Plan national d'actions

Photo Christian Joulot ©
 

Le plan national d’actions

Dans le cadre des engagements internationaux de la France, le ministère chargé de l’environnement a élaboré des plans d’actions pour la conservation de la biodiversité. L’objectif général de ces plans est d’améliorer les connaissances en vue d’une meilleure conservation des espèces menacées de la faune et de la flore. Les plans de restauration sont la continuité de cette démarche. Ils sont mis en œuvre pour des espèces dont le statut de conservation est défavorable. Le choix des espèces repose sur les critères suivants : caractère menacé aux niveaux national et européen et responsabilité patrimoniale de la France.
Malgré les efforts entrepris depuis plus de 10 ans en Europe de l’Ouest, l’espèce est considérée selon les critères UICN, comme « Menacée d’extinction ». Un regard par massif nuance cet état pour les populations présentes en France. Dans les Pyrénées, elle est classée « Vulnérable » alors que dans les Alpes et en Corse, elle est classée « Gravement menacée d’extinction ».
Elle bénéficie donc d’un plan national d’actions. Celui-ci a une durée de 11 ans (2010-2020).

 

Résumé du plan

Le Gypaète barbu comprend deux sous espèces bien identifiées et réparties dans des régions elles aussi bien différenciées. La sous-espèce concernée par ce plan, Gypaetus barbatus barbatus, est présente dans les régions montagneuses du centre et du sud de l’Europe, de l’Afrique du nord, du Moyen-Orient et de l’Asie mineure à la Chine. En Europe de l’Ouest, son aire de distribution s’est morcelée et en 2009, la sousespèce n’est plus présente que dans les Pyrénées (130 couples), en Corse (9 couples), en Crête (5 couples) ainsi que, grâce à des programmes de réintroduction, dans les Alpes (17 couples) et en Andalousie.
Les populations pyrénéenne, corse et alpine sont suivies depuis près d’une trentaine d’années par un réseau structuré d’observateurs. Cette connaissance précise de ces populations a permis d’appréhender les facteurs qui influencent prioritairement leur évolution. Ainsi deux facteurs ont été identifiés : d’une part la disponibilité en sites de reproduction (falaise avec des cavités) et d’autre part la disponibilité en carcasses (présence d’os) pour se nourrir. Une fois ces deux besoins remplis, les dérangements sur la zone de nidification deviennent le premier facteur limitant, auxquels s’ajoutent les mortalités par collision avec les câbles qu’ils soient électriques ou de remontées mécaniques. Les risques dus au poison et au tir restent également présents, notamment dans les Pyrénées. Enfin la fragilité de cette espèce en France s’explique aussi par l’absence de lien entre les différentes populations. Si celle de Corse reste isolée, le raccord des populations alpines et pyrénéennes est souhaitable.
Malgré les nombreuses actions menées par un réseau d’acteurs locaux (Associations, établissements publics, collectivités, …) pour agir sur ces facteurs, les populations françaises restent fragiles et nécessitent de poursuivre les efforts entrepris. C’est pourquoi le ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer a souhaité la mise en place d’un plan national d’actions en faveur du Gypaète barbu.
Cette espèce de grande envergure (près de 3 mètres) produit très peu de jeunes (moins d’un tous les trois ans en moyenne) et ceux-ci ne se reproduisent pas avant l’âge de 7 à 8 ans. Aussi, toutes les réflexions et tous les programmes de conservation en faveur du Gypaète barbu doivent s’appréhender sur le long terme. La période d’application du plan national d’actions a donc été portée à 10 ans plus une année pour son évaluation (2010-2020).
L’enjeu de ce plan est notamment de prolonger les actions efficaces réalisées dans les Alpes et les Pyrénées, de faciliter la construction d’un « corridor » entre les Alpes et les Pyrénées, d’étudier la possibilité de renforcement de la population Corse, favorisant ainsi la diversité génétique de ces populations et d’assurer des échanges de compétences et d’expériences entre les acteurs de la conservation de ces trois populations.

 

Stratégie et objectifs

La stratégie nationale de conservation du Gypaète barbu pendant la durée du plan (2010-2020) doit permettre d’atteindre deux objectifs généraux suivants :

  • Obtenir une population viable à l’échelle nationale
  • Contribuer aux objectifs européens de conservation de l’espèce.

Les objectifs généraux se déclinent en objectifs spécifiques :

  • Préserver, améliorer, restaurer les habitats,
  • Réduire les facteurs de mortalité anthropiques,
  • Etendre l’aire de répartition de l’espèce et faciliter les échanges d’individus entre les noyaux de population,
  • Favoriser la prise en compte du plan dans les politiques publiques,
  • Améliorer le suivi et le relâcher des oiseaux blessés
  • Améliorer la connaissance de l’espèce,
  • Favoriser l’acceptation locale,
  • Coordonner les actions et favoriser la coopération pour la conservation du Gypaète barbu

Organisation

La DREAL Aquitaine, coordinatrice nationale du plan désignée par la Direction de l’eau, est chargée de :
- définir les missions de l’opérateur technique,
- valider le programme annuel,
- établir et diffuser le bilan annuel des actions mises en place par l’opérateur technique,
- présider le comité de pilotage,
- animer le comité scientifique
- coordonner les actions de communication.
L’opérateur technique, ici la LPO, quant à lui, est celui qui :
- anime le plan,
- participe au comité de pilotage,
- prépare les programmes d’actions annuels
- établit les bilans annuels pour le compte de la DREAL
- participe aux travaux du comité scientifique,
- se charge du secrétariat et de l’ingénierie du plan
- assure toute la communication à destination du grand public, des élus etc.
Pour la mise en œuvre technique du plan, la LPO s’appuie sur les coordinateurs techniques situés dans les massifs concernés par l’espèce c’est-à-dire :
- le CEN de Haute-Savoie (association ASTERS) pour le massif alpin,
- le PNRC pour la Corse,
- La LPO Pyrénées Vivantes pour le massif pyrénéen
- La LPO Grands Causses pour le Massif central.
Une convention passée entre la DREAL Aquitaine, la LPO, ASTERS et le PNRC encadre ce fonctionnement.
Par ailleurs, le souci de coordination pousse chacun des acteurs à se rapprocher des coordinateurs et opérateurs techniques d’autres plans nationaux d’actions pour des espèces ayant des problématiques similaires (Vautour Percnoptère, Vautour fauve) et/ou des secteurs géographiques identiques.
 

Suivi surveillance

Faire le suivi des oiseaux permet d’estimer l’effectif des populations territoriales et de suivre les jeunes après qu’ils aient quitté le nid de leurs parents.
Des réseaux d’observateurs se sont constitués dans chacun des massifs concernés par l’espèce. Dans les Pyrénées c’est le réseau inter-partenaire Casseur d’Os qui est coordonné par la LPO Mission Rapace et qui réunit près de 350 observateurs. Dans les Alpes, le réseau s’est construit autour de quatre opérateurs : ASTERS et les Parcs Nationaux de la Vanoise, des Ecrins et du Mercantour, auxquels on peut ajouter des associations naturalistes comme la LPO ou CORA. Un moment d’échange a lieu tous les ans à l’occasion du meeting annuel organisé par VCF. En Corse, le suivi est réalisé le PNRC, la VCF et un réseau d’observateur composé de professionnels et de bénévoles.
Dans les Alpes et les Pyrénées, le suivi du Gypaète se fait de manière visuelle grâce aux bagues et aux bandes alaires. Cela permet d’identifier l’oiseau lors des comptages et de suivre les déplacements saisonniers des oiseaux non territoriaux (jeunes erratiques). En Corse aucun programme de marquage n’est en cours mais un atlas a été réalisé pour chaque individu dans le but d’aider les observateurs dans leurs reconnaissances. Des tests de suivis télémétriques et satellitaires sont conduits en Suisse.
On distingue le suivi des couples installés du suivi des jeunes erratiques qui peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant de s’installer quelque part.
Les oiseaux relâchés dans les Grands Causses sont équipés d’une balise GPS de manière à suivre les déplacements des jeunes récemment lâchés et voir s’ils ont décidé ensuite de se fixer dans le massif ou de rejoindre les deux autres sites (Alpes/Pyrénées). (Pour suivre les oiseaux relâchés dans les Grands Causses : http://rapaces.lpo.fr/gypaete-grands-causses/le-suivi-des-oiseaux#idancre3)
Dans le plan d’action, il est prévu de renforcer le suivi de la reproduction et des perturbations ainsi que de systématiser les prospections des massifs inoccupés mais pouvant a priori accueillir une population de Gypaète.
 

Placette d’alimentation

Le Gypaète Barbu remplit son rôle d’équarisseur naturel en se plaçant au bout de la chaine trophique : il se nourrit des os de carcasses d’ongulés sauvages et domestiques. Or des études des populations d’ongulés ont montré que la ressource venait à se raréfier dans les Pyrénées jusqu’à devenir complètement insuffisante en Corse à cause de la disparition du pastoralisme ou de la raréfaction de certaines espèces d’ongulés. Les actions prévues dans le PNA pour améliorer la disponibilité en nourriture dans l’aire de répartition de l’espèce s’articulent autour de trois axes: le renforcement des populations d’ongulés sauvages (bouquetin des alpes, Cerf de Corse, Mouflon de Corse, bouquetin ibérique…), le maintien du pastoralisme extensif en petits ruminants avec la mise en place de contrats permettant la mise en œuvre d’équarrissage naturel et enfin le maintien du soutien alimentaire artificiel.
Ainsi des sites de nourrissages sont alimentés 3 à 4 fois par mois de novembre jusqu’au retour des troupeaux en montagne (mai) par des os issus de boucheries (os et pattes d’agneaux ou d’ongulés sauvages). Ces sites font l’objet d’une autorisation des DDSV, des gestionnaires et des propriétaires de terrains et permettra la fixation des populations et leur survie.
 

Réintroduction

Deux projets de réintroduction ont vu le jour dans le Vercors et les Grands Causse, le but étant de créer un corridor écologique permettant d’unir les deux principales colonies situées dans les Pyrénées et les Alpes. Dans le Vercors le projet a duré 5 ans et a donné lieu à 3 lâchers entre 2010 et 2012. Dans les Grands Causses le programme a été initié en 2012. Depuis cette date deux oiseaux par an (en mai) sont lâchés. Voir la page de réintroduction du Gypaète dans les Grands Causses : http://rapaces.lpo.fr/gypaete-grands-causses/ .
Pour financer cette réintroduction, un projet LIFE vient d’être approuvé sur la période 2015-2021 http://gypaetebarbu.fr/life-gypconnect/

Vigilance poison

Les Gypaètes Barbus sont très menacés par les intoxications au lindane, à l’aldicarbe et surtout au plomb. La contamination se transmet généralement par l’ingestion de carcasses contaminées mais peut également être d’origine criminelle. Il s’agit généralement d’ongulés sauvages ayant été plombés ou des animaux d’élevage traités aux organophosphorés.
Une veille toxicologique a été mise en place et les cadavres sont systématiquement analysés et autopsiés même si la cause de la mortalité parait évidente. On utilise également d’autres espèces dites « sentinelles », en plus grand nombre et partageant l’aire de répartition du Gypaète : le Vautour Fauve, le Vautour Percnoptère et le Milan Royal. Ils font office d’indicateurs de l’état sanitaire du milieu et les analyses portées sur leurs cadavres permettent d’en savoir davantage sur les menaces liées au poison qui pèsent sur le Gypaète Barbu.
Le PNA prévoit également de faire des recherches pour « garantir que l’usage des produits phytosanitaires (…) sont compatibles avec la sensibilité du Gypaète Barbu. » et promouvoir des produits alternatifs aux antiparasitaires utilisés aujourd’hui comme traitements vétérinaires. Cette lutte contre l’empoisonnement passe aussi par un volet de sensibilisation important : sensibilisation des réseaux d’observateurs, des agents forestiers et des acteurs locaux.

Comité national avifaune (CNA)

Le Gypaète est très menacé par la présence des câbles aériens comme les lignes électriques. C’est d’ailleurs l’une des principales causes de mortalités. Le PNA cherche à favoriser les actions qui permettront de limiter les risques de collisions et d’électrocution. S’est créé le Comité National Avifaune (CNA), qui réunit la LPO, FNE, ERDF et RTE dans le but de faciliter l’échange de bonnes pratiques sur l’ensemble du territoire (inventaire des tronçons dangereux, installation de cierges de dissuasion ou de spirales, enterrement des lignes…). Pour plus d’information consulter la page du CNA : http://rapaces.lpo.fr/cna-oiseaux-et-lignes-electriques/