Les menaces qui pèsent sur le Vautour fauve

L’existence du Vautour fauve en France dépend d’une économie pastorale traditionnelle. Les troupeaux domestiques qui séjournent dans les estives et les parcours pastoraux lui fournissent une partie essentielle des ressources nécessaires à son cycle de vie. Plus globalement sur le pourtour méditerranéen, la distribution actuelle de l’espèce, sa diminution et/ou sa disparition sont à corréler à l’existence de ces troupeaux domestiques et à l’existence ou non de transhumance.
La situation du Vautour fauve illustre globalement l’actuelle condition de l’ensemble des vautours de l’Ancien Monde. Comme évoqué précédemment, alors que les vautours et leur rôle ont été appréciés durant des millénaires par les sociétés humaines pour recycler les cadavres, ce n’est que dans un passé récent que cette cohabitation séculaire s’est transformée en persécutions multiples, directes ou indirectes et ceci à l’échelle planétaire. Victimes de multiples atteintes, les vautours -dont les populations sont aujourd’hui fragilisées- risquent bien de ne pas survivre à ces dernières tourmentes. Ils ont pourtant su traverser plus de 30 millions d’années d’évolution pour nous parvenir.

Ils sont victimes :

  • d’empoisonnements en consommant soit des appâts empoisonnés déposés à leur attention ou le plus souvent à l’attention de mammifères sauvages, soit en consommant des cadavres d’animaux domestiques ayant fait l’objet de l’administration d’un traitement vétérinaire peu avant leur mort (anesthésiant, euthanasiant, anti-inflammatoire non stéroïdiens,…). De 1990 à 2008 près de 5800 rapaces nécrophages dont près de 2150 Vautours fauves (Secretariat Against the Illegal Use of Poison. 2010) ont été trouvés morts, victimes d’empoisonnement, en Espagne, avec une recrudescence des inhibiteurs de cholinestérases (Carbofuran, aldicarbe,…). En France un recensement non exhaustif relève sur la période 2000-2013, 228 Vautours fauves découverts morts dont 68 empoisonnés, sur 162 ayant fait l’objet d’une analyse toxicologique.
  • de l’appauvrissement de leur ressource alimentaire, dans les régions concernées par une érosion des effectifs d’ongulés sauvages, suite à la faible disponibilité et accessibilité des cadavres issus des cheptels domestiques qui sont traitées par la filière d’équarrissage industriel, ou dans les pays d’extrême pauvreté suite à la consommation du bétail mort par les populations.
  • de la destruction de leurs habitats de prédilection et de l’aménagement des territoires (fragmentation des habitats et installations d’infrastructures linéaires dangereuses : réseaux électriques, éoliens [2149 Vautours fauves ont été victimes d’éoliennes en dix ans (2000-2010) dans diverses régions d’Espagne (l’est de Castille-et-León, La Rioja, le sud de l’Aragon, sud de la Navarre, et la province de Castellón.]) notamment avec une urbanisation croissante dans les territoires de montagnes et de villégiature et l’accroissement des activités de pleine nature (conduisant à ouverture de desserte au cœur même des massifs et à la recrudescence des dérangements) ;
  • de prélèvements pour alimenter les réseaux de trafic d’animaux vivants, de trophées, de collectionneurs peu scrupuleux…
  • et d’actes de destruction délibérée. Tout a commencé lorsque nos sociétés en plein essor industriel et agricole ont engagé la grande traque contre les nuisibles. Le décret du 12/12/1905 fixant la liste des nuisibles et utiles allait alors organiser les massacres qui suivirent. Entre 1950 et 1970, ce sont plusieurs millions de rapaces qui ont été abattus avec en contrepartie le versement de primes « d’encouragement ». Ainsi, sans aucune distinction toutes les espèces qui portaient des serres et un bec crochu ont été condamnées à mort par tous les moyens : des battues, aux affûts, en passant par les piégeages, les appâts empoisonnés, les abattages des reproducteurs, jusqu’aux destructions des aires et des nichées. Les rapaces ont payé un lourd tribut au point que certains ont disparu (dont le Vautour fauve en France dès le début du XXème siècle) et d’autres sont toujours menacés d’extinction… Ces actes de destruction intentionnelle sont hélas toujours d’actualité. La recrudescence des actes de malveillance à l’encontre du Vautour fauve est constatée chaque année et ceci en particulier depuis la fin des années 2000.

Considérant la diminution mondiale de l’aire de distribution du Vautour fauve, la fragmentation de ses habitats, l’effondrement de ses effectifs, la situation de l’espèce est devenue préoccupante et constitue un enjeu majeur de conservation de la biodiversité. Seules ses populations en Asie mineure et de l’ouest de l’Europe semblent en meilleure posture bien que nous assistons à une recrudescence de la menace toxique…