De nouvelles recherches révèlent l'étendue de la contamination par le plomb chez les vautours sauvages

Écrit tiré de la traduction de l’article “New research review reveals the extent of lead contamination in wild vultures” de la VCF.
Pour lire l’article originel cliquer sur le lien ci-dessous :
https://www.4vultures.org/research-into-the-lead-contamination-of-wild-vultures

Un article récemment publié dans la revue Science of the Total Environment a passé en revue 62 articles scientifiques du monde entier qui ont étudié la contamination des vautours et des condors par le plomb. Les résultats confirment que l'exposition au plomb, principalement par l'ingestion de munitions au plomb, constitue une grave menace pour de nombreuses populations de vautours.

vautour fauve photo de Aurélien Dessort

Menace d'empoisonnement au plomb

Le saturnisme causé par les munitions utilisées par les chasseurs est une menace souvent négligée, mais il est répandu et peut avoir des répercussions au niveau de la population et l'article présente un aperçu utile de l'impact de cette contamination au plomb.
Lorsqu'un animal est abattu, la balle de plomb se fragmente largement dans la carcasse. Souvent, les carcasses et les viscères de ces animaux sont laissés derrière et à l'air libre par les chasseurs. En se nourrissant des carcasses d'animaux qui ont été abattus, les vautours peuvent alors ingérer des fragments de plomb.

Études sur l'exposition au plomb

L'article a révélé que la grande majorité (92 %) des articles examinés ont été publiés après 2001, ce qui montre que l'exposition au plomb chez les vautours n'a été étudiée que relativement récemment. Il y a également une disparité géographique dans les efforts de recherche, 72 % des articles présentant des résultats d'Amérique du Nord et d'Europe.

Treize des 23 espèces de vautours et de condors ont été incluses dans les études et 88 % des articles ont identifié des individus ayant des concentrations de plomb supérieures aux seuils de contamination dans les tissus échantillonnés. Malgré cela, la contamination par le plomb est considérée comme une menace majeure pour seulement 8% (2/23) des espèces de vautours classées par l'UICN sur la Liste rouge.

Impacts de la contamination au plomb

La source de contamination au plomb la plus fréquemment soupçonnée était l'ingestion de munitions au plomb, lorsque les vautours se nourrissent de charogne, ou de déchets d'animaux tués par les chasseurs. Les auteurs recommandent que d'autres recherches normalisées soient effectuées afin de confirmer ce lien, de permettre l'élaboration et la mise en œuvre d'une législation appropriée, pour éliminer cette menace pour les populations de vautours et d'autres espèces sauvages.

vautour fauve et percnotère photo de Rafael Palomo Santana

Les effets de la contamination des vautours par le plomb sur la santé comprennent l'inhibition des fonctions métaboliques et des effets négatifs sur les systèmes nerveux, reproducteur, immunitaire, urinaire et digestif. L'intoxication aiguë et chronique peut entraîner la faiblesse, l'inhibition du mouvement, la paralysie, l'inhibition de la respiration, des anomalies comportementales, la perte de poids, des perturbations du système immunitaire et la minéralisation osseuse. En fin de compte, dans de nombreux cas, la toxicose du plomb entraîne la mort. Cependant, les auteurs soulignent qu'il existe un manque de connaissances sur la sensibilité des différentes espèces de vautours à la contamination par le plomb, et ils appellent à poursuivre les recherches dans ce domaine en utilisant des méthodes et des critères normalisés pour les études futures.

Les dernières phrases des conclusions de l'article illustrent la grave menace que représente la contamination des populations de vautours par le plomb et la nécessité urgente d'y faire face par des recherches plus poussées pour éclairer les politiques et actions de conservation :

"Il est urgent d'évaluer l'effet de ce contaminant sur la démographie des vautours, car certaines espèces peuvent subir d'importantes réductions sur leurs populations en raison de cette menace. Une menace silencieuse telle que le plomb peut entraîner des diminutions de population à long terme qui sont difficiles à détecter ou à inverser et qui méritent donc une attention particulière."

Protéger les vautours

Reconnaissant l'impact du saturnisme ou de la contamination par le plomb, la Fondation pour la conservation des vautours et d'autres organisations de conservation travaillent avec les chasseurs et les gouvernements à l'adoption de lois et de règlements pour minimiser cette menace.

Le saturnisme a été reconnu comme un problème important dans le Plan d'action multispécifique pour les vautours, un plan mondial pour la conservation de 15 espèces de vautours, élaboré conjointement par la Vulture Conservation Foundation, qui a demandé l'abandon progressif de son utilisation. Les auteurs de l'étude ont mis en évidence que certains effets communs sur les vautours sont en fait sublétaux, en réduisant leurs performances de reproduction, en altérant négativement leurs schémas de déplacement et en augmentant la probabilité de collisions avec les lignes électriques.

Dans toute l'Europe, plusieurs initiatives ont été prises pour réduire l'utilisation de munitions au plomb. Dans les Alpes italiennes, l'utilisation de munitions au plomb a été interdite dans le parc national de Stelvio et la Province de Sondrio. Au Parc National de Hohe Tauern en Autriche, dans les Pyrénées et dans le cadre des projets de conservation GypConnect et GypHelp LIFE, au Parc National des Cévennes dans le Massif central français et en Haute-Savoie, un projet pilote où des chasseurs essaient des munitions sans plomb est mis en œuvre.

Après tout cela, nous sommes extrêmement heureux d'apprendre que la Generalitat Valenciana a interdit l'utilisation de munitions au plomb dans deux zones du Maestrazgo, une mesure très positive pour protéger les vautours, y compris les oiseaux relâchés dans le cadre du nouveau projet de réintroduction des gypaètes barbus.

 vautour fauve photo de Bruno Berthémy
traduction et rédaction article : Aurélien Dessort LPO Programmes Nationaux de Conservation