Un nouveau Plan national d’action pour le Vautour moine

Le vautour Moine, dont la présence parmi l’avifaune française est due à la mobilisation des ornithologues et administrations, bénéficie d’un second plan d’action. De 2011 à 2016, ce plan, animé par la LPO Grands-Causses, concerne les trois sites actuels de présence et ceux à venir…

Le Vautour moine a vraisemblablement disparu du territoire français comme espèce reproductrice dès le début du XXe siècle. Aujourd'hui, il y a en France trois populations distinctes de cette espèce, toutes issues d’opérations de réintroduction. C’est en 1988 que le projet de réintroduction du Vautour moine en France a vu le jour, avec l’aide de la Black Vulture Conservation Foundation (BVCF). Le premier programme de lâchers a été engagé à partir de 1992, dans les Grands Causses qui avaient abrité les derniers vautours moines français. Cette première opération s’est déroulée jusqu’en 2004 et a permis la libération de 53 individus.
Il aura fallu attendre 2003, pour qu’un Plan national de restauration (PNR) soit élaboré. Rédigé sous l’égide du Ministère de l’environnement, ce premier plan d’actions avait été prévu pour cinq ans entre 2004 et 2008. Deux autres projets de réintroductions ont été déployés : depuis 2004, dans les Baronnies drômoises avec la libération de 31 Vautours moines et depuis 2005, dans le Verdon avec le lâcher de 15 oiseaux. Ces deux programmes ne sont pas encore achevés car il apparaît essentiel d’obtenir un minimum de 50 oiseaux sur chacun des sites. C’est notamment pour cette raison que ce premier plan a été prorogé en 2009 et 2010 dans l’attente d’un second Plan National d’Action (PNA). Ainsi, l’année 2010 représente le véritable achèvement du premier Plan de restauration. Ce premier plan en faveur du Vautour moine était scindé en deux parties correspondant à deux situations très différentes. D’une part, celle des Grands Causses, où une population était en cours de développement depuis 1992. D’autre part, celle des sites de réintroduction dans les Baronnies et le Verdon qui n’étaient alors que des projets. Les objectifs généraux étaient la mise en place de conditions de restauration de populations viables de vautour moine ainsi que la conservation de l'espèce en France et dans l’union européenne. Il fallait donc développer l'unique population française de l’époque, créer de nouveaux noyaux de population dans le domaine biogéographique de l'espèce et surtout assurer la coordination entre les acteurs et les programmes. Ces objectifs ont été réalisés sur la période prévue. Cela a été montré par l’évaluation de ce premier plan de restauration en 2009 et ensuite plus concrètement, par l’envol du premier jeune vautour moine né dans les Baronnies en 2010.
Un deuxième Plan National d’Action a donc été rédigé en 2010, afin de poursuivre les actions en cours. Cette rédaction a été assurée par P. Orabi pour la LPO et L. Tribolet pour la DREAL Midi-Pyrénées. En outre, un comité de rédaction composé des gestionnaires des sites de réintroductions a permis d’assurer la cohérence des objectifs avec les capacités d’actions de chacun. Lors de la rédaction de ce deuxième plan, la situation avait bien évolué et il y a désormais trois noyaux de population de Vautour moine, dont les contextes et les objectifs spécifiques sont globalement les mêmes. Le nouveau projet présente donc des objectifs généraux communs à ces trois sites, déclinés en plusieurs fiches action :

  1. « Préserver, améliorer, voire restaurer l'habitat et la quiétude des sites de reproduction »,
  2. « Réduire et prévenir les facteurs de mortalité anthropiques »,
  3. « Étendre l’aire de répartition de l’espèce et faciliter les échanges d’individus entre les noyaux de population »,
  4. « Favoriser la prise en compte du plan dans les politiques publiques »,
  5. « Améliorer la connaissance »,
  6. « Favoriser l’acceptation locale »,
  7. « Coordonner les actions et favoriser la coopération pour la conservation du Vautour moine ».

La rédaction de ce plan a également été l’occasion d’appliquer pour la première fois des éléments innovants définis par le Grenelle de l’environnement. Par exemple, il a été proposé des réunions locales pour permettre une consultation élargie des acteurs du plan. De plus, une consultation publique du texte a été proposée durant 1 mois, à la fin 2010, sur le site internet du ministère de l’environnement. Les remarques recueillies lors de ces consultations ont été intégrées à la version finale avant son passage devant la commission faune du Conseil National de Protection de la Nature et sa validation finale.
C’est donc un texte complet et cohérent, issu d’un processus de rédaction et de validation innovant et participatif qui a vu le jour. Ce texte est applicable depuis le mois de mars 2011 et conditionne désormais pour les cinq prochaines années le travail des équipes de terrain en charge du Vautour moine.

Raphaël Neouze