Hasard ? Coïncidence ? Un grand moment d’émotion…

Fin mars 2011, 7h45, après avoir passé la nuit dans les gorges de l’Hérault, mon épouse et moi, nous remontions lentement une petite route de l’arrière pays de Saint Guilhem le Désert, à la recherche des premiers rayons de soleil quant notre regard fut attiré par la silhouette fugitive d’un grand oiseau plongeant derrière une crête.

Identifié aussitôt comme un vautour moine, nous partons à sa poursuite. Sitôt passés la crête, l’émotion nous saisi .Ce n’est pas un mais deux vautours moines qui cerclent dans une ascendance dynamique. L’observation aux jumelles augmente encore la tension car l’un d’eux porte une branche dans son bec. Après avoir pris de l’altitude, les deux oiseaux traversent la vallée et descendent dans le versant aride de l’adret peuplé de chênes verts et de quelques pins de Salzman rabougris. Ils disparaissent à nouveau. Nous n’osons croire à une tentative de reproduction si loin des colonies de la Jonte et du Tarn (plus de 50 km à vol d’oiseau). Fébriles, nous repartons à leur recherche. Ce n’est qu’une demi-heure plus tard que l’espoir se concrétise. Les deux vautours sont visibles et font des va et vient dans la pente transportant des branches qu’ils déposent en tête d’un tout petit pin de Salzman perdu au milieu des chênes verts.

Tout émus, nous sommes restés la matinée à les regarder s’activer.
En début d’après midi, avec regret nous avons repris notre route, faisant des haltes régulières à chaque endroit qui nous permettait de revoir le site, jusqu’à ce que le relief le cache à notre vue.

Notre émoi était tempéré par la date tardive de cette installation, conscient que seule une nouvelle visite sur le site dans les semaines suivantes pourrait confirmer cette réalité.
Dix jours plus tard, le mouvement furtif de la tête de l’oiseau derrière les branches entourant l’aire nous conforte dans notre espoir. La reproduction est en cours !

Les rares indices attestant de la présence des vautours moines dans cette région du sud du massif central au 19 siècle sont les suivants.
Un individu fut tué en 1898 prés du Vigan et naturalisé.
J’ai aussi en mémoire avoir ouîe dire qu’à cette même époque un œuf très gros avait été récupéré dans un nid immense posé sur un chêne vert des basses Cévennes calcaires gardoises.
La boucle est elle bouclée ?

Jean-Louis PINNA