Diclofenac : une menace toxique qui ne se limite plus aux vautours…

 La LPO a rencontré l’Agence Nationale du Médicament vétérinaire, les Ministères de l'agriculture et de l'environnement afin de les alerter sur ses préoccupations suite à des autorisations de mise sur le marché du Diclofenac à usage vétérinaire en Italie et en Espagne et plus globalement du retour de cette molécule en Europe.
Il s’agissait de les alerter en vue d’une éventuelle demande d’autorisation de mise sur le marché en France et de les informer sur les actions entreprises par la Vulture Conservation Foundation (cf. VCF), BirdLife International, la LPO, la RSPB (pour le Royaume Uni), la SEO (pour l’Espagne), la LIPU (pour l’Italie), et NABU (pour l’Allemagne) en vue d’obtenir dans le cadre d’une procédure d’arbitrage communautaire une suspension des autorisations de mise sur le marché en cours et une interdiction du Diclofenac en Europe.
Actuellement, il existe 3 autorisations de mise sur le marché (AMM) en Europe de médicaments vétérinaires contenant du Diclofenac (Espagne, Italie et Estonie). Aucun dossier d’AMM ne semble avoir été présenté pour la France.
Les autorisations de mise sur le marché (AMM) du Diclofenac en Espagne et Italie, concernent :
o le Dolofenac, le Diclovet pour l’Espagne qui ont été accordées le 20 mars 2013 pour la firme FATRO IBERICA ;
o et le Reuflogin pour l’Italie accordée 10 décembre 2009 pour les porcins et bovins (sauf élevage laitiers) puis en septembre 2010 pour tous les élevages bovins (laitiers y compris) pour FATRO Von Franken.
Le Reuflogin et le Diclovet sont des spécialités exclusivement vétérinaires, alors que le Dolofenac est, quant à lui, à usage vétérinaire et en médecine humaine.

L’usage vétérinaire du Diclofenac dès la fin des années 80 en Asie a précipité les populations de vautours du genre Gyps au bord de l’extinction en quelques décennies (supérieur à 97% dans toute l'Asie du Sud depuis les années 1990). La toxicité du Diclofenac pour les vautours est aujourd’hui incontestable pour les vautours du genre Gyps mais également Neophron. La persistance du produit dans les organismes et sa toxicité (impact à partir de 1 % de la biomasse traitée) suffisent à tuer un grand nombre de vautours qui se repaissent sur un seul cadavre d’animal et ceci même s’il a été traité plusieurs jours auparavant.

Le spectre toxique du Diclofenac, ne se limite plus aux vautours. Un article paru aujourd’hui 27 mai 2014 dans le très sérieux journal Bird Conservation International (Cambridge University press, Sharma, & al. 2014) révèle les risques encourus par l'Aigle des steppes exposé à cet AINS. Ainsi donc la menace toxique du Diclofenac ne se limite plus désormais aux vautours mais s'étend également aux aigles du genre Aquila. En effet, cette nouvelle étude scientifique, publiée confirme que les aigles sont aussi sensibles au Diclofenac à usage vétérinaire, ce qui inévitablement augmente considérablement le niveau de menace potentiel et les risques pour la biodiversité européenne. Les tests effectués sur deux aigles des steppes (Aquila nipalensis) trouvés morts à proximité de cadavres de bétail au Rajasthan révèlent les mêmes signes cliniques d'insuffisance rénale bien documentés sur les vautours. Les auteurs suggèrent que les 14 espèces d'aigles du genre Aquila sont susceptibles d'être aussi probablement sensibles au Diclofenac.

Face à cette nouvelle menace pour la sauvegarde de la biodiversité en Europe et la pérennité des populations de rapaces, il devient urgent que les états membres de l’Union Européenne et la Commission révisent le volet d’évaluation écotoxicologique associé aux demandes d’AMM du Diclofenac à usage vétérinaire. Considérant la dangerosité du Diclofenac, le Royaume Uni ambitionne d’interdire les exportations et importations de cet anti-inflammatoire non stéroïdien et l’Inde, après avoir interdit le Diclofenac à usage vétérinaire en 2006, prévoit en 2014 de l’interdire en médecine humaine pour des conditionnements supérieurs à 3 ml.


P. Orabi