Premier baguage et suivi télémétrique de Pygargues à queue blanche en France

source : Edouard Lhomer, LOANA & Jacques-Olivier Travers, Les Aigles du Léman

Le mardi 1 juin 2022 a eu lieu un baguage exceptionnel en France : pour la première fois, deux jeunes pygargues à queue blanche nés en Moselle ont été bagués et équipés d’une balise GPS avant d’être remis au nid confiés aux soins de leurs parents.

Il y a douze ans que ce couple est venu nicher en France, une première depuis la disparition de l’espèce en France il y a plus d’un siècle. Depuis, 3 autres couples se sont installés dans le pays, deux en 2018 et un en 2022.

Dans le cadre du Plan national d’actions en faveur des aigles pêcheurs (Balbuzard pêcheur et Pygargue à queue blanche), Olivier Duriez, ornithologue et chercheur au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (Université de Montpellier), et conseiller scientifique pour le PNA ainsi que Jacques-Olivier Travers, responsable du programme national de baguage des pygargues en France démarré cette année, ont rejoint les équipes des bénévoles locaux, coordonnées par Edouard Lhomer de l’association LOANA. L’ONF était également présent en tant que gestionnaire forestier du massif où niche le couple de pygargues. Ces équipes d’ornithologues locaux ont assuré le suivi du couple en amont, afin de pouvoir fixer la date pour organiser l’opération de baguage et la pose de la balise sur chacun des deux aiglons avant leur envol. Dès le lendemain, les jeunes ont été revus sur le nid en pleine forme avec un des adultes. Grâce aux transmissions de position des balises, la date d’envol a pu être constatée : celui-ci a eu lieu le 18 juin. Depuis, les jeunes pygargues ne reviennent plus au nid mais fréquentent une parcelle forestière proche où ils continuent d’être ravitaillés par les adultes. Les déplacements des premières semaines restent limités à un rayon proche (500 à 1000m en moyenne). Puis les jeunes suivront les adultes sur les zones de chasse et apprendront à capturer eux-mêmes leurs proies, avant de prendre leur indépendance au courant de l’automne.

Durant 4 à 6 ans, les balises permettront de suivre les déplacements des jeunes pygargues et d’en savoir plus sur leur comportement une fois le nid quitté. Ce suivi permettra également d’évaluer les dangers auxquels ils pourraient être confrontés : lignes électriques, éoliennes, infrastructures de transport, empoisonnement, etc.

Cette action de suivi des pygargues est complémentaire d’une autre action d’envergure. Afin de favoriser le retour du Pygargue en France, un programme de réintroduction commence cette année sur le bassin Lémanique, qui vise à libérer progressivement plus de 80 jeunes pygargues issus de captivité dans le milieu naturel.

Les données récoltées dans le cadre de ce programme permettront d’alimenter des études scientifiques pour comprendre l’utilisation spatio-temporelle du territoire par le Pygargue et comparer les comportements d’émancipation juvénile, d’erratisme et de dispersion entre les oiseaux issus des populations naturelles et ceux libérés dans le cadre de la réintroduction, et ainsi améliorer nos connaissances sur l’espèce.

Ce programme de marquage et de suivi, qui devrait s’étendre sur 8 ans, est le fruit de la collaboration entre les naturalistes, les associations environnementales, les scientifiques et les parcs zoologiques, puisque les deux balises ont été financées par les parcs animaliers de Sainte-Croix et les Aigles du Léman.