Le projet et son environnement

 

Photo Bruno Berthémy ©
 

Pourquoi réintroduire le Gypaète barbu ?

En juin 2012, un projet de réintroduction de Gypaète barbu a vu le jour dans les Grands Causses. Il vise à renforcer la population française de Gypaète barbu.
Il s’agit de lâcher des jeunes oiseaux afin que ceux-ci forment un noyau de population dans le Massif central, et, par leurs déplacements, établissent des échanges entre les populations alpines et pyrénéennes.
Les populations des Pyrénées, des Alpes et du Massif central pourraient constituer une véritable métapopulation ouest européenne, avec de meilleures chances de survie à long terme pour l’espèce.
Ce projet d’exception est porté par l’antenne Grands Causses de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), en partenariat avec le Parc national des Cévennes et le Parc naturel régional des Grands Causses.
Cette action d’envergure internationale est soutenue par la Vulture Conservation Foundation et s’inscrit dans le cadre du Plan National d’Actions en faveur du Gypaète barbu 2010-2020.

 

Pourquoi les Grands Causses ?

 

Photo Philippe Lécuyer ©

Les Grands Causes, au sud du Massif central, rassemblent tous les atouts pour mener à bien cette opération de lâcher de Gypaète barbu. Situés entre les Alpes et les Pyrénées, ils constituent le site idéal pour construire un « corridor » reliant ces deux massifs.
L’habitat et les ressources alimentaires sont adéquats pour accueillir une population de gypaètes. Ce territoire génère également une aérologie favorable à la présence d’oiseaux planeurs et possède de nombreux sites propices à la nidification du Gypaète dans ce secteur.

Enfin, un savoir-faire et une expertise ont déjà permis de réintroduire avec succès les vautours fauves et moines. Ces réintroductions ont également permis le retour spontané du Vautour percnoptère sur ce territoire.
Avec la présence du Gypaète barbu, les Grands Causses seront l’un des sites les plus complets en matière de grands rapaces.
De plus, les « Causses et Cévennes » sont un paysage culturel de l’agropastoralisme méditerranéen inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis juin 2011.

Des opérations menées dans le Vercors et dans l’Aude ont commencé à poser les bases de ce « pont », dont le Massif central sera le pilier majeur.
La réintroduction du Gypaète barbu dans les Grands Causses constitue l’achèvement des projets de réintroduction menés en Europe depuis plus de 25 ans, qui visent à assurer la durabilité de l’espèce à l’échelle nationale et européenne.

 

Le choix des sites de réintroduction dans les Grands Causses

Un programme de réintroduction répond à une volonté de restauration et/ou de conservation de la biodiversité. Les espèces qui sont réintroduites et les sites qui les accueillent doivent répondre à différents critères (définis dans les recommandations de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, en 1998) :

  • Le site de réintroduction doit se situer dans l’aire biogéographique de l’espèce ;
  • Le site doit correspondre aux exigences écologiques propres à l’espèce ;
  • Les causes de disparition ainsi que les menaces actuelles existantes doivent être connues et les solutions pour les corriger mises en place ;
  • Les contextes social et local doivent être favorables.

  

Il s’agit en général de sites accessibles, faciles à aménager et à préserver. De plus, les sites doivent présenter suffisamment de pente dont les surfaces sans couverture végétale permettent un facile suivi des oiseaux lors de leurs premiers vols.
Enfin, le site choisi doit être situé sur une zone où évoluent des congénères ou d’autres espèces de vautours, et isolé de tout dérangement.

De nombreux sites potentiels pouvaient être utilisés pour réaliser les lâchers des jeunes gypaètes barbus dans les Grands Causses. Une sélection des quatre meilleurs sites a été effectuée, puis ils ont été soumis à l’appréciation d’une commission d’experts de la Vulture Conservation Foundation et du réseau International Bearded Vulture Monitoring.

Deux de ces sites ont finalement été sélectionnés en 2011, car ils rassemblent l’essentiel des caractéristiques nécessaires.
Le site de Meyrueis est le premier utilisé, en 2012. Il est situé en Lozère et en zone cœur du Parc national des Cévennes, sur la Corniche du Causse Méjean.
Le second site se situe sur le territoire de la commune de Nant, en Aveyron. Il sera utilisé à compter de 2013, pour la seconde année de lâcher des jeunes gypaètes barbus.

Ces deux sites rassemblent des attraits équivalents et présentent l’intérêt de se situer sur deux départements et deux régions différentes. Ils seront par la suite utilisés alternativement.

Carte de situation des sites de lâcher, à télécharger (format PDF).

 

Description des démarches administratives

En France, pour mener un projet de réintroduction, il est nécessaire de passer devant différentes instances qui doivent émettre un avis sur le projet de réintroduction :

  • La Commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites (CDNPS) du département où s’effectue le lâcher ;
  • La Commission faune du Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN) ;
  • La Commission faune du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN).

Le projet doit également être soumis à la consultation du public.

Tout projet de réintroduction doit donc être finement étudié en amont afin de pouvoir être soumis à différents avis. Une étude de faisabilité a ainsi été réalisée afin de justifier le choix du site de lâcher.

Le Gypaète barbu étant une espèce protégée dont l’introduction dans le milieu naturel est interdite, la réintroduction nécessite d’obtenir de la part une autorisation du Ministère en charge de l’environnement. Si l’oiseau vient d’un centre d’élevage européen, le gouvernement de l’Etat de départ doit délivrer une autorisation pour le transport.

 

Présence historique du Gypaète dans le Massif central

Photo chapiteau de l’église de Conques, XIIème siècle (Aveyron), J-F Terrasse ©

Toutes les recherches effectuées par les archéologues attestent d’une présence historique continue du Gypaète barbu en France méridionale. Dans le sud des Alpes comme le sud ou l’ouest du Massif central, des dépôts d’os de gypaètes ont été retrouvés en grande quantité.
De nombreuses données bibliographiques mentionnent le Gypaète barbu en Provence et dans le Massif central, à diverses époques. Beaucoup font état d’oiseaux tirés et naturalisés dans des collections privées, à l’instar des données récoltées dans les Alpes. Compte tenu de la conformité des milieux rupestres situés entre Alpes et Pyrénées, il est probable que le Gypaète les a fréquentés lorsque ses populations étaient abondantes.

Contrairement aux Alpes et à d’autres régions où l’extinction est très documentée à partir du XIXème siècle, la pauvreté des données historiques concernant le sud du Massif central peut surprendre et laisse imaginer que la disparition de ces régions date d’une période plus ancienne. Cependant, les Grands Causses forment aujourd’hui partie intégrante de l’habitat biogéographique du Gypaète barbu et sont donc propices au retour de cette espèce.

Cf. l'article Rapaces de France : « Présence historique des vautours et du gypaète en Eurasie »  à télécharger (format PDF).

 

La méthode employée pour le lâcher

Les jeunes oiseaux, nés en captivité, sont réintroduits par la technique dite du « taquet ». Ils sont déposés dans un site rupestre favorable, puis ils prennent leur envol spontanément et par leurs propres moyens, après leur acclimatation au site (soit environ 30 jours après leur dépôt dans la cavité de réintroduction).
Les lâchers ont commencés en 2012 et seront réalisés sur une durée minimum de dix ans.

 

La surveillance et le suivi

Pendant toute la durée de leur « séjour au nid », les jeunes gypaètes sont surveillés en permanence. Une équipe de cinq personnes assure la surveillance quotidienne des oiseaux, du lever jusqu’au coucher du soleil, à proximité des oiseaux.

Dans un souci de quiétude et de tranquillité des oiseaux, le lieu de lâcher est interdit au public.

Vous pouvez venir observer les oiseaux depuis le poste d’accueil mis en place au Camping La Cascade (lien), à Salvinsac. Toutes les personnes intéressées ont la possibilité d’observer les oiseaux à l’aide de longues vues. Une équipe de surveillants est présente afin de vous fournir des informations sur le projet et les oiseaux.