Thèse sur le Vautour moine: Dynamique, Régulation et Viabilité des populations restaurées

Le vautour moine, une espèce en danger critique d’extinction

La guilde des charognards est la plus menacée au niveau mondial. Parmi elle, le Vautour moine est classé « en danger » d’après la liste rouge de l’IUCN 2016 en France (Fig. 1). L’espèce avait disparu du territoire français, pendant un siècle, avant d’être réintroduite dans les Grands Causses en 1992 par la LPO Grands Causses et le Parc national des Cévennes (PnC). Dans les Grands Causses, 53 individus ont été relâchés entre 1992 et 2004. La réintroduction du vautour moine continue dans les Baronnies et le Verdon. Il reste encore 4 individus à collecter puis relâcher pour les Baronnies et 13 pour le Verdon.

Les réintroductions, un outil de conservation à évaluer

Les réintroductions d'espèces figurent parmi les principaux outils de conservation employés pour restaurer la biodiversité. Elles visent à rétablir des populations d’espèces sauvages localement éteintes à l’intérieur de leur aire de répartition d’origine (IUCN/SCC, 2013). Malgré les efforts récents en biologie de la conservation, il n’existe pas encore de critères généraux acceptés pour témoigner du succès des programmes de réintroduction (Sarrazin & Barbault, 1996). C’est pourquoi il est intéressant d’évaluer l’efficacité des opérations de réintroduction à travers l’exemple des populations de vautours moines en France. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une thèse intitulée « Dynamique, Régulation et Viabilité des populations restaurées : le cas du Vautour moine » à l’université Pierre et Marie Curie (Paris 6), de septembre 2016 à septembre 2019. Sous la direction de François Sarrazin, Jean-Baptiste Mihoub et Olivier Duriez, cette thèse sera réalisée en étroite collaboration avec les organismes gestionnaires responsables de ces programmes de réintroduction (LPO Grands Causses, PnC, Association Vautours en Baronnies et LPO Verdon).

Quatre thématiques à étudier

1 : L’étude de la dynamique du succès de réintroduction selon trois phases (Sarrazin, 2007): (i) l’installation dépendant de la stratégie de lâcher, (ii) la croissance et (iii) la régulation correspondant à l’ajustement de la population à la capacité d’accueil du milieu. Ces dynamiques, peu étudiées jusqu’à présent, seront analysées à partir de l’estimation précise des paramètres démographiques (survie et dispersion) ainsi que des paramètres de reproduction grâce aux baguages des individus, à la relecture de bagues et au suivi des nids réalisés depuis 24 ans.
2 : La disponibilité en habitat de reproduction et l’accès aux ressources alimentaires comme possibles facteurs limitant l’expansion du Vautour moine : A partir de relevés de terrain et d'analyses cartographiques, les zones d'habitats favorables à l'espèce seront mises en évidence. Ces travaux permettront d'identifier les sources potentielles de menaces sur le territoire. Le régime alimentaire sera analysé à partir de restes de pelotes collectées au nid afin d'évaluer si le développement du Vautour moine est dépendant de l'utilisation des placettes d'alimentation et de vérifier que la population ne souffre pas de compétition avec les vautours fauves exploitant ces mêmes ressources.
3 : L’analyse des déplacements par suivi GPS avec pour objectifs : (i) la connaissance des domaines vitaux afin d’identifier les menaces potentielles sur le territoire; (ii) l’évaluation de la distance de dispersion des jeunes vautours moines nécessaire pour évaluer la viabilité de cette espèce dont les différents noyaux de populations sont interconnectés par des échanges génétiques.
4 : La modélisation de la dynamique et de la viabilité de la métapopulation française de Vautour moine, en liaison avec les populations espagnoles et des Balkans.

Le bilan des données existantes et leur rapatriement dans la base de données nationale « Vautours » coordonnée par le Muséum National d’Histoire Naturelle sont en cours. En parallèle, pour la première fois en France un Vautour moine né en nature, a été équipé d’une balise GPS dans les Grands Causses cet automne 2016 (Fig. 2). Ces données complèteront celles obtenues avec les oiseaux réintroduits (Baronnies et Verdon). Le suivi par satellite des individus intègre également les objectifs du Plan national d’Actions en faveur du Vautour moine. Il s’agit de mettre en évidence les zones exploitées par l’espèce pour les prendre en compte dans les futurs plans d’aménagement du territoire tel que les projets éoliens.

Un grand merci à tous ceux qui participent à la réalisation de ce projet !

Rédaction: Typhaine Rousteau