Le Gypaète barbu

 

Qui est le Gypaète barbu ?

Comment le reconnaître ?

Silhouette caractéristique du Gypaète barbu - Photo B. Berthemy ©

Le Gypaète barbu est l’une des quatre espèces de vautours présentes en France et l’un des plus grands rapaces d’Europe.

De gauche à droite : homme, Gypaète barbu, Vautour fauve, Vautour moine et Vautour percnocptère

Il est identifiable en vol grâce à sa grande envergure (2,60 à 2,90 m). Ses ailes étroites et pointues et sa longue queue cunéiforme lui donnent une silhouette fine et élancée.

Ce rapace est un expert du vol plané. Son poids plutôt léger pour un oiseau de cette taille (5 à7 kg) ainsi que sa voilure lui permettent d’effectuer de longs vols planés à basse altitude, à faible vitesse et sans efforts.

Il possède un iris de couleur paille, entouré d’un cercle orbital rouge.
Ses moustaches qui descendent sous le bec, appelées « vibrisses », permettent de le reconnaître même de loin.

Les jeunes oiseaux ont un plumage sombre, d’un coloris brun-noir, et une silhouette plus massive que les adultes. Leur ventre est blanc.

 En vol, les adultes se distinguent par leur plumage contrasté : gris ardoise aux ailes, blanc à orangé sur la tête et le ventre et un collier de plumes noires orne la base de leur cou.

C’est après plusieurs mues successives que les gypaètes atteignent leur plumage adulte, à l’âge de 5 ans. Le Gypaète barbu se colore volontairement en se baignant régulièrement dans des eaux ou des boues ferrugineuses. Cela lui confère cette jolie teinte rouille orangée. Plus le plumage d’un oiseau est coloré, plus celui-ci est dominant.

Le Gypaète barbu évolue dans un milieu ouvert et de falaises, pouvant accueillir les nids. Il construit son nid dans la cavité abritée d’une paroi rocheuse. Il pond 1 ou 2 œufs par an, en hiver. Même si les 2 œufs parviennent à éclore, un seul poussin est élevé.

De quoi se nourrit-il ?

Gypaète se nourrissant - Photo Bruno Berthémy ©

Espèce strictement nécrophage, le Gypaète se nourrit principalement des restes osseux qu’il prélève sur des cadavres d’ongulés domestiques ou sauvages, tels que ceux des moutons, chèvres, chamois, mouflon ou bouquetin.
Grâce à son gosier élastique, le Gypaète peut avaler des os longs de 30 cm et les digère grâce à des sucs gastriques très efficaces. Son comportement alimentaire unique et très particulier lui vaut son surnom « casseur d’os ». Pour pouvoir ingérer les segments osseux trop volumineux, le Gypaète emploie la technique du cassage d’os. Sur les rochers et pierriers, il casse les os les plus longs, impossibles à ingérer en entier.
Comme les autres vautours, il exerce un service d’équarrissage et joue le rôle de nettoyer de la nature.

 

Le Plan National d’Actions en faveur du Gypaète barbu

Une espèce menacée

Au cours du XXème siècle, cette espèce emblématique a disparu de la plupart des massifs montagneux du pourtour méditerranéen.
Le Gypaète barbu a bénéficié de programmes de réintroduction sans précédent depuis 25 ans en Europe.

En 2011, il ne subsiste que 175 couples en Europe et seulement 50 couples sur l’ensemble du territoire français.
Grâce aux programmes de réintroduction entrepris, la population française de Gypaète barbu a tendance à s’accroître ces vingt dernières années. Mais l’équilibre reste fragile et, malgré les efforts entrepris, le Gypaète barbu reste une espèce « menacée d’extinction » en Europe, inscrite sur la liste rouge de la faune protégée/menacée en France (liste fixée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

De nombreuses menaces pèsent encore aujourd’hui sur cette espèce vulnérable :

  • Les risques de collision avec les câbles électriques,
  • Les dérangements sur la zone de nidification,
  • L’empoisonnement,
  • Les tirs,
  • L’absence de lien entre les différentes populations présentes en Europe.

Qu’est qu’un Plan National d’Actions ?

Les Plans Nationaux d’Actions en faveur des espèces menacées contribuent à la protection de la biodiversité en France métropolitaine et en outre-mer. Ce sont des outils stratégiques qui visent à assurer le maintien de ces espèces ou leur rétablissement dans un état de conservation favorable. Ainsi, ils définissent les actions nécessaires à la conservation et à la restauration des espèces les plus menacées.

Le Plan National d’Actions en faveur du Gypaète barbu pour la période 2010-2020

Document de présentation (format PDF).

Malgré les nombreuses actions menées par le réseau d’acteurs locaux (Associations, établissements publics collectivités, etc.) pour agir sur les menaces pesant sur le Gypaète barbu, les populations française restent fragiles et nécessitent de poursuivre les efforts entrepris.
C’est pourquoi le Ministère en charge de l’environnement a souhaité mettre en place un second Plan National d’Actions (PNA) en faveur de cette espèce, pour la période 2010-2020.
Ce PNA poursuit les quatre objectifs suivants :

  1. Préserver, restaurer et améliorer l’habitat, à la fois en limitant les dérangements sur les sites de nidification et en améliorant la disponibilité alimentaire.
  2. Réduire les facteurs de mortalité anthropiques liés à la présence de câbles, à des intoxications ou à des tirs.
  3. Etendre l’aire de répartition de l’espèce et favoriser les échanges d’individus entre populations.
  4. Favoriser la prise en compte du plan dans les politiques publiques.

La constitution d’un continuum entre les Alpes et les Pyrénées est l’action phare de ce Plan. La réintroduction dans les Grands Causses répond à cette priorité prévue dans le 3ème objectif, puisqu’il consiste en la libération de jeunes gypaètes barbus dans le sud du Massif central ; à mi-chemin entre la population pyrénéenne et celle des Alpes.

Des actions complémentaires de sensibilisation des différents acteurs concernés par la conservation du Gypaète barbu et du grand public sont mises en œuvre pour permettre une meilleure prise en compte de l’espèce dans les activités humaines et les politiques publiques.
Afin d’assurer une meilleure connaissance de l’espèce des études scientifiques sont également réalisées.

Pour en savoir plus sur le Gypaète barbu et son Plan National d’Actions en faveur du Gypaète barbu :
http://rapaces.lpo.fr/gypaete-barbu/presentation

Statut de protection

Au niveau mondial, le Gypaète barbu est classé « Near Threatened » (= quasi menacé) depuis 2014.

A l'échelle européenne, d'après les critères définis par BirdLife International (TUCKER et HEATH, 1994), le Gypaète barbu est classé en catégorie SPEC 3 (Species Populations in European Category 3), qui regroupe les espèces dont les populations ne sont pas concentrées en Europe, mais dont le statut de conservation est défavorable pour les populations européennes.

L'espèce a été classée « Vulnérable » en Europe (BirdLife International, 2004).

En France, l'espèce est inscrite sur la Liste Rouge révisée de la faune dans la catégorie "En danger" (UICN France, 2008). Elle est classée dans la catégorie CMAP 1 qui regroupe les espèces présentes en France et menacées à l'échelle mondiale dont la Conservation Mérite une Attention Particulière de niveau 1.

Au titre de l’arrêté du 29/09/2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire français et les modalités de leur protection (JORF du 05/12/2009° :

Sont interdits sur tout le territoire métropolitain et en tout temps : la destruction intentionnelle ou l'enlèvement des œufs et des nids ; la destruction, la mutilation intentionnelles, la capture ou l'enlèvement des oiseaux dans le milieu naturel ; la perturbation intentionnelle des oiseaux, notamment pendant la période de reproduction et de dépendance, pour autant que la perturbation remette en cause le bon accomplissement des cycles biologiques de l'espèce considérée.

Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l'espèce est présente ainsi que dans l'aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants la destruction, l'altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux.

Ces interdictions s'appliquent aux éléments physiques ou biologiques réputés nécessaires à la reproduction ou au repos de l'espèce considérée, aussi longtemps qu'ils sont effectivement utilisés ou utilisables au cours des cycles successifs de reproduction ou de repos de cette espèce et pour autant que la destruction, l'altération ou la dégradation remette en cause le bon accomplissement de ces cycles biologiques.
Sont interdits sur tout le territoire national et en tout temps la détention, le transport, la naturalisation, le colportage, la mise en vente, la vente ou l'achat, l'utilisation commerciale ou non des spécimens d'oiseaux prélevés - dans le milieu naturel du territoire métropolitain de la France, après le 19mai 1981- dans le milieu naturel du territoire européen des autres Etats membres de l'Union européenne, après la date d'entrée en vigueur dans ces Etats de la directive du 2 avril 1979 susvisée ».

L’espèce est également citée dans toutes les conventions et directives internationales :

  • Le Gypaète barbu est inscrit en Annexe II de la Convention de Bern du 19 septembre 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe ratifiée par la France (JORF du 28 août 1990 et du 20 août 1996), dans laquelle il apparaît comme "espèce devant être strictement protégée".
  • Il est inscrit en Annexe II de la Convention de Bonn du 23 juin 1979 relative à la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage ratifiée par la France (JORF du 30 octobre 1990) qui le mentionne parmi les « espèces migratrices se trouvant dans un état de conservation défavorable et nécessitant l’adoption de mesures de conservation et de gestion appropriées ».
  • Au niveau européen, l'espèce est inscrite à l'Annexe I de la Directive "Oiseaux" n°79/409/CEE du Conseil de l’Europe du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages (JOCE du 25 avril 1979, dernière modification JOCE du 30 juin 1996) qui mentionne le Gypaète barbu parmi les espèces devant faire l’objet de mesures spéciales de conservation, en particulier en ce qui concerne son habitat (Zone de Protection Spéciale). Cette directive a été traduite en droit français par l'arrêté du 16 novembre 2001 qui classe le Gypaète barbu parmi les espèces pouvant justifier de la désignation de zones de protection spéciales au titre du réseau écologique européen Natura 2000.

Concernant le commerce international :

  • Il est inscrit en Annexe II de la Convention de Washington du 3 mars 1973 sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ratifiée par la France (JORF du 17 septembre 1978 ; dernière modification JORF du 22 mars 1996) qui le mentionne comme « espèce vulnérable dont le commerce est strictement réglementé ».
  • Il est inscrit en Annexe C1 du Règlement communautaire CITES (CEE) n° 3626/82 du Conseil de l'Europe du 3 décembre 1982 relatif à l’application dans la Communauté européenne de la CITES (dernière modification JOCE du 10 mars 1995) qui le mentionne comme « espèce menacée d’extinction dont le commerce à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne est interdit, sauf dans des conditions exceptionnelles ».

Les programmes français et européens de réintroduction

La VCF

La Vulture Conservation Foundation (VCF) est une ONG internationale engagée dans la conservation des quatres espèces européennes de vautours: Vautour fauve (Gyps fulvus), Vautour moine (Aegypius monachus), Vautour percnoptère (Neophron percnopterus), et le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus). Cette ONG a de grandes compétences dans la reproduction, réintroduction et protection de ces espèces de Vautours dans leur milieu naturel. Depuis 1986, un réseau d’experts européens regroupés au sein de la Vulture Conservation Foundation (VCF) a mis en place un ambitieux programme de réintroduction du Gypaète barbu en Europe. La première étape était d’identifier, de sexer et d’apparier les individus captifs (dans des Zoos, puis dans des Centres spécialisés) et d’obtenir les premières reproductions.
Aujourd’hui, ce réseau (Espèces captives protégées en danger – EEP network) permet la production annuelle de plus de 20 jeunes gypaètes consacrés à la réintroduction dans le milieu naturel.
La Fondation, légalement basée en Hollande, gère un réseau d’une cinquantaine d’institutions européennes, centres d’élevages et zoos, spécialisés dans l’élevage des gypaètes.

Les programmes alpins

Les premières réintroductions dans les Alpes françaises datent de 1986, en Haute-Savoie. Un site de lâcher est mis en place en 1993 dans le Parc national du Mercantour, et les oiseaux s’installent dans le Parc national de la Vanoise à partir de 1992. Un réseau d’observateurs sur tout l’arc alpin est progressivement constitué pour assurer le suivi des oiseaux réintroduits dans le milieu naturel. Le réseau n’a eu de cesse de se dynamiser depuis et couvre aujourd’hui toute la partie française de l’arc alpin.
Jusqu’en 2011, 170 jeunes oiseaux ont été réintroduits aux quatre coins des Alpes (France, Autriche et Suisse). Le Gypaète barbu est aujourd’hui bien présent, avec 20 couples reproducteurs sur tout l’arc alpin. Ces différentes réintroductions dans le massif alpin ont permis l’installation de 8 couples reproducteurs dans les Alpes françaises.
Mais les experts sont unanimes sur la nécessité d’augmenter la répartition spatiale de l’espèce sur l’arc alpin. L’objectif est de pérenniser la population de gypaètes par l’accroissement de l’aire de répartition géographique et l’augmentation de couples reproducteurs.

Le Vercors

L’existence du programme de libération d’oiseaux dans le sud du Vercors (dans le Diois) est justifiée par le besoin de créer cette connexion entre individus autochtones pyrénéens et gypaètes libérés dans les Alpes.
Le Vercors bénéficie d’un terrain favorable au Gypaète. La faune sauvage y abonde et les hautes falaises calcaires sont idéales pour installer des nids. De plus, le Vercors occupe une position centrale, permettant de relier entre elles les différentes populations existant dans les Alpes. Ce projet s’inscrit dans la politique de restauration de la biodiversité que mène le Parc naturel régional de Vercors depuis les années 80.
Ce programme de réintroduction de Gypaète barbu dans le Parc naturel régional du Vercors, initié en 2010, a permis la libération de trois jeunes oiseaux nés en captivité. Trois oiseaux – Stefan, venu du centre d’élevage autrichien, Cordouane, de la République tchèque, et Lousa, née au centre d’élevage de Haute-Savoie – ont été relâchés le 6 juin 2010.
Ce programme s’inscrit dans la continuité de l’action volontariste, débutée en 1986 dans les Alpes françaises et couronnée de succès.

Le réseau IBM

En cours de rédaction

Le programme Pyrénées Vivantes

La population pyrénéenne de Gypaète barbu est autochtone et ne bénéficie d’aucun programme de réintroduction. Le programme Pyrénées Vivantes met en œuvre des actions en faveur du Gypaète barbu à travers le réseau « Casseur d’os », créé il y a 30 ans pour suivre le Gypaète.
Ce réseau s’est enrichi de nouvelles structures au fur et à mesure des programmes de conservation. Il regroupe aujourd’hui une trentaine de structures à travers le massif pyrénéen.
Les actions du réseau « Casseur d’os » visent à assurer le suivi des couples et des oiseaux marqués, réaliser des comptages et apporter un soutien alimentaire aux gypaètes.