Suspicion de prédation de poussins d'Aigle botté par une Martre des pins dans les Landes

Observation rapportée par Philippe RAMOS

Connu depuis 2018, ce site de Haute-Chalosse situé dans une chênaie alluviale en bord d'Adour est occupé par un couple nicheur d'Aigle botté composé d'un mâle très clair et d'une femelle sombre.

Comme à l'accoutumée, ce couple s'est recomposé tardivement par rapport aux autres couples suivis sur ce secteur de l'Adour-moyen landais. En effet, des parades sont encore observées le 21 avril 2022 alors que la majorité des femelles des couples suivis couvent ou sont sur le point de pondre.

L'aire, située à près de 30 mètres de hauteur dans un Chêne pédonculé d'une centaine d'années, se trouve dans une palombière en activité. Elle a été cherchée et trouvée le 20 juillet 2022 afin de confirmer ou non le succès de reproduction de ce couple ;  des travaux de débroussaillage de la parcelle, envahie par les ronces y étant prévus pour début août.

Deux juvéniles âgés de 30-34 jours trahis par leurs cris à l'aire ont été découverts à 09h45 par une matinée ensoleillée et avant les fortes chaleurs qui se sont abattues sur la région depuis quelques semaines.

Le 27 juillet, toujours en milieu de matinée, lors d'un nouveau passage effectué sur le site, aucun poussin n'est visible à l'aire et aucun adulte n'est contacté malgré une approche discrète. Je décide donc d'attendre à l'affût dans le « tunnel » de la palombière afin d'entendre ou voir les jeunes se manifester et éventuellement assister au ravitaillement par un des deux adultes.

A 11h38, je suis surpris par l'arrivée du mâle plongeant dans l'aire et s'y posant, sans proie.

Il repart une vingtaine de secondes plus tard après avoir scruté le fond du nid. Intrigué par le fait qu'aucun des deux poussins ne se soit manifesté, je quitte le site car ne disposant pas des bottes me permettant de traverser les ronciers pour accéder à l'arbre porteur de l'aire.

Pressentant la disparition des poussins, j'effectue un nouveau passage sur le site le 28 juillet en fin d'après-midi et bien équipé cette fois. Rapidement, je découvre au pied de l'arbre porteur de l'aire la plumée d'un poussin : les rachis sectionnés ne laissent aucun doute quant à sa consommation et probablement sa prédation par un petit carnivore.

Une dizaine de mètres plus loin, c'est l'aile de l'aîné, un individu clair que je retrouve sectionnée à sa base et mâchée également. Son état de conservation ne laisse pas davantage de doute sur une prédation récente. Je constate également la présence de fèces de Martres des pins (Martes martes) anciennes et récentes pouvant laisser présumer de la prédation ou tout au moins de la consommation des poussins par le mustélidé.

A la demande de Christian RIOLS, j'effectue un nouveau passage sur le site pour collecter les fèces. 

Le détail de l'analyse des trois fèces faite par Christian a mis en évidence la présence de :

- Un Aigle botté juvénile, 14 Carabes tressés (Carabus cancellatus),
- Un Lapin de garenne (petit juvénile), un Mulot sylvestre, 10 Carabes tressés,
- 2 Mulots sylvestres, 6 Carabes tressés.

La prédation de ces deux jeunes à l'aire par une Martre des pins est donc une possibilité tout comme un « désairage » par un Autour des palombes avec une consommation a posteriori par le carnivore. Cependant ce rapace est contacté très rarement sur le secteur et uniquement en fin d'automne ou pendant l'hiver. Par ailleurs, le Grand-duc d'Europe, autre prédateur connu des poussins d'Aigle botté est absent du département des Landes.

La possible prédation de la nichée par une Martre des pins connue pour chasser la nuit et donc en l'absence de surveillance de l'un des adultes rend plausible la disparition de la nichée et ce malgré l'âge avancé des poussins estimé à 36-40 jours.

Note rédigée par Philippe RAMOS avec relecture et suggestions de Christian RIOLS