient adultes au moment des lâchers alors que 50 % des vautours moines libérés étaient des juvéniles nés en parc animalier, les autres, des oiseaux âgés de 1 à 3 ans, donc encore immatures, récupérés affaiblis en Espagne. Cette différence a forcément occasionné un retard par rapport aux premières tentatives de reproduction pour cette espèce alors que les fauves se reproduisaient dès la première année de réintroduction. De plus, de par son mode de nidification dans les pentes boisées, ce vautour est également plus sensible aux dérangements. Plusieurs cas de dérangements notamment liés à de la chasse photographiques sont connus. Les conditions météorologiques peuvent également nuire à cette espèce arboricole, comme les épisodes neigeux de printemps… Ceci dit, le potentiel d’accueil est encore très important pour le Vautour moine dans les Grands Causses. Dans les pays où les deux vautours cohabitent, les effectifs du Moine, espèce assez territoriale, sont toujours beaucoup moins nombreux que ceux du Fauve.

 

Le Vautour percnoptère

Neophron percnopterus

En vol, ce rapace de taille moyenne, d’une envergure de 1,60 mètre, est facile à reconnaître. Son plumage est blanc sale, contrastant avec les rémiges noires. Une queue relativement courte et cunéiforme, une tête jaune, un vol plané élégant pouvant être acrobatique, permettent de l’identifier aisément. Comme pour les autres espèces, aucun dimorphisme sexuel ne permet à coup sûr de différencier mâles et femelles. Le corps du Vautour percnoptère est plutôt svelte pour un poids moyen de 2 à 2,5 kg. Les ailes sont longues, rectangulaires et rigides avec des rémiges digitées. Les pattes et les serres, de couleur claire, sont très peu puissantes. Le bec, long, droit et fin, à l’extrémité noire, est bien adapté à son mode d’alimentation. Petits vautours migrateurs de retour d’Afrique subtropicale dès le mois de mars, les percnoptères investissent rapidement le site de reproduction. L’aire, dans une cavité rocheuse, est faite de branchettes, de laine et de débris divers. Un couple peut disposer de plusieurs aires sur le même site (jusqu’à 4) et changer d’une année sur l’autre. La ponte intervient en général en avril et compte de 1 à 2 œufs. L’éclosion survient après environ 42 jours d’incubation. Un ou deux jeunes sont élevés par les deux parents pendant 70 à 90 jours. Ils sont encore nourris quelques jours après l’envol mais ne tardent pas à partir vers les sites d’hivernage. Dans les Grands Causses, les dates de départ en migration postnuptiale sont classiquement situées dans la première quinzaine de septembre. Charognard, mais incapable de dépecer un cadavre de grosse taille, le régime alimentaire des vautours percnoptères est déterminé par la taille et la nature des morceaux convoités. Sur les charniers, ce petit nécrophage passe après les grands vautours, grappillant et picorant les restes de viande, les lambeaux de peau ou de viscères. Les vautours percnoptères sont connus pour avoir un régime plus éclectique et opportuniste que les autres vautours : amphibiens, reptiles ou petits mammifères écrasés sur les routes, etc. L’espèce, à l’occasion coprophage (consommateur d’excréments), peut être aussi observée sur les reposoirs rupestres des grands vautours. Cette espèce est très sensible au poison comme en témoigne la découverte deux années de suite, d’un adulte empoisonné, mort au nid sur ses poussins…

Histoire et répartition

L’aire de distribution du Vautour percnoptère comprend le sud de l’Europe, le nord de l’Afrique, l’Afrique méridionale, l’Asie mineure et le sud de l’Asie jusqu’au sous-continent indien. Elle s’est considérablement réduite au XXème siècle et apparaît aujourd’hui très morcelée sur les trois continents. En France, au XIXème siècle, le Vautour percnoptère nichait surtout sur la frange méditerranéenne (Provence et Languedoc-Roussillon) et dans les Pyrénées. Entre 1930 et 1980, la sédentarisation et l’intensification de l’élevage ont accentué le déclin de la population du Languedoc et du sud du Massif central. Le Vautour percnoptère a disparu momentanément des Grands Causses où il était encore nicheur vers le milieu des années 50. Le retour spontané d’un couple en 1986 se concrétise difficilement. En 2010, 4 couples étaient présents dans notre région et un seul jeune s’envolait.

Dans les Grands Causses...

De nouveau nicheur dans les Grands Causses depuis l’année 1997, cet oiseau reste rare et très localisé dans notre région comme dans l’ensemble de l’Hexagone où seulement 75 à 80 couples sont présents. En 2010, 3 couples ont tenté une reproduction mais un seul jeune s’est envolé cette année-là. Un quatrième couple était présent, plus ou moins cantonné, laissant l’espoir d’une bonne évolution de l’espèce dans notre région.

 

Le Gypaète barbu

Gypaetus barbatus

Le projet « Corridor » : Pont aérien de casseurs d’os entre les Pyrénées et les Alpes.

En 2012, un projet de réintroduction de Gypaète barbu a vu le jour dans les Grands Causses. Il s’agit de lâcher des jeunes oiseaux afin que ceux-ci forment un noyau de population dans le Massif central et, par leurs déplacements, établissent des échanges entre les populations alpines et pyrénéennes.

Pour plus d’informations sur la réintroduction du Gypaète barbu dans les Grands Causses

C’est l’un des plus grands rapaces d’Europe, son envergure varie de 2,60 à 2,90 m, son poids est de 5 à 7 kg. En vol, ses ailes étroites et pointues et sa longue queue cunéiforme lui donnent une silhouette svelte et élancée faisant penser à un immense faucon. Chez l’adulte, le contraste du plumage de couleur gris ardoisé aux ailes et blanc orangé pour la tête et le ventre ne permet aucune confusion avec une autre espèce de vautour. L’iris, de couleur paille, est entouré d’un cercle orbital rouge. Les « moustaches » noires sont des plumes appelées vibrisses, elles sont nettement visibles même à grande distance. Il n’existe pas de différence entre le mâle et la femelle (dimorphisme sexuel) nettement identifiable chez cette espèce. Le Gypaète adulte peut se reproduire à l’âge de 7 ans. Après une période d’erratisme les premières années de leur vie les couples se forment vers 5 ans. Ils deviennent sédentaires et se cantonnent sur un territoire toute l’année qui peut varier de 300 à 500 km². Le couple de gypaètes possède sur son territoire 2 à 5 nids construits à l’abri d’un surplomb dans une falaise. Un matelas de laine et de poils soigneusement entretenu pendant l’incubation recouvre une solide assise de branches. Un ou deux œufs sont pondus dans une période comprise entre la mi-décembre et la mi-février. L‘incubation dure de 53 à 58 jours. Même si les deux œufs parviennent à éclore, un seul poussin est élevé (caïnisme du poussin aîné sur son cadet). Le jeune est nourri par les deux adultes, de viande au début de l’élevage, puis après quelques semaines de fragments d’os, de lambeaux de peau et de pattes d’ongulés vers la fin du séjour au nid. Le jeune quitte l’aire vers 116 à 136 jours. Les deux adultes le nourrissent encore pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois, jusqu’à son émancipation complète. Le cycle de reproduction recouvre pratiquement toute l’année, débutant à l’automne par la construction de l’aire et les accouplements, il se prolonge jusqu’à l’automne suivant par l’émancipation du jeune. En France, le Gypaète barbu est présent dans les Pyrénées (35 couples en 2010), dans les Alpes (8 couples en 2010) issu d’un programme international de réintroduction et en Corse (5 couples en 2010).

Histoire et répartition

La disparition du Gypaète des Alpes au début 19e siècle a provoqué le report des chasseurs de trophées et des collectionneurs dans les Pyrénées et en Espagne à la fin du 19e siècle. En 1936, le premier inventaire des oiseaux en France précise que l'espèce niche dans les Pyrénées centrales et en Corse. Un groupe d’explorateurs naturalistes se met alors à sa recherche dans ces deux massifs.

Comme la plupart des grands rapaces, le gypaète possède quelques particularités adaptatives liées aux conditions difficiles de son mode de vie.
L’une de ses adaptations se matérialise par ce que l’on appelle la philopatrie. Ce terme signifie que ces oiseaux, comme d’autres grands rapaces, sont très attachés à leur région de naissance. Ainsi, même si ils sont capables de voler sans effort sur des distances considérables pour leur prospection alimentaire, ils ne colonisent que très lentement de nouveaux sites de reproduction. Par exemple, des massifs légèrement éloigné des sites actuels ne sont pas utilisés pour la reproduction, alors qu’ils possèdent les ressources suffisantes : relief, substrat rocheux, populations d’ongulés…
Les conséquences de cette philopatrie très marquée sont nombreuses. D’abord, ces oiseaux ne développent pas rapidement leurs domaines vitaux. Ensuite, les noyaux de population restent isolés et les échanges génétiques sont très réduits, ce qui fragilise d’autant plus cette espèce aux effectifs faibles.
Concrètement cela se caractérise en France de la manière suivante :
Les Pyrénées possèdent à ce jour une population qui a bien progressé. Même si elle reste «vulnérable» selon les critères de l’UICN, cette population de gypaète n'a pas un fort potentiel d'accroissement dans ce massif. Par exemple, côté français, la seule expansion possible se situe au nord-est de la chaine (Pyrénées orientales et Aude).
Parallèlement, les Alpes françaises présentent un petit noyau récent de population issu d’oiseaux réintroduits toujours considérée comme «Gravement menacée d'extinction». Ce groupe d’oiseaux porte une variabilité génétique étroite car il est essentiellement issu d’un nombre réduit de couples fondateurs. En revanche, certaines zones bénéficient d’un bon succès de reproduction et d’un très fort potentiel d’accroissement.
Enfin, en Corse un petit nombre de couples reste isolé géographiquement et génétiquement et semble ne pas évoluer positivement.

 

Comment fonctionnent les vautours ?

Techniques de vol et déplacements

Les vautours, comme tout objet volant, sont conditionnés par différents critères physiques comme le poids, la vitesse ou la forme de l’aile. Comme tous les aéronefs, l’aile de ces rapaces présente un profil bien particulier. Lorsque l’oiseau ou l’avion se déplacent, l’écoulement de l’air est plus rapide au-dessus de l’aile qu’en dessous. Il se crée alors, au-dessus, une dépression qui « aspire » et maintient l’animal (ou l’aéronef) dans la masse d’air, c’est la portance. De l’oiseau de quelques grammes au jumbo-jet de plusieurs centaines de tonnes, c’est le même principe qui les tient en l’air ! Par exemple : quand un oiseau fait du vol sur place, l’animal ne se déplace pas mais c’est le vent passant sur ses ailes qui assure ce phénomène de sustentation.

Vol à voile : la technique favorite du vautour.

Comme les planeurs utilisés par les hommes, la plupart des rapaces utilisent le vol à voile pour se déplacer. Ils planent… Planer, c’est parcourir en volant une certaine distance en essayant de descendre le moins possible. Cette performance est exprimée par la finesse pour les planeurs ou les deltaplanes (Finesse = rapport distance horizontale parcourue / perte d’altitude correspondante.

La finesse du vautour est voisine de 15, c’est-à-dire qu’en planant en ligne droite, l’oiseau va perdre 100 m d’altitude mais parcourir en théorie 1 500 m de distance ! Imaginez ce qu’un groupe de vautours peut parcourir quand ils sont montés à 1 000 m d’altitude ! Près de 15 kilomètres ! Imaginons alors ces rapaces montant dans une belle ascendance à 1 000 mètres / sol au-dessus des gorges de la Jonte. A la vitesse de plus ou moins 50 kilomètres à l’heure, ils vont atteindre en moins de 20 minutes le lieu d’une curée située à une quinzaine de kilomètres de là sur le Larzac ! Ces oiseaux repèrent et utilisent les ascendances thermiques qui se développent à des endroits précis dans le paysage. Ces bulles d’air plus chaud et donc moins dense que l’air ambiant montent à une certaine vitesse dans l’atmosphère jusqu’à une certaine altitude. Dans une « pompe » (terme utilisé pour parler d’une ascendance thermique), ces rapaces font des orbes afin de se maintenir à l’intérieur de l’ascendance. En planant, ils descendent, mais dans la pompe, s’ils descendent moins vite que ne monte la masse d’air dans laquelle ils se trouvent, ils montent également ! Arrivés à une certaine altitude, ils quittent la pompe et glissent dans la direction souhaitée, rencontrant d’autres ascendances qui leur redonneront de la hauteur. C’est ainsi que les vautours se déplacent d’une ascendance à l’autre quasiment sans effort. Il est donc normal d’observer jusqu’à une cinquantaine d’oiseaux qui tournent ensemble dans le ciel.

Prospection alimentaire

Les vautours se nourrissent d’animaux morts qu’ils trouvent lors de prospections alimentaires sur l’ensemble des plateaux caussenards ou même des régions voisines des Causses. Les vautours fauves fonctionnent en réseaux, par petits groupes. Ils peuvent se déplacer journellement jusqu’à plus de 100 km (à vol d’oiseaux) des sites de nidification. En hiver, le territoire de prospection alimentaire est limité aux Grands Causses. En effet, les conditions aérologiques (peu d’ascendances thermiques) ne sont pas favorables à de grands déplacements à cette saison. De plus, la ressource trophique disponible à cette période de l’année est répartie essentiellement sur les hauts plateaux caussenards. A la belle saison les vautours élargissent leur domaine de prospection car les conditions aérologiques deviennent de plus en plus favorables et les emmènent facilement jusqu’aux pâturages du Lévezou à l’Aubrac, du Cantal aux Cévennes. Certains vautours non reproducteurs (immatures et adultes dont la reproduction a échoué) peuvent former de petits groupes dans des secteurs éloignés de la colonie. Ils se rassemblent en dortoirs dans des bois de pins sylvestres ou dans des falaises pour passer la nuit. Ils sont, en quelque sorte, en estive. Les colonies de vautours utilisent la technique de prospection en réseau. Chaque oiseau est en contact visuel avec les autres individus avec qui il prospecte. Ce système assure une grande efficacité dans la découverte des carcasses. Les vautours sont attirés par le manège des petits charognards (corbeaux, pies, milans…,) qui sont souvent les premiers à découvrir un animal mort. C’est ainsi que les vautours trouvent des cadavres et descendent rapidement pour les consommer. Lors de la curée, ils peuvent être plusieurs dizaines en quelques minutes sur une brebis morte.

Exemple de durée d'une curée

Régime alimentaire

Sur le pourtour du bassin méditerranéen la présence des vautours est liée à l’élevage ovin et à la mortalité disponible dans les troupeaux. On dit que les vautours fauves sont des commensaux de l’homme, c’est-à-dire qu’ils consomment ce que les éleveurs leur laissent. Le régime alimentaire est constitué des cadavres de tous les ongulés d’élevage (brebis, vaches, chevaux, cochons, chèvres…) ainsi que les ongulés de la faune sauvage (sangliers, mouflons, chamois, chevreuils, bouquetins, cerfs) : il suffit que les cadavres soient visibles pour les vautours, par exemple, non dissimulés par la frondaison. La spécialisation alimentaire des quatre espèces de vautours constitue un système complet du traitement des cadavres (équarrissage). Les vautours fauves sont les premiers à intervenir sur une brebis morte, ils l’entament par les orifices naturels et se nourrissent des tissus mous : muscles, viscères, foie, poumons… Le Vautour fauve est une espèce dite « tireur-fouilleur » : avec son long cou dénudé, il pénètre dans le cadavre. Les vautours moines présentent des adaptations anatomiques et physiologiques leur permettant d’exploiter les tissus plus coriaces comme les cartilages, les tendons, la peau, et même des petits os. Ils viennent sur un cadavre le plus souvent à la suite des vautours fauves qui laissent une carcasse bien ouverte, la peau retournée. Ils peuvent aussi se nourrir de petits cadavres comme des lapins atteints de la myxomatose par exemple ou divers ongulés sauvages. Les vautours percnoptères ont un régime alimentaire plus large, ils profitent des restes (viande, peaux, bouts d’os), mais ils peuvent consommer également des insectes et des micromammifères (campagnols morts, par exemple)… Ils sont également coprophages. Les gypaètes barbus se sont spécialisés dans la consommation d’os qu’ils digèrent très facilement grâce à l’action de sucs gastriques particulièrement puissants (pH=1). Les os constituent 80 à 90 % de leur alimentation. Ils sont très riches en éléments énergétiques et protéines. Ainsi la totalité du cadavre est nettoyé par cette cohorte de nécrophages.

Nettoyeurs de la nature

Dans de nombreuses civilisations et depuis des temps immémoriaux, les rapaces nécrophages sont les auxiliaires du pastoralisme en débarrassant alpages et pâtures des cadavres d’animaux d’élevage. Le vautour est bien un allié précieux de l’éleveur. Il fait disparaître efficacement et rapidement des cadavres pouvant être le vecteur de contagions pour les troupeaux et de contamination des eaux. L’appareil digestif des vautours est une arme redoutable pouvant détruire la plupart des agents pathogènes qui pourraient se développer dans les cadavres. L’appareil digestif des vautours est très court, il mesure à peine 3 mètres. Il est divisé en trois portions : la première partie dite pré-gastrique, c’est le jabot qui a un pH (sert à mesurer l’acidité) de 7 à 7,5 (à peu près neutre), puis vient la partie gastrique qui est l’estomac avec un pH de 1 à 1,5 (soit une acidité majeure) et enfin la partie intestinale qui a un pH de 6 à 7 où s’effectue l’assimilation des nutriments. Ces variations de pH sont très virucides et bactéricides. L’appareil digestif des vautours est un outil anti-infectieux. Les études scientifiques vétérinaires ont montré que les vautours sont des « culs-de-sac épidémiologiques », c’est-à-dire qu’en se nourrissant de charognes, ces rapaces rompent la chaîne de contamination microbienne ou parasitaire.