Circulaire n°87 - Pyrénées

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Bilan général

Voici l’année qui s’achève et il est l’heure de faire quelques bilans. 77 couples territoriaux de Gypaète barbu sont présents sur le territoire national. 55 d’entre eux ont déposé une ponte et 28 jeunes ont pris leur envol. Si l’on compare à la situation il y a 10 ans, on a eu, cette année, 27 couples en plus et 10 jeunes de plus à avoir pris leur envol par rapport à l’année 2011. On peut alors se dire que les efforts réalisés pour la préservation de cette espèce portent leurs fruits puisque le Gypaète voit ses effectifs nationaux augmenter et donc le nombre de jeunes à l’envol également.

Si l’on compare maintenant la productivité de 2011 à celle de cette année, on se rend compte que ces chiffres-là, par contre, n’évoluent guère à la hausse. En 2011, la productivité était de 0,37 jeune par couple territorial pour le massif des Pyrénées françaises, et de 0,62 pour les Alpes. En 2021, la productivité est respectivement de 0,35 et de 0,42 jeune par couple. La moyenne de la productivité sur les dix dernières années est de 0,32 jeune par couple et par an pour les Pyrénées, et de 0,64 dans les Alpes. La population alpine est dynamique et les effectifs sont en augmentation. Les programmes de réintroduction notamment dans les pré-Alpes permettent à l’espèce de continuer à reconquérir des territoires historiques. La population nord pyrénéenne, quant à elle, gagne toujours des couples supplémentaires, notamment au centre de la chaîne, mais sa productivité reste faible, et à l’ouest on constate un effritement de la population. Les causes sont bien évidemment multifactorielles. La météo explique une grande partie de ces résultats, de même que les sites de nidification qui commencent à manquer dans certains secteurs. Bien évidemment, nous n’avons aucun moyen d’action pour lutter contre les conditions météorologiques défavorables ou le manque de sites favorables, mais nous pouvons en revanche jouer un rôle pour tenter de limiter les échecs de reproduction causés par des dérangements d’origine humaine.

Pour cela, plusieurs conventions ont été signées avec diverses structures qui s’engagent alors à limiter leurs activités à proximité des sites de nidification (dans les Zones de Sensibilité Majeure) afin de contribuer au succès de reproduction de l’espèce. Cela concerne notamment les activités aériennes bruyantes (avions et hélicoptères militaires ou civils). Bien sûr, le travail doit se poursuivre : sensibilisation des acteurs et suivi des conventions existantes, conventions restantes à établir, etc.

Il semble que ces prochaines années risquent d’être compliquées pour réussir à faire cohabiter préservation des espèces de montagne, et donc du Gypaète, avec les usages récréatifs de celle-ci. Il y a trente ans, la montagne était encore « réservée » à une poignée de montagnards, et les activités récréatives étaient assez limitées. Depuis une dizaine d’années maintenant, la montagne attire de plus en plus de monde toute l’année, et les activités se sont énormément diversifiées. Ces deux dernières années, nous avons pu constater que la montagne n’a jamais attiré autant de personnes totalement néophytes et les professionnels du tourisme semblent bien partis pour jouer cette carte du « tourisme nature ». Communication toujours plus importante sur l’attrait de la montagne, développement des stations quatre saisons, organisations de festivals ou évènements divers et variés... la liste est longue mais l’objectif recherché est le même : amener du monde en montagne pour leur faire profiter des derniers endroits « sauvages ». Le but qui est de faire découvrir au plus grand nombre les richesses du milieu montagnard, risque malheureusement de fragiliser encore plus ces habitats et ces espèces, déjà impactés par le réchauffement climatique et pour qui la montagne est leur dernier refuge.

Le rôle à jouer des associations de protection de la nature et des gestionnaires d’espaces naturels est donc primordial, que ce soit en termes de veille sur les différents projets de développement touristique en montagne, de sensibilisation du grand public et d’alerte auprès des politiques locales et publiques, sur la nécessité et l’importance de protéger le milieu montagnard et les espèces qui y sont inféodées.

Alors oui, le Gypaète barbu se porte mieux qu’il y a trente ans. Mais si nous voulons encore observer cet oiseau emblématique planer au-dessus des cimes, il va falloir s’atteler à chasser l’ombre qui plane sur nos montagnes.