Biologie

 

Un vautour dont l’origine remonte au Pléistocène

Le Vautour fauve appartient au genre Gyps qui comprend 8 espèces dont 5 sont présentes en Asie et 4 sur le vieux continent (Afrique, Europe). Le Vautour fauve Gyps fulvus fulvus est présent en Eurasie de l’Ouest du Paléarctique jusqu’en Asie du sud où la sous-espèce nominale est remplacée par fulvescens en Afghanistan, au Pakistan et au nord de l’Inde. La différence entre les deux sous-espèces tient surtout à leur répartition géographique bien que des différences morphologiques soient décrites. Les vautours du genre Gyps sont apparus au pléistocène et forment un groupe assez homogène relativement connecté sur le plan géographique, les uns des autres.
  • Nom français : Vautour fauve
  • Nom latin : Gyps fulvus fulvus
  • Embranchement : Vertébrés
  • Classe : Oiseaux
  • Ordre : Accipitriformes
  • Famille : Accipitridae
  • Genre : Gyps
  • Espèce : fulvus

Les traces les plus anciennes du Vautour fauve…

… remontent à près de 40 000 ans. Ainsi, par exemple, 12 morceaux d’une flûte en ivoire, de 21,8 cm de long et de 8 mm de diamètre, ont été retrouvés en septembre 2008 dans la grotte « Hohle Fels » de la vallée de l’Ach, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Vieux de 36 000 ans, ce fifre, taillé dans un radius de Vautour fauve (Gyps fulvus), est le plus vieil instrument de musique connu… Non seulement, des flûtes furent découvertes au pays basque au sud-ouest d’Isturitz, dans le Vercors et les gorges de la Jonte. Les Magdaléniens sculptèrent ces instruments dans les os de vautours. Ainsi, de nombreux restes ont été découverts en France notamment dans le bassin méditerranéen mais également dans le pays basque dans des gisements de l’aurignacien supérieur (Paléolithique supérieur - Bouchud, 1952) en Ariège (grotte de la vache) et dans le Magdalénien (Clot & Mourer-Chauviré 1986, Koby 1957, Laroulandie 2000). Dans l’Yonne à Arcy-sur-Cure (Yonne) des déchets du Paléolithique supérieur ont permis d’identifier des ulnas de Vautour fauve (Mourer-Chauviré, 1979, 1983), etc…

Jusqu’aux glaciations du quaternaire…

… les vautours suivaient les parcours des grands troupeaux d’herbivores sauvages. Ces glaciations furent d’ailleurs fatales au plus grand d’entre tous : Gyps melitensis qui était également présent en Corse. Différents sites de présence de cette espèce éteinte ont été découverts dans l’abri sud de la Grotte de la Coscia en Corse (Bonifay et al. 1998) ou encore en Crête. En Corse, cet oiseau nous provient du pléistocène supérieur et une datation des ossements après calibration indique un âge de 15365 à 14927 avant J.C. (Salotti et al., 2000).
Avec la dernière glaciation qui s’est achevée il y a seulement 10 000 ans, et qui a conduit à la disparition des grands mammifères adaptés au froid (rhinocéros laineux, mammouths.) en Europe, les paysages s’ornent d’une couverture boisée dominée, entre le dernier glaciaire et l’holocène, par le genévrier (Juniperus), le bouleau (Betula) suivi des pins (Pinus) puis, vers 10.000 BP apparaît les essences de la forêt tempérée à travers toute l'Europe. C’est alors que les hommes -qui se nourrissaient jusqu’alors des produits de la chasse, de la pêche, du charognage, et de la cueillette- allaient connaître une lente évolution qui marquera profondément leurs habitudes, et leur mode de vie.

L'élevage, la sédentarisation et l'agriculture…

… apparus au Mésolithique (-12000 à -9500 ans avant JC.) au Moyen–orient puis nous parviendra bien plus tard en Europe. En effet, le développement néolithique en Europe comme en Afrique du nord ne s'est réalisé progressivement qu'à partir de 8 500 ans. Les vautours accompagnèrent cette évolution progressive du Mésolithique et du Néolithique en suivant non seulement les parcours des troupeaux d’herbivores sauvages mais également désormais les troupeaux domestiques. Ils entretiennent par ce fait un lien étroit et historique avec l’homme que la littérature d’une brève lucidité a su mettre en évidence.

 

Le recours au service des vautours : une pratique issue de la nuit des temps

Entre emblèmes et allégories (dans son acception de récits), le Vautour fauve est très présent dans les représentations des cultures humaines. Il a été représenté pour la symbolique de ses plumes, de ses ailes et comme Être mythique assurant un lien avec la vie céleste. Il régnait alors sans partage avec l’aigle dans les emblèmes de l’antiquité et partageait des liens de divinité tout en exerçant sa fonction naturelle de purificateur du sol. Plus apte à conduire les défunts vers leur dernier voyage céleste, l’homme préférait en conséquence lui déléguer ses anciens rites anthropophagiques. Le recours des vautours comme équarrisseurs naturels efficaces était déjà reconnu au 1er millénaire avant JC.

Lucrèce décrivait un tableau serein de la transformation de la matière : « les fleuves, la verdure, les gras pâturages se transforment en troupeaux, les troupeaux se transforment en corps humains, et notre chair à son tour souvent s’en va accroître les forces des bêtes sauvages et le corps des vautours aux ailes puissantes » (Lucrèce, De la Nature, Livre II-875). Lucrèce qui vivait à Rome, cette cité qui doit sa fondation aux 12 vautours qui apparurent dans le ciel de Romulus. L’abondance de cet oiseau sacré, révélant la bienveillance des Dieux, la prédestination de la grandeur romaine, a été déterminante dans le choix de la localisation de la cité confiée aux vautours. Les vautours régnaient alors sans partage avec l’aigle dans les emblèmes de l’antiquité. Comme l’Aigle qui représentait Zeus et Jupiter, le vautour partageait des liens de divinité tout en exerçant sa fonction naturelle de purificateur du sol.

Plus loin, la découverte de représentations et de restes de vautours en Turquie, dans le plus ancien temple de l'humanité de Göbekli Tepe (12 000 ans) dans la plaine de Konya, en Anatolie centrale témoigne là encore du recours aux vautours. Comme dans de nombreuses autres régions (Nevali Cori, Göbekli Tepe en Turquie et Jerf el-Ahmar en Syrie, Shanidar, dans les monts Zagros au nord de l'Irak, …) les cadavres du clan, des membres de la famille étaient confiés aux vautours qui participaient ainsi aux rites funéraires. L’homme préférait déléguer ses anciens rites anthropophagiques aux vautours les plus aptes à conduire les défunts vers leur dernier voyage céleste… Cette pratique est toujours d’usage pour les adeptes de Zarathoustra en Iran et en Inde où les vautours officient à l’occasion des dakma. Elle est également pratiquée sur les contreforts himalayens au Tibet (mis en scène dans le film de Martin Scorsese « Kundun »).

Le recours aux rapaces nécrophages…

… était également un moyen pour certaines civilisations (Mèdes dans l’Iran ancien) d’éviter toute souillure de la terre, de l’eau et du feu. Le recours des vautours comme équarrisseurs naturels efficaces pour éviter les risques de pollution était donc déjà reconnu au 1er millénaire avant JC. Confier les cadavres aux oiseaux nécrophages était également une pratique d’usage dans l’hexagone. Les celtes confiaient les dépouilles de leurs guerriers vainqueurs aux oiseaux nécrophages. En témoigne Silius Italicus (Punica, III, v. 340-343, 2ème moitié du 1er siècle après J.-C.) : « il est sacrilège de brûler le corps de celui qui est mort au combat, car c'est le vautour, en se rassasiant de sa dépouille, qui le conduira au ciel auprès des dieux ». Une fois décharnés les corps pouvaient alors rejoindre les divinités et le site du rite était transformé en lieu de culte.
En Provence, la statue de vautour de Roquepertuse (découverte sur la commune de Velaux dans les Bouches-du-Rhône, aujourd’hui exposée au musée de la Vieille Charité à Marseille) datant du 5ème siècle, suggère en l’absence de nécropole, que les défunts étaient aussi confiés à la bienveillance des vautours.
Comment évoquer la représentation des vautours dans les rituels anciens sans évoquer l’emblème de ces oiseaux dans l’Egypte ancienne avec Nekhbet déesse protectrice de la Haute-Égypte qui était représentée par un vautour ou encore la déesse Mout, symbole de la maternité qui arborait également une ou plusieurs têtes de vautour. En Egypte, les cadavres en revanche n’étaient pas confiés aux vautours ( : serviteurs de la vie) ils symbolisaient essentiellement la naissance et la vie. Ces cadavres n’étaient d’ailleurs confiés à aucune autre créature vivante (d’où la pratique de l’embaumement).

De cette adoration des vautours par les pharaons…

… les déesses et reines de l’Egypte ancienne, de la Grèce antique, ou encore des Perses à la répulsion actuelle de l’espèce désormais classée au rang de paria, la perception des vautours dans l’imaginaire collectif renvoie certainement à la recherche incessante de l’homme à échapper à son ultime étape de la vie : la vieillesse et la mort. La présence des vautours dans nos sociétés modernes contrevient à la volonté de l’homme d’échapper à son propre sort originel prévu par la nature.
 

 

Un vautour adapté à la nécrophagie et au physique singulier

Le Vautour fauve figure parmi les grands rapaces avec une envergure de 2,40 à 2,70 m et un poids qui peut varier de 7 à 11 kg. Il possède les particularités communes aux vautours du genre Gyps : un cou rétractable en S et une tête dépourvus de plumes et juste garnis de duvet épars, une collerette blanchâtre ou brunâtre et des rémiges foncées.
Le Vautour fauve est un charognard exclusif et se nourrit des cadavres de mammifères sauvages ou du bétail domestique.
Son bec solide est adapté pour couper et dépecer les chairs des animaux dont il se nourrit.
Ses pattes sont adaptées à la marche et inadéquates à la préhension. Elles sont munies de 4 doigts épais équipés de grosses griffes courtes peu recourbées et émoussées. Elles diffèrent parfaitement des serres de rapaces prédateurs. Incapables de transporter des matériaux avec ses pattes, le Vautour fauve peut se servir de ses pieds lors des repas pour prendre appuis sur les carcasses afin de mieux en extraire les morceaux avec son bec.

Les vautours du genre Gyps figurent parmi les grands rapaces avec une envergure de 1,90 à 2,90 m et un poids qui peut varier de 6 à 12 kg. Ils ont des particularités communes : un cou rétractable en S et une tête dépourvus de plumes et juste garnis de duvet épars, une collerette blanchâtre ou brunâtre et des rémiges foncées.
La face de leur tête arbore des couleurs variables selon les espèces du rosâtre ou bleuâtre, grisâtre au brunâtre. Le bec crochu est robuste et habituellement de couleur ivoire plus ou moins sombre selon les oiseaux. Les yeux vont du brun foncé au jaune. Les pattes et les doigts sont grisâtres ou noirâtres.
Les vautours du genre Gyps sont des charognards exclusifs et se nourrissent des cadavres de mammifères sauvages ou du bétail domestique.
Le Vautour fauve d’une envergure de 2,40 m à 2,70 m et d’un poids de 7 à 11 kg présente un plumage varié du roux brunâtre chez l’adulte au beige grisâtre chez l’adulte âgé. La couleur générale des individus peut varier selon l’âge, le sexe, les mues et l’usure des plumes des spécimens. Le plumage de la sous-espèce fluvescens est plus roux et plus pâle et les mensurations sensiblement inférieures.
Son manteau lui procure un grand mimétisme avec ses sites rupestres de prédilection, lui assurant ainsi une plus grande discrétion notamment sur ses aires de nidification.
Ces rémiges restent foncées quelques soit l’âge de l’oiseau. Les rémiges primaires implantées sur le carpométacarpe et sur les phalanges sont au nombre de 10 par aile. La silhouette du Vautour fauve en vol est également caractéristique. Les ailes au bord d’attaque rectilignes et au bord de fuite convexe, sont larges, longues et digitées. La queue est courte et composée de 14 rectrices.
Le bec d’environ 5 cm est solide. Il présente une mandibule supérieure fortement recourbée dont la pointe dépasse la mandibule inférieure. Son bec est donc crochu à son extrémité et permet de couper et de dépecer les cuirs et les chairs. Il permet de racler les os et de démantibuler les carcasses. Le bec est le seul véritable organe de préhension du Vautour fauve. Il reste toutefois peu acéré et insuffisamment puissant pour déchirer le cuir des cadavres, ce qui explique qu’il soit obligé de pénétrer par les orifices naturels ou de prospecter les parties où la peau est la plus fine (aisselles, aines, périnée).
Son cou est long (environ 40 cm déplié), souple et rétractable (grâce à 17 vertèbres cervicales) ce qui lui permet d’inspecter les carcasses jusqu’à la collerette sans souiller son plumage.
Les pattes de couleur grisâtres sont adaptées à la marche et inadéquates à la préhension. Elles sont munies de 4 doigts épais équipés de grosses griffes courtes peu recourbées et émoussées. Elles diffèrent donc parfaitement des serres de rapaces prédateurs. Incapables de transporter des matériaux avec ses pattes, le Vautour fauve peut se servir de ses pieds lors des repas pour prendre appuis sur les carcasses afin de mieux en extraire les morceaux de matières carnées avec son bec. Les pattes reposent au sol sur toute la longueur des doigts.

Ses organes du sens

L’acuité visuelle du Vautour fauve serait huit fois supérieure à l’Homme. Ainsi, malgré la petite taille de ses yeux, le Vautour fauve à une vue très développée contrairement à l’odorat. La position latérale de ses yeux lui permet de scruter un large territoire sans avoir à tourner la tête. En présence d’une bonne luminosité, son acuité visuelle est maximale au point d’être capable de distinguer des objets d’une taille de 30 cm à plus de 3000 m d’altitude. Sa vue lui permet parfaitement de distinguer les mouvements même à grande distance.
Ils disposent d’une ouïe parfaitement développée et d’un odorat au contraire considéré comme inexistant. Ses fentes nasales lui permettent la respiration et l’excrétion des sécrétions.

Ses dispositions au vol

Le Vautour fauve fait partie des oiseaux les plus lourds capables de voler. Il compense son handicap de poids en privilégiant un vol plané lui permettant d’optimiser ses dépenses énergétiques et de réaliser des vols endurants.
Malgré sa taille, il dispose d’une faible densité corporelle grâce à ses sacs aériens (20 % du volume corporel) et à son plumage. De plus, la position dorsale des viscères abdominaux lui permet d’abaisser son centre de gravité et de disposer d’une plus grande stabilité en vol. Sa configuration aérodynamique, l’attachement paramédiane de ses ailes et leur écartement distal (limitant la traînée induite) sont autant d’adaptations au vol de distance du Vautour fauve. L’envergure du Vautour fauve lui assure une portance sur pratiquement toute sa surface. Sa charge alaire lui permet d’optimiser les phases de transition entre deux thermiques par la rapidité du vol, ceci même si cette charge alaire constitue pour lui un handicap évident dans les phases de vol battu. Son envergue, en réduisant son allure de déplacement, lui permet également de réduire le rayon des virages et ainsi d’exploiter au mieux la masse d’air.

 

Les 25èmes rencontres du réseau vautour : un événement couronné de succès !

Ce week-end, ce sont tenues les 25èmes rencontres Vautours, qui ont accueilli sur deux jours plus de 140 personnes !

En tout cet évènement a rassemblé 66 structures et plusieurs pays tels que le Tchad, l’Algérie, l’Italie, les Balkans ou l’Oman ! Cela traduit bien la collaboration qui existe autour de la protection des vautours.
  

Vidéo de sensibilisation à l'empoisonnement

Suite aux deux constats d’empoisonnements de vautours au printemps 2018 dans les Grands Causses. La LPO et ses partenaires ont souhaité communiquer sur la menace représentée par l’empoisonnement des vautours et plus largement de la faune sauvage.
Voici la vidéo qui a été produite en partenariat avec tous les acteurs intervenant dans la lutte contre l’empoisonnement de la faune sauvage

Une étude réalisée en 2018 sur les vautours fauves en Andalousie révèle que la population continue de croître dans la région

Selon une étude réalisée par le ministère de l'environnement et de l'aménagement du territoire de la Junta de Andalucía. La population de vautours fauves est de 3 339 couples nicheurs dans la Région d'Andalousie, avec un taux de croissance d'environ 3 % depuis 1999. Occupant les affleurements rocheux des chaînes de montagnes, les colonies de vautours sont principalement présentes à l'extrémité occidentale de la chaîne Penibética (Alcornocales, Sierra de Grazalema, détroit de Gibraltar et Zaframagón), ainsi que dans la Sierra Morena centrale et orientale et la chaîne Subbética.

Bonne année 2018

L'ensemble de la LPO France et toute l'équipe de la LPO Mission Rapaces vous souhaitent une superbe année 2018 !